Obed Lamy : Prix du meilleur réalisateur émergent

Détenteur d’une maitrise en journalisme (avec concentration en film documentaire) Obed Lamy a reçu le samedi 13 novembre 2021 le Prix du meilleur réalisateur émergent lors de la soirée de clôture du Fayetteville Film Fest. Le boursier du programme Fullbright doit ce trophée à son film documentaire « Once forgotten », retraçant l’histoire de trois jeunes esclaves lynchés en Arkansas en 1856.

Publié le 2021-11-15 | lenouvelliste.com

Après le Prix du Public FilmLand2020 décroché l’année dernière pour son premier court-métrage « A promising Voice », l’ancien étudiant de l’Université d’Arkansas est primé pour son documentaire « Once Forgotten ». Pour celui qui se cache derrière la plateforme d’information « Enfo Sitwayen » le sentiment est dans la joie et la satisfaction.

« Je suis très content. Content d’avoir vécu l’ambiance du festival et aussi du feed-back reçu du côté du public après le film. L’histoire racontée concerne la Ville (Fayetteville) et certaines personnes ont pu vivre à l’écran des endroits connus comme là où ils ont grandi, la ville où ils ont vécu pendant trente ou cinquante ans. Cela prouve que le travail que je fais est important et que raconter une pareille histoire est tout aussi importante. C’est encourageant aussi. Faire des documentaires avec des maigres moyens et rencontrer des professionnels du cinéma qui jugent que ton travail a été bien fait, cela te pousse à continuer d’avancer dans ce domaine », explique Obed Lamy.

« Once Forgotten » remonte au temps de l’esclavage. Ce documentaire de 24 minutes revient sur l’histoire de trois jeunes esclaves qui, en 1856 sont accusés du meurtre de leur maître. Ces trois derniers seront lynchés par le gouvernement local et la population d’Arkansas. Si l’idée derrière le documentaire ne vient pas d’Obed, le sujet l’a quand même interpellé comme noir et comme Haïtien.

« L’histoire des Noirs aux États-Unis, c’est quelque chose qui m’intéresse. D’ailleurs, mon premier documentaire a été consacré à un aspect de cette expérience. Quand tu viens aux États-Unis, tu es censé être casé du point de vue ethnique : Asiatique, Latino, Noirs, etc. Ce qui te pousse donc à chercher à connaître davantage la communauté à laquelle tu appartiens. Le sujet (l’esclavage ou encore le lynchage) m’a donc concerné dès le départ. Certes, nous autres Haïtiens on n’a pas vraiment connu dans notre histoire le lynchage comme un outil d’oppression et de violence raciale, mais on a cependant ce passé colonial en commun. Pour moi, c’était une occasion pour fouiller un peu plus dans l’expérience des noirs américains, en addition à ce que j’ai pu lire dans les articles ou ce que j’ai pu regarder dans les documentaires », confie le natif de Petit-Goâve.

Obed Lamy a été choisi par deux de ses professeurs pour la réalisation de « Once Forgotten », suite à un souci d’une organisation locale qui s’attelle depuis 2018 à faire des recherches sur l’histoire de ces trois esclaves. D’où ce qui a été à la base de ce court-métrage lui consacrant le titre de meilleur réalisateur émergent.

« Je suis très reconnaissant parce que j’ai eu la chance de pouvoir contribuer dans la vulgarisation de l’histoire de ces trois jeunes esclaves lynchés. Pour moi, n’ayant pas grandi dans la zone, un outsider, c’est tout à fait un privilège. Au départ, je ne me pensais pas légitime pour porter un tel projet. Toutefois, j’ai pu bénéficier du support de mes professeurs à l’université, mais aussi de celui des gens de la communauté que j’ai eu la chance d’interviewer dans le cadre de ce travail. Je suis content d’avoir pu contribuer à quelque chose d’utile pour Fayetteville ou Arkansas. Pour moi, c’est comme donner en retour tout ce que j’ai reçu au sein de cette communauté », avoue-t-il.

Prix du meilleur réalisateur émergent en poche, Obed Lamy mettra prochainement le cap avec « Once Forgotten » sur d’autres festivals de film dont « deux en Floride et un autre en Oregon ».



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