Néhémy Pierre-Dahomey à Café Philo

Dans le cadre des Mardis de la philosophie de l'Association cuturelle Café Philo Haïti (ACCPH), l’écrivain Néhémy Pierre-Dahomey a eu carte blanche  pour parler de son dernier livre le mardi 31 août 2021, à Alvarez Resto Club, à l’avenue Jean Paul II (Port-au-Prince). Cette rencontre s’est déroulée en présence d’un public composé d’intellectuels, d’étudiants, et d’universitaires. Dans cette causerie, l’auteur en a profité pour signer son dernier livre « Combats », paru aux éditions du Seuil en France.

Publié le 2021-09-03 | lenouvelliste.com

« La littérature est toujours un prétexte pour parler d’autre chose. C’est un  prétexte pour bifurquer vers des questions générales qui nous préoccupent. On a toujours besoin de dire le réel », a déclaré d'emblée l’écrivain Néhémy Pierre-Dahomey. Durant cette causerie menée par le philosophe Ralph Jean-Baptiste, le débat était d’ordre historique. Les intervenants s'étaient surtout penchés sur les relations entre l’histoire et la littérature. Néhémy Pierre Dahomey a avoué qu’il s’inspire toujours de l’histoire pour écrire.

 « Combats », son dernier roman, expose la façon dont les pays colonisateurs ou trafiquants d’esclaves, France et États-Unis en tête, ont fait payer à Haïti son indépendance. L’intrigue prend place en 1842 à Boen, au cœur de la paysannerie haïtienne. Fils d’une « très pâle mulâtresse » Ludovic Possible, l’aîné, est notaire et éducateur de renom. Il veille au bon fonctionnement de la contrée. Son demi-frère, et ennemi juré, Balthazar, fils d’une « négresse des mornes », a créé un impôt caché afin de soudoyer les militaires et de contourner la taxe allouée à la dette. Alors quand Timoléon Jean-Baptiste refuse de s’en acquitter, il provoque Balthazar en duel à travers le traditionnel combat de coqs.

Dans ce monde masculin, Aïda, une jeune fille, mystérieuse, taciturne, vit seule avec sa mère. La culture et la revente de tabac assurent leur vie. La reine chanterelle Aïda est un lien entre les deux frères ennemis : Balthazar leur rend visite et les protège. Ludovic tient à lui apprendre à lire et à écrire. Aida a le don de la parole et du chant. Ce talent lui vient de sa mère. Gracilia, femme-samba, femme griot, femme conteuse, est une reine chanterelle qui se bat contre la maladie. Quand sa mère est morte, elle laisse en héritage à sa fille des histoires à raconter. D’abord celle de sa propre filiation, car Aïda n’est autre que la fille de Ludovic qui, jusqu’alors, a fait silence sur sa paternité adultérine après avoir concédé quelques parcelles de terrain à la jeune-négresse-sans-terre qu’il avait engrossée et dont Balthazar avait sans doute été lui aussi amoureux.

Après la mort de sa mère, elle rencontre un autre conteur, Dorilien, avec qui elle se livre à des joutes verbales. Mais Dorilien est aussi préoccupé de luttes sociales. Aïda va devenir à son insu la colporteuse de messages de lutte. Dans ses tournées de vente de tabac scandées de récits de contes, elle distribue des plis cachetés et scellés sur lesquels est calligraphié le mot « Combats ».

Dans son fameux essai,  « L’espèce fabulatrice » la romancière Nancy Huston soutient que « raconter des histoires est le propre de l’être humain ». « Puisque nous tentons constamment de donner un sens à notre vie et à tout ce qui nous entoure, nous construisons inévitablement des récits pour expliquer ce que nous ne comprenons pas vraiment, pour commémorer notre passé et pour imaginer notre futur », souligne-t-elle.

 Le roman, la fiction, apparaît, selon elle, à un moment « où la survie est garantie. Dès que leur survie est en jeu, les humains ont tendance à adhérer sans réserve aux fictions qui sous-tendent et renforcent leur identité ».

Dans le même élan, pour le brillant écrivain britannique Bruce Chatwin, « l’être humain a commencé à raconter des histoires afin de rester éveillé et vigilant lorsque de garde au bord du feu ». C’est presque dans ce contexte qu’a eu lieu cette discussion. Raconter le passé et les blessures pour éveiller l'histoire.

Les écrivains questionnent l’importance de l’histoire dans la littérature. Néhémy Pierre Dahomey a dit qu’il voulait utiliser l’histoire pour écrire.  Écrire avec une écriture qui ne se fait pas plaisir mais par un besoin de dire l’histoire. Dire l’urgence. « Ecrire pour moi veut relever la nécessité du besoin mais très rarement du plaisir. Je n’écris pas par plaisir. Sur la question de l'histoire d'Haïti dans son roman,  il a avoué qu'il n'est pas un historien. Je ne suis pas historien. J’oublie assez facilement les éléments. Je n’ai pas de grille historique quand j'écris ».

Une belle causerie avec l’auteur de « Combats » qui était assoiffé de rencontrer les passionnés de la philosophie et de la littérature à Café Philo.



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