Pour le meilleur ou pour le pire ? 

Publié le 2021-09-14 | lenouvelliste.com

Ceux qui ont vécu les derniers jours des Forces Armées d’Haïti -- entre le coup d’Etat de juin 1988 et la démobilisation de mars 1995 --, doivent avoir la sensation d'assister cette fois non pas à la chute d'une institution mais à l'écroulement de toutes les structures mises en place par la constitution de 1987.

L'Armée avait mis des années à disparaître, les institutions démocratiques aussi.

Les secousses pour mettre à bas les conquêtes du 7 févier ont commencé bien avant que l'on s'en aperçoive mais on peut dater le début de la catastrophe majeure au soir du deuxième lundi de janvier 2020 quand le président Jovenel Moïse n'a pas attendu une minute après minuit pour constater la caducité du Parlement haïtien.

De cette nuit à aujourd'hui, chaque mois, le pays a franchi un palier de plus pour démanteler les lois et les institutions démocratiques qui tenaient ensemble le rêve de l'après 1986, de l'après dictature. 

Pour arriver à cette extrémité, nos gouvernants et leurs opposants se sont arrangés pour ne pas tenir d'élections depuis 2016 dans le pays; pour ne pas signer d'accord politique; pour publier des modifications majeures de l'architecture légale par seule décision du président et de concocter une nouvelle constitution en très petit comité en absence de Parlement ou d'assemblée constituante. 

A chaque fois, l'explication était de dire que le résultat sera bon pour le pays, pour le peuple. A chaque fois, rien n'a changé dans les faits et nous avons assisté à l'assassinat du président qui détenait tous les pouvoirs au soir de sa mort sans que personne ne vole à son secours ni par obligation ni par amitié. Les proches du président et sa garde rapprochée, les lois et les ambitieux projets qu'il nourrissait, rien ne l'a protégé de la pire des infamies. 

Plus de deux mois après son décès, le pays prend connaissance chaque jour d'une nouvelle défaite du droit et des institutions parce que tout le règne de Jovenel Moïse n'a été que prétexte pour défaire les instruments qui auraient pu protéger le pays et assurer une transmission régulée du pouvoir.

La Constitution de 1987 était imparfaite, le vide juridique qui a cours aujourd'hui est infernal. 

Aucune institution ni autorité ne peut se prévaloir d'aucune loi pour se donner raison ou pour éclairer ses actions. Nous sommes en train d'assister à la liquéfaction et à la liquidation des oripeaux du rêve du 7 février 1986 sans pouvoir deviner ce qui nous attend. 

Le pays a des rapaces qui volent autour de sa tête et qui ne peuvent pas attendre qu'il s'effondre, des rapaces qui ne proposent pas non plus de solutions à ses problèmes. 

Nous sommes à la veille d'un reset, d'un nouveau départ. Pour le meilleur ou pour le pire ? 

Personne ne sait vraiment. 



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