Séisme : Ariel Henry lance l'évaluation des dégâts

Publié le 2021-08-31 | lenouvelliste.com

Haïti, traversée par au moins trois failles sismiques, se trouve sur la route des cyclones. Avec un coefficient de risques très élevé, une gouvernance locale et centrale faible, le pays est devenu un vieux routier des catastrophes et des évaluations post-catastrophe (PDNA). Après celles de 2008, de 2010 et de 2016, les autorités planchent sur celle d’après le séisme du 14 août avec les mêmes ambitions de refondation territoriale, économique, sociale et institutionnelle qui ne se matérialisent pas dans la glaise du réel. 

Qu’à cela ne tienne, le Premier ministre Ariel Henry, en copy paste ou pas, veut écrire son histoire de gestionnaire d’un énième désastre. « Le Premier ministre, le Dr Ariel Henry, a officiellement lancé, ce mardi, à l’hôtel Karibe, la première journée des ateliers techniques de l’Évaluation des besoins post-catastrophe (PDNA), en vue d’évaluer les dommages, les pertes et les besoins des zones touchées par le séisme du 14 août », a indiqué un communiqué, mardi 31 août 2021.

« Ce plan du gouvernement, placé sous le haut patronage du Premier ministre et conçu par le ministère de la Planification et de la Coopération externe, de concert avec des partenaires locaux et internationaux, comprend l’ensemble des besoins réels majeurs et fondamentaux de la région Sud », selon ce communiqué.

« Ce plan, poursuit ce communiqué, participe de la mise en œuvre des stratégies de relèvement, de la reconstruction, d’aménagement du territoire et de cartographie de cette région, selon les principes du développement durable. Il s’agit d’une approche intégrée, ancrée dans la vision globale du développement et de l’avenir. »

« Le lancement des travaux techniques de l’élaboration du  PDNA témoigne de la volonté du chef du gouvernement de faire les choses autrement. Il veut, pour ainsi dire, placer le relèvement et la reconstruction sous le signe de la planification, c’est-à-dire de la vision de l’avenir. Aussi, veut-il profiter de ce moment pour revoir la stratégie de développement de la Péninsule Sud élaborée en 2010 », expliquent les autorités dans le communiqué.

« Ainsi, les ministères et organismes autonomes, responsables des différentes thématiques et des domaines transversaux, sont appelés à jouer leur rôle de leaders et à s’assurer de la fiabilité des faits rapportés et des données collectées, traitées et analysées », lit-on dans le communiqué.

« Le Premier ministre exhorte, également, les cadres de la fonction publique, impliqués dans le processus de réalisation du PDNA, à être proactifs et à faire preuve d’initiative afin d’éviter les erreurs du passé », d’après ce communiqué.

« En lançant ces ateliers dans le contexte actuel, le Premier ministre Ariel Henry ouvre du même coup ses bras pour que les collectivités territoriales, les partenaires locaux et la société civile puissent jouer entièrement leur rôle d’accompagnement dans toutes les étapes de l’exercice et de l’évaluation, relatives à la reconstruction », a indiqué ce communiqué qui n’évoque pas la faiblesse des municipalités.

Déjà entendu

Le PDNA d’après le séisme du 12 janvier 2010 avait présenté une vision à long terme du développement d'Haïti. Il se propose de refonder la Nation haïtienne en transformant la catastrophe en une opportunité pour qu'Haïti devienne un pays émergent d'ici 2030. Cette refondation, d'après le PDNA, se matérialisera en : Une société équitable, juste, solidaire et conviviale, vivant en harmonie avec son environnement, sa culture, une société moderne où l'État de droit, la liberté d'association et d'expression et l'aménagement du territoire sont établis. Une société dotée d'une économie moderne, diversifiée, forte, dynamique, compétitive, ouverte, inclusive, et à large base territoriale. Une société où l'ensemble des besoins de base de la population sont satisfaits en termes quantitatif et qualitatif. Une société apprenante dans laquelle l'accès universel à l'éducation de base, la maîtrise des qualifications dérivant d'un système de formation professionnelle pertinent, et la capacité d'innovation scientifique et technique nourrie par un système universitaire moderne et efficace, façonnent le nouveau type de citoyen dont notre pays a besoin pour sa refondation. Tout ceci, avec l'encadrement d'un État unitaire, responsable, garant de l'application des lois et de l'intérêt des citoyens, fortement déconcentré et décentralisé.

Les grands chantiers de la reconstruction présentés dans le Plan d'Action pour le relèvement d'Haïti avait proposé quatre refondation.

1. La refondation territoriale, qui passe par l'identification, la planification et la gestion des nouveaux pôles de développement, la stimulation du développement local, la reconstruction des zones affectées, la mise en place des infrastructures économiques nécessaires à la croissance (routes, énergie et communication), la gestion du foncier garantissant la protection de la propriété et facilitant l'avancement des grands projets.

2. La refondation économique, qui avec la valorisation des secteurs clés, doit viser la modernisation du secteur agricole dans ses composantes offrant un potentiel exportable comme les fruits et tubercules, l'élevage et la pêche avec comme objectif la sécurité alimentaire, le développement d'un secteur de la construction professionnelle, doté de lois et règlements antisismiques et anticycloniques et des structures d'application et de contrôle, la poursuite des activités de l'industrie manufacturière, l'organisation du développement touristique.

3. La refondation sociale priorisant en tout premier lieu un système éducatif garantissant l'accès à l'école à tous les enfants, offrant une éducation professionnelle et universitaire en adéquation avec l'exigence de modernisation de notre économie, un système de santé assurant une couverture maximum sur tout le territoire, une protection sociale pour les salariés et les plus vulnérables.

 4. La refondation institutionnelle qui immédiatement s'attaquera à la remise en fonctionnement des institutions étatiques en priorisant les fonctions les plus essentielles, la redéfinition de notre cadre légal et règlementaire pour mieux l'adapter à nos besoins, la mise en place de la structure qui aura le mandat de gérer la reconstruction, l'établissement d'une culture de transparence et de reddition de comptes qui rende la corruption impraticable sur notre territoire. Cet idéal à atteindre sur un horizon de vingt ans appelle la mobilisation de tous les efforts, de toutes les ressources pour « réussir le saut qualitatif », thème de la Stratégie nationale de croissance et de réduction de la pauvreté présentée en novembre 2007. Cette stratégie demeure un point de repère important dans l'énoncé des objectifs à atteindre.

A l’époque, le Plan d'action devait conjuguer l'impératif d'agir maintenant tout en mettant en place les conditions de la croissance structurelle nécessaire dans la durée.

Mais comme souvent, la réalité démasque les promesses de construire autrement, de gérer dans la transparence l’aide. La réalité étale souvent le décalage entre la parole des chefs et les réalisations en Haïti où les plans ont malheureusement un destin : les tiroirs.

Roberson Alphonse



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