Qui dirige Haïti aujourd’hui ?

Publié le 2021-07-28 | lenouvelliste.com

Au début du mois de juillet 2021, il était clair que le président Jovenel Moïse avait en main tous les leviers de la gouvernance, et ce, depuis janvier 2020. Sur cette base, le président était sorti de la Constitution de 1987 amendée pour faire et défaire et a même tout fait pour changer la Constitution qu’il n’avait pas le droit de toucher. Encore moins par référendum. 

Aucun premier ministre, ministre, ni le secrétaire général du Conseil des ministres, à aucun moment, n’avait crié attention, encore moins holà. 

On était au temps de la présidence royale où les désirs du chef se matérialisaient en textes de loi à la vitesse de la lumière. Jovenel Moïse dirigeait le pays.

A partir du 7 juillet 2021, c’est le premier ministre a.i. en instance de départ, Claude Joseph, qui a pris le contrôle de la machine gouvernementale. Des textes légaux ont été publiés et l’état de siège décrété pour 15 jours (nul ne sait ce qu’il en est aujourd’hui de cet état exceptionnel qui n’a pas empêché le pillage de Valerio Canez au Cap-Haïtien).

Pas une des décisions du premier ministre Claude n’a été mise en question ni par un de ses ministres ni par le secrétaire général du Conseil des ministres. Claude Joseph a dirigé le pays. 

L’état d’exception ouvert avec l’assassinat du président Jovenel Moïse permettait tout, y compris une transition qui sort des prescrits de la Constitution étant entendu que le président Moïse n’a légué au pays que des institutions dévastées et dysfonctionnelles.

Ce 28 juillet, alors que le pays a un troisième chef nominal depuis le début du mois, voilà qu’un ordre du jour du premier ministre Ariel Henry pour une réunion du Conseil des ministres a été contesté par le secrétaire général du Conseil des ministres ouvertement par courrier rendu public. En Conseil des ministres, des membres du gouvernement Henry fraîchement nommés ont mis le premier ministre en difficulté et le point 7 de l’ordre du jour a été enlevé.

Pour la première fois, des responsables ont cru bon de peser sur une décision du chef de fait de l’exécutif pour le forcer à revenir sur une intention, pour empêcher un changement majeur au sujet d’un texte de loi contesté par la majorité des secteurs concernés par la vie publique nationale.

La pensée du président Jovenel Moïse doit rester vivante, si on interprète bien les arguments des contestataires. Ariel Henry, premier ministre nominal, a été publiquement désavoué.

Visiblement Ariel Henry n'a pas les leviers pour diriger le pays. 

Dans les jours à venir, on saura très vite qui dirige et qui gouverne Haïti : Ariel Henry ? Renald Lubérice ? Claude Joseph ?

Car dans les semaines à venir, Henry, s’il est encore à la Primature, devra introduire des changements pour remettre le pays sinon sur les rails de la démocratie mais au moins sur le chemin qui conduit au train.

Conseil électoral, loi électorale, calendrier électoral, référendum et une kyrielle de décisions du président Moïse devront être remis en question ou revalidés. 

Que diront alors les gardiens de la pensée du défunt président ? 

L’argument qui soutient le maintien de l’Agence nationale d’intelligence (ANI) vaut aussi pour les autres textes et mauvaises décisions.

Qui dirige Haïti ? Qui gouverne Haïti ? On le saura très vite. La bataille pour prendre le pouvoir se précise sur plusieurs fronts.

Frantz Duval



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