Vers une nouvelle solution importée, BINUH ou autre, hélas !

Publié le 2021-10-13 | lenouvelliste.com

A quelques jours de la fin du mandat  des Nations Unies en Haïti, exercé à travers le fameux Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), on ne sait pas ce que Haïti souhaite, espère ou attend de cette mission onusienne.

Le gouvernement penche-t-il pour un renouvellement tel quel du BINUH ? Préfère-t-il la fin de la mission ? Une redéfinition du mandat ? Une mission avec d’autres moyens pour l’aider à faire face aux problèmes du pays ? On n’en sait rien.

Comme souvent, à la dernière minute, Haïti adoptera la position des concepteurs et supporteurs du BINUH.

Il faut dire que la classe politique et la société civile ne sont pas plus proactives. Depuis toujours, l’avenir du pays ne les concerne que dans une perspective de prise du pouvoir. « On verra quand on sera en poste », est la philosophie de nos acteurs du changement.

Ce n’est ni l’efficacité ni l’inutilité ni la transformation du BINUH qui préoccupe les hommes et femmes qui occupent ou lorgnent le pouvoir en 2021.

Nos élites- tous secteurs confondus- écrivent tranquillement comme d'autres, avant eux et avec eux, de beaux chapitres sur l'incapacité chronique à prendre en charge l'avenir du pays. Hélas !

Pendant que les Haïtiens peinent à s'entendre sur les plus petits dénominateurs communs, des pays amis appuient le renouvellement de l'appendice onusien. Ils trouvent le travail du BINUH extraordinaire. La poursuite de sa présence en Haïti est nécessaire, selon eux.

Effectivement, le BINUH a accompagné, jusqu’à sa mort, toutes les mauvaises décisions du président Jovenel Moïse. Il en a même provoqué certaines comme le projet de nouvelle constitution qui vise à faire du prochain président d’Haïti un dictateur parfait. Il n'a encore proposé aucune solution à un problème confronté par les Haïtiens. Le BINUH est parfait dans son rôle de fossoyeur au chevet d’un pays à l’agonie.

Dans les jours qui viennent, le 18 octobre, un sous-secrétaire général adjoint de l’ONU, Gille Michaud, chargé de la sûreté et de la sécurité, sera dans nos murs. Il fera sans doute de nouvelles promesses et assurera premier ministre et forces politiques de tout le soutien du Palais de verre de New York, où siège, sur les bords de l’East River, l’organisation mondiale. 

Les promesses suffiront, comme à chaque fois, pour rassurer les autorités haïtiennes et enfoncer encore plus le pays dans la crise.

L’ONU avance en Haïti tête baissée avec le Core group alors qu’elle doit faire un turnover de son personnel et une révision générale de ses politiques. L’ONU en Haïti doit réinventer sa mission, se questionner sur ses résultats, mais c’est trop demander à l’auguste tuteur.

Le renouvellement attendu du mandat de l’ONU pour gérer, cogérer, digérer Haïti intervient alors que dans toute l’Amérique latine des cris réclament une prise en charge régionale de la crise haïtienne. De la crise migratoire provoquée par les Haïtiens qui votent avec leurs pieds, espérance en bandoulière, en mettant le cap sur les États-Unis ou vers tout pays plus accueillant que le leur.

L’ONU, organisation mondiale, et les pays du Core Group ont échoué. L’Organisation des États américains (OEA), membre du Core Group, a échoué. Mais les présidents des pays de la région réclament une solution régionale à la crise haïtienne…

Cette crise migratoire de 2021, dont la cause principale est comme souvent les mauvaises conditions de vie en Haïti à cause de la mauvaise gouvernance locale, finira, au train où va la classe politique, par provoquer une stabilisation dans le pire et une légitimation de la mauvaise gouvernance comme seule issue possible au chaos haïtien.

Avec un gouvernement qui pense que ne rien faire c’est bien faire, avec des opposants qui croient que rien de bon ne peut se faire sans eux, le changement en Haïti n’est pas pour demain. 

Nous sommes les premiers responsables de nos malheurs et les seuls à pâtir de notre situation. Il faut le savoir, le reconnaître et l'admettre pour pouvoir commencer à réclamer plus et mieux de nos amis comme de nos dirigeants et aspirants gouvernants.

Haïti, ses amis et tuteurs, doivent s’astreindre à commencer l’écriture des prochaines solutions par une vraie autocritique de chacun. Mais c’est, sans aucun doute, trop demander.

Hélas !



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