Conjoncture

La réalité et le discours officiel

Publié le 2021-11-29 | lenouvelliste.com

 Après quatre mois à la tête d’un gouvernement complètement transparent, Ariel Henry a bouclé ses négociations, préservé un « certain équilibre » des forces et appétits  en présence, du Secteur démocratique et populaire (SDP) au camp Martelly, et  installé un nouveau cabinet ministériel.  Le PM Henry, chef du Conseil supérieur de la police nationale (CSPN), a annoncé dans la foulée que le maximum est fait avec les moyens du bord pour lutter contre l’insécurité. « Sur le plan sécuritaire, nous faisons le maximum avec les moyens dont nous disposons pour restaurer l’autorité de l’Etat et mettre hors d’état de nuire ceux qui veulent maintenir le chaos et empêcher la normalisation de la situation », a-t-il affirmé lors de l’installation de ce cabinet. Pour le moment, l’autorité de l’Etat est loin d’être restaurée à Martissant, à la Croix-des-Bouquets, à Cité Soleil, Grand-Ravine, au bas de la ville… Depuis juin, l’entrée sud de Port-au-Prince est plus qu’une zone de non-droit. Elle est devenue un enfer. Les usagers du tronçon Martissant 1 à 23 savent que la mort, ordinaire, peut se retrouver au bout de la traversée. Pour les quatre départements du grand Sud, l’asphyxie se poursuit. Les déplacés de Martissant ont depuis pris racine au centre sportif de Carrefour dans l’oubli de tous ou presque.                   

 A l’aune du PM Henry, il faudra chercher à savoir ce que signifie faire le maximum           

La semaine dernière, le PM Henry a fait du Jovenel Moïse. « La Police nationale d’Haïti, soutenue par les Forces armées d’Haïti, a commencé à resserrer l’étau autour de certaines zones de non-droit. Cette stratégie va se poursuivre et s’intensifier, au fur et à mesure que nous recevrons des équipements et des moyens appropriés », avait poursuivi le chef du CSPN. Si le Premier ministre Ariel Henry n’a ni cité ces zones de non-droit  ni indiqué de qui «  nous recevrons des équipements appropriés », la réalité des habitants de la zone métropolitaine est loin d’être plaisante. Les rues sont quasiment livrées aux kidnappeurs.

Mardi dernier, au moins 21 cas de kidnapping ont été enregistrés dans trois départements. Les ravisseurs n’ont pas été freinés dans leur course. Ce lundi, à un jet de pierre du palais national, un directeur d’école a été enlevé. Vendredi dernier, quatre écoliers ont été kidnappés. Quatre autres personnes, dont des passeurs de connaissances, sont tombées dans les filets des ravisseurs. Encore une fois, la réalité rattrape la fiction des discours officiels. Plus qu’avant, le PM Ariel, qui incarne aujourd’hui l’autorité suprême, avec beaucoup de leviers de pouvoir en main, est au pied du mur. Lui et son cabinet, avec  leurs fragilités, n’ont pas le luxe du temps de grâce. 



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