Des croyances et de la Foi

Publié le 2021-10-13 | lenouvelliste.com

Par Paul Jérémie

"La grande force des croyances est de donner des espérances que la raison ne saurait créer."

Gustave Le Bon

"Point n'est besoin de croire si l'on a la connaissance."

Osho

Beaucoup confondent la foi avec les croyances. La foi se conjugue essentiellement au présent, tandis que les croyances se conjuguent surtout au futur. La dynamique de la foi est interne et relève de la spiritualité, tandis que celle des croyances est externe et relève généralement de la religion organisée. La réflexion et l’investigation sont les ennemis jurés des croyances, tandis que la foi, dans une large mesure, est une fonction de la connaissance. Les croyances, comme les traditions, naissent, disparaissent et peuvent réapparaître. La foi est immatérielle et intemporelle. Il s'ensuit qu'on peut perdre ses croyances, mais on ne peut perdre la foi.

Le grand croyant ne vit pas forcément par la foi. Autrement dit, on peut adhérer fortement à un credo, aussi insensé qu'il puisse être, on peut garder l'espoir de lendemains meilleurs, on peut avoir la conviction que nos vœux les plus chers se réaliseront, on peut visualiser ce à quoi l'on s'attend, comme si c'était déjà de l'acquis, on peut avoir la ferme assurance que l'impossible est possible, mais sans avoir la pleine confiance que tout est bien et rien ne manque  dans la vérité, la plénitude, la perfection et le pouvoir du moment présent.

Celui qui vit par la foi vit un jour à la fois, d'instant en instant, ici et maintenant. Il ne vit pas d'espérance, il ne vit pas dans l'attente, dans les projections, dans les idéaux et définitivement pas dans la nostalgie du passé. La grâce de l'instant lui suffit.

La foi engendre l'esprit serein, détendu et contenté, c'est-à-dire la paix d'esprit. "Moun poze. Tèt frèt." Les autres œuvres de la foi sont l'innocence de l'enfant, le lâcher prise ou le non-attachement, la réconciliation avec soi-même ou l'amour-propre, l'adaptation lucide à toutes les situations, l'harmonisation avec son environnement, l'esprit de tolérance, la bonne disposition ou la réceptivité. L'amour, état d'esprit inconditionnel, inclusif et infini, demeure l'acte de foi par excellence.

Ce n'est pas avoir la foi que de croire, entre autres, qu'un serpent a fait la conversation avec une femme, qu'un bateau a logé toutes les espèces animales terrestres pendant 40 jours d'inondation, qu'un homme a séjourné dans les entrailles d'un poisson pour en ressortir vivant après 3 jours, qu'un homme a fendu une mer en deux pour se frayer un passage avec une foule et refermer la mer après l'avoir traversée, qu'un homme a suspendu le cours du soleil et de la lune, que des hommes se sont propulsés dans l'espace sans moyen de transport, qu'il existe une haute montagne d'où l'on peut contempler tout le reste de la Terre sphérique et qu'une masse d’individus décédés sont sortis de leur tombeau et ont circulé dans les rues... Croire qu'il s'agit là de faits historiques à prendre à la lettre, sans en saisir le sens figuré et le contexte allégorique, ne relève pas de la foi mais de vœux pieux, de la crédulité naïve ou de l'aveuglement fanatique.

Seul un croyant imprudent ou inexpérimenté s'aventure à défendre son système de croyances. Les croyances, en principe, ne font aucun sens. Comme dit l'autre, "je crois parce que c'est absurde". Cet aphorisme, attribué à tort à Tertullien (parfois à Augustin d'Hippone), est en fait une citation apocryphe, c'est-à-dire dont on ne connaît pas l'auteur.

En somme, un système de croyances est une cache-ignorance, une cache-impuissance et un calmant. Lorsqu'un individu est accablé par les souffrances de la condition humaine, lorsqu'il est désemparé devant les incertitudes de l'existence, lorsqu'il est possédé par la peur de l'inconnu, spécialement de la mort, et se sent vulnérable, il est tentant pour lui d'échafauder des théories fantastiques, d'absorber des croyances merveilleuses, de les tenir pour la Vérité et de s'y accrocher contre vents et marées, surtout s'il est sous l'influence de l'endoctrinement et de la mystification. L'idéologie construite autour de ces concepts et doctrines devient généralement un refuge, une boussole et une ancre pour le croyant fidèle; elle constitue sa zone de confort et peut parfois lui donner une raison de vivre.

L'espoir fait vivre. Ainsi, par exemple, croire dans la réincarnation ou dans un paradis après la mort, visualiser une vie dans l'au-delà peut aider à endurer un deuil, consoler des peines, soulager des douleurs, noyer des chagrins, en somme à supporter bien des épreuves de la vie. D'où l'appellation de "opium du peuple" pour certaines croyances.

Forts de leurs croyances, certains ont un sentiment d'invincibilité qui leur permet d'avancer bravement dans la vie et de tenter l'impossible, au risque parfois de tomber dans la bêtise religieuse. Temporairement, ils parviennent donc à oublier leur impuissance.

Par conséquent, un système de croyances dogmatiques représente une arme puissante habilitant l'adhérent à gérer le quotidien efficacement et à fonctionner plus ou moins sainement.

Plusieurs vivent par leurs croyances, meurent pour leurs croyances et tuent au nom de leurs croyances. C'est donc une affaire très sérieuse et peut-être une nécessité pour la foule.

Au moins pour ces raisons, il convient de respecter les croyants, sans nécessairement honorer leur idéologie et leurs pratiques. Le respect est spécialement dû si le croyant garde ses croyances pour lui-même ou dans sa chapelle, sans chercher à les démarcher comme étant l'évidence, autrement dit sans insulter l'intelligence des non-croyants.

Les croyants judéo-chrétiens feraient bien de noter que la crédulité, ou la croyance aveugle, est décriée par des auteurs bibliques.

"Examinez toute chose, retenez ce qui est bon."

"... Soyez transformés par le renouvellement de l'intelligence..."

"Un cœur intelligent cherche la connaissance."

"... Stupides, apprenez le discernement..."

"Abandonnez la stupidité, et vous vivrez, dirigez-vous dans la voie de l'intelligence."

"Le peuple périt, faute de connaissance."

"Un cœur intelligent cherche la connaissance."

"La vérité vous affranchira."

Ceci étant dit, tout comme il existe une certaine religion qui peut mener à la spiritualité, il existe au moins une croyance qui pourrait conduire à la foi. C'est de croire, comme un enfant, qu'un être suprême, omniprésent, omnipotent, omniscient, à figure materno-paternelle, veille sur nous et prend soin de nous sans cesse, comme un bon berger veille sur ses brebis. Celui qui cultive sincèrement et profondément une telle croyance devrait connaître une sérénité à toute épreuve, amenant au lâcher-prise total et éliminant les soucis du lendemain ainsi que toute crainte. Pour le croyant judéo-chrétien progressiste, c'est là décidément le message de Matthieu 6: 25-34, de Psaumes 23, de Psaumes 139:1-18 et de Psaumes 131.

Un être suprême auteur de "la création"...

Un grand architecte de l'univers...

Un metteur en scène derrière la comédie  humaine...

Rien d'insensé ici.

Hypothèses tout à fait plausibles et inoffensives.

Le problème commence lorsque des individus situent cette hypothétique entité dans le temps et dans l'espace, lui donnent un nom, un peuple, un messie, des anges, des médiateurs, et lui attribuent toutes sortes de traits humains. En effet, les divisions, les conflits et les guerres "saintes" éclatent le plus souvent lorsque des professionnels de la religion s'exercent non seulement à créer des entités à leur image et à leur ressemblance, mais aussi à les imposer à d'autres sous peine de discrimination, de persécution ou même d'extermination.

Il n'est pas donné à tous d'être croyant, mais la foi est à la portée de tous. Point n'est besoin de croire si l'on a la foi.

Megadialogue@yahoo.com

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