Entre les États-Unis et Haïti seule compte la question migratoire

Publié le 2021-10-08 | lenouvelliste.com

ll y a au moins trois camps aux USA sur le dossier Haïti. 

D’un côté, les progressistes du Sénat, de la Chambre des représentants et de la société civile américaine qui, comme Daniel Foote, estiment que la politique menée par l’administration Biden dans la continuité de celle du président Donald Trump ne conduit pas Haïti dans la bonne direction. Ils pressent pour un changement de cap et dans cette édition il y a un article qui relate l’appel des sénateurs démocrates à leur président. 

D’un autre côté, il existe des partisans de la realpolitik qui sont pour la continuation de l’accompagnement d’Haïti vers le pire. Dans ce groupe se mélangent des pro-Trump, des pro-Clinton, des convaincus qu’Haïti ne peut pas s’en sortir.

Dans le même temps, il y a une troisième voie qui se dessine. Elle ne milite pas pour une intervention directe des USA en Haïti encore une fois, mais elle cherche comment changer le cours des choses sans que personne ne perde la face. Elle est préoccupée avant tout par la crise migratoire qui a remis le problème haïtien au centre de batailles internes aux USA.

C’est dans cette perspective que l’on peut placer la nouvelle mission d’une équipe d’experts pour le renforcement de la PNH. 

Depuis 1995, les Américains ont la PNH entre leur main, mais elle leur échappe encore et ne donne pas de bons résultats. Ils vont essayer une nouvelle fois de fixer ce qui ne va pas. Les experts vont « évaluer les unités clés de la Police nationale d'Haïti (PNH) afin d’identifier les besoins pour renforcer » sa capacité « à lutter efficacement » contre les gangs. 

La mission de cette équipe d’évaluation appuie « l’objectif du gouvernement américain de soutenir le développement de la PNH en tant qu’institution professionnelle et responsable capable de protéger les Haïtiens de la violence des gangs et des troubles civils », lit-on dans une note émise par l’ambassade américaine à Port-au-Prince.

Alors que la mission pour renforcer la Police est dans nos murs et que le Secrétaire d’Etat Anthony Blinken achève une visite au Mexique ou la question migratoire était au menu, les autorités américaines annoncent l’arrivée en Haïti mi-octobre du sous-secrétaire d’État pour la sécurité civile, la démocratie et les droits humains Uzra Zeya. 

Le sous-secrétaire Zeya rencontrera le Premier ministre Ariel Henry pour discuter d’un dialogue inclusif mené par les Haïtiens qui doit conduire à des élections libres et équitables, de comment Haïti peut fournir une meilleure sécurité à tous ses citoyens et du support aux migrants Haïtiens », explique un communiqué.

« Le sous-secrétaire d’État rencontrera également le ministre de la Justice, Listz Quitel pour discuter de l’enquête sur l’assassinat du président Jovenel Moïse et des massacres de Bel-Air, La Saline et Grand-Ravine ». 

Le sous-secrétaire d’Etat Zeya aura aussi des réunions avec l’Office international de la Migration (OIM) pendant son séjour. Avec l’OIM, il espère avancer avec un partenariat qui adresse les causes, les racines de la migration des Haïtiens et soutenir un effort conduit par les Haïtiens vers la restauration des institutions démocratiques.

Alors que la République dominicaine, le Panama et le Costa-Rica ont récemment signé une déclaration commune sur la crise en Haïti et ses conséquences migratoires pour la région, le sous-secrétaire d’État américain doit rencontrer pendant son périple dans la région le président Laurentino Cortizo du Panama et participer à un dialogue de haut niveau sur la sécurité avec le gouvernement panaméen. 

Les États-Unis et le Panama vont adresser de manière conjointe les défis régionaux liés à la migration, la lutte contre le blanchiment des avoirs et le trafic de drogue et la fortification des principes démocratiques à travers la région, pendant la visite de l’officiel américain dans ce pays. 

Le sous-secrétaire d’État rencontrera des organisations internationales, la société civile et des ONG pour avancer dans la collaboration avec ces partenaires importants sur des questions relatives à la sécurité, à la fourniture de protection internationale et de gestion de la migration. 

Le sous-secrétaire d’État Zeya voyagera dans la région de Darién pour s’enquérir des efforts du Panama, des USA et des organisations internationales pour adresser les défis de la migration irrégulière et pour fournir une assistance humanitaire aux réfugiés, demandeurs d’asile et migrants vulnérables, selon le communiqué du département d’État. 

La question migratoire est la seule cause qui oblige les USA à se pencher sérieusement sur la crise haïtienne. La question migratoire a des racines profondes liées à la mauvaise gouvernance en Haïti par des gouvernements supportés par les États-Unis. L’administration Biden finira-t-elle par reconnaître cette évidence ?



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