Comment le gouvernement va-t-il s'y prendre pour en finir avec la subvention?

Publié le 2021-11-26 | lenouvelliste.com

Au cours de la cérémonie d´installation de son nouveau gouvernement, cette semaine à Musseau, le Premier ministre Ariel Henry a fait ressortir le poids de la subvention des produits pétroliers à la pompe sur les finances publiques. Le chef du gouvernement a laissé entendre qu’un remaniement de la structure des prix desdits est une option envisageable pour la nouvelle équipe gouvernementale. Pour justifier ses propos, il a avancé des chiffres montrant à quel point la subvention du carburant constitue un fardeau pour l´Etat haïtien.

« L'État a collecté pour l'exercice 2020-2021 seulement 96 milliards de gourdes dont 30 milliards ont servi à subventionner les produits pétroliers », a déploré le numéro un de la Primature, présentant la subvention du carburant comme l'un des facteurs qui expliquent l’énorme déficit budgétaire du gouvernement pour ledit exercice fiscal.

Comment l'équipe gouvernementale actuelle va-t-il adresser ce problème quand on connait le danger d'un réajustement à la hausse du prix de l’essence à la pompe en Haïti ? Depuis les émeutes des 6 et 7 juillet 2018 provoquées par une augmentation subite des prix des produits pétroliers à la pompe, toute tentative de réviser à la hausse le coût de l´essence devient un risque à éviter. Le gouvernement d'alors n'avait pas mesuré l'ampleur d'une telle décision et Port-au-Prince et sa périphérie s’est transformée en un brasier qui a failli emporter l’administration Moïse/Lafontant.

Quand on sait qu’aucune possibilité de réduire le déficit budgétaire n’est possible sans envisager une baisse des prix des produits pétroliers, on se demande comment le Premier ministre va trouver la bonne formule pour augmenter les prix de l’essence sur le marché sans provoquer des appels à la grève et des émeutes dans ce pays abonné depuis plus d’une année à une inflation rampante.

De manière souterraine et subtile, le docteur Ariel Henry veut aligner le prix du gaz en Haïti sur la tendance internationale où l’or noir s’est grandement apprécié. Mais la grande question demeure. Comment va-t-il s’y prendre ?

Ce gouvernement compte-t-il appliquer la loi du 9 mars 1995 sur l'ajustement du prix du pétrole dans le pays ? Suivant ladite loi, les prix des produits pétroliers à la pompe doivent être réajustés chaque fois qu'il y a une  variation de prix d´une marge  +/- 5% sur le marché  international. Pour plus d´un, l'application de cette loi est la meilleure façon de résoudre le problème des prix du carburant sur le marché local.

Libéraliser le marché pétrolier, c'est l'avis de certains acteurs du secteur pétrolier pour en finir avec la subvention du carburant. Est-ce que la libéralisation de ce marché pourrait vraiment marquer la fin de la subvention ? À la demande des compagnies pétrolières, l´État haïtien avait procédé à la libéralisation du marché pétrolier entre mars 2019 et mai 2020. Un rapport soumis par l'Unité de lutte contre la corruption (ULCC), l'Unité centrale de renseignements financiers (UCREF) et l'Inspection générale des finances (IGF) avait fait mention d'un montant de 94 millions de dollars de bénéfices accumulés par les compagnies pétrolières à partir d’une série d’artifices orchestrés durant la libéralisation.

L'ancien Premier ministre Joseph Joute, citant ce rapport, avait révélé que les compagnies achetaient sur la base de l´indice flatts dont le coût est bas. Cependant dans la facture adressée à l’État haïtien sur la base de l’indice Parribbean  Posting, le coût était plus élevé. Il y a les premium qui, pendant la libéralisation étaient passés de 0,12 dollar à 0,22 dollar sur une moyenne de 1 million de barils par mois. Du coup les gains des compagnies pétrolières sont passés de 39 millions à 71 millions de dollars. Sur les ondes de Magik9, le ministre de l'Économie et des Finances, Michel Patrick Boisvert, avait déclaré, concernant cette affaire, qu´il y a des gains et surgains engrangés dans l'opacité.

Plusieurs syndicalistes dans le secteur transport ont souvent dénoncé la structure des prix en vigueur actuellement en ce qui concerne les produits pétroliers. Les marges des bénéfices des compagnies et des distributeurs, disent-ils, sont trop importantes ainsi que les taxes.  Un modification de la structure des prix actuelle n'est-elle pas nécessaire pour réduire, voire même mettre fin à la subvention ?



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