Le CEP du 22 septembre n’est plus, les chantiers délicats vont suivre 

Publié le 2021-09-27 | lenouvelliste.com

De toutes les mesures prises par le gouvernement Henry, celle du renvoi de la composition du Conseil électoral provisoire de Jovenel Moïse est la plus significative.

Le premier ministre peut se féliciter d’avoir scoré, même si aucun gardien ne surveillait les buts et qu'aucun public ne priait pour que l’ancien CEP reste en place.

Ce Conseil électoral, que le président Moïse lui-même gardait sous la main comme monnaie d’échange, au cas où un jour il obtiendrait un accord avec l’opposition et devait lâcher du lest, a toujours été comme un cheveu sur la soupe. Il s’en est allé comme il était venu.

Créé sans recherche de compromis, hors des institutions historiquement impliquées dans l’organisation des élections en Haïti, le CEP du 22 septembre a passé une année « à faire comme si » il lui était possible de réaliser des élections.

Renvoyer ce CEP va faire plaisir à la fois à l’opposition et à tous ceux ( Américains, ONU, PHTK, jovenélistes ) qui poussent pour des élections rapidement.

Ariel Henry prend l’initiative de se donner une utilité après les critiques acerbes de Daniel Foote. Le tournant le plus important sera de monter un nouveau Conseil qui respecte l’esprit de la Constitution de 1987 ou des arrangements nés d’un accord politique.

Les institutions qui avaient refusé de se joindre à l’aventure du président Moïse n’auront aucune raison de laisser passer l’occasion de reprendre leur place au sein de l’organisme électoral si le premier ministre joue cartes sur table.

S’il est déjà dit que le chef du gouvernement a enfourché le cheval des élections le plus vite possible à la demande des autorités américaines qui tiennent sa bride courte, le prochain débat sera entre ceux qui sont pour des élections dans les prochains six mois et ceux qui espèrent les avoir le plus tôt possible. 

«Le plus vite possible» et « le plus tôt possible » ayant une signification très éloignée l’une de l’autre.

Après la délicate opération de montage du nouveau Conseil électoral suivra celle de la loi électorale, ce règlement qui peut exclure ou inclure dans la course électorale les fossoyeurs de la patrie.

Là encore, une partie délicate s’annonce.

Renvoyer le CEP du 22 septembre était une simple formalité, réaliser de bonnes élections est le défi qui attend le pays. Dans six mois, dans un an ou plus tard.

Mais pour arriver aux élections, plus que tout, il faudra adresser la situation sécuritaire. Henry ou un autre chef de gouvernement aura-il l’appui des Américains pour faire une grande toilette à la PNH et renforcer l’institution ? Les autorités haïtiennes sauront-elles saisir la perche d’une coopération en matière de sécurité que leur tendent des pays de la région, dont nos voisins dominicains ? 

Le pays, avec Ariel Henry ou un autre chef de gouvernement, se mettra-t-il en mode élections « tèt dwat » et courir le risque de nouvelles déflagrations sociales et politiques qui risqueraient d’aggraver encore plus la situation sociale et économique ? 

Le PM Henry a choisi l’action. En ciblant la plus facile. Il devra ensuite passer à la réalisation du possible. Puis se colleter à l’impossible. Et toujours faire de son mieux.



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