Assassinat de Jovenel Moïse : sur la piste des donneurs d’ordre

Le directeur de la police colombienne, le général Jorge Luis Vargas, en conférence de presse vendredi matin, a fait de nouvelles révélations sur le versant colombien de l'enquête sur l'assassinat du président Jovenel Moïse.

Publié le 2021-07-16 | lenouvelliste.com

Le général Vargas, dans des propos relayés par El Tiempo, média colombien, a affirmé que le citoyen haïtien Joseph Félix Badio, fonctionnaire du ministère de la Justice et collaborateur de l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC), a confié à Germán Rivera et à Duberney Capador, deux anciens officiers militaires colombiens, « qu'ils doivent assassiner le président » [Moïse].

Selon le directeur de la police colombienne, cette consigne de Joseph Félix Badio daterait de trois jours avant le meurtre, puisque les jours ayant précédé le crime, la mission du commando était d'arrêter le président Moïse.

L’homicide était planifié à Miami, entre des personnes qui travaillaient pour la société CTU Security Servis, avec James Solage, Antonio Intriago et Christian Emmanuel Sanon, a confirmé le général colombien, soulignant que le sergent Duberney Capador avait participé à ces réunions et Germán Rivera a été informé « du déroulement de cette réunion, dans un premier temps par certains services de sécurité ».

La police haïtienne a émis un mandat d’arrêt contre Joseph Félix Badio, et elle a déjà procédé à l’arrestation de Christian Emmanuel Sanon. 

« Les enquêteurs, dont une commission colombienne, ont réussi à établir que Germán Rivera avait reçu des transferts d'argent via Western Union afin qu'il coordonne les dépenses alimentaires et logistiques alors qu'il était déjà à Port-au-Prince », a fait savoir le général Vargas.

Sur la base des informations recueillies, a indiqué Vargas, il a été établi que le groupe s'est installé dans une maison proche de celle du président où ils ont commencé à s'entraîner avant d’obtenir des véhicules avec lesquels ils se sont relayés pour surveiller l'entrée de la résidence du président.

Par ailleurs, des documents obtenus par le journal américain The Washington Post informent que les anciens militaires colombiens impliqués dans l'assassinat de Jovenel Moïse ont été embauchés pour la sécurité personnelle de Christian Emmanuel Sanon, qui aspirait à être le président d'Haïti.

Les médias américains dépeignent Christian Emmanuel Sanon comme l'homme qui serait capable de sauver cette nation.

Selon le Washington Post, Christian Emmanuel Sanon a fait part de son intention, le 12 mai dernier, lors d'une réunion aux États-Unis à laquelle ont assisté Antonio Intriago, propriétaire de la société de sécurité CTU, et Walter Veintemilla, directeur du cabinet de conseil Worldwide Capital Lending Group, la société qui a financé l'opération.

Il avait été convenu entre les personnes susmentionnées de recruter et de constituer une force de sécurité pour protéger Christian Emmanuel Sanon dans le but de le conduire à la présidence d'Haïti. En ce sens, selon le média américain, des prêts de plus de $ 860 000 dollars américains ont été consentis pour les munitions, le personnel et d'autres dépenses.

Le Washington Post pointe également du doigt Robert N. Nicholson, l'avocat de Veintemilla, qui affirme que son client soutiendrait financièrement l’ambition de Christian Emmanuel Sanon, mais qu'à aucun moment la force constituée n'aurait pas été utilisée pour que ce dernier puisse accéder au pouvoir.

Au contraire de ce qu’a avancé la PNH mercredi dernier, la réunion visant à communiquer le plan de Sanon pour Haïti n'a pas eu lieu dans un hôtel en République dominicaine, soutient le journal américain, mais dans une salle de conférence à Fort Lauderdale, en Floride.

À l'issue de cette rencontre, Sanon, Intriago et Veintemilla ont officialisé, le 17 mai, un document pour la sécurité personnelle de Christian Emmanuel Sanon, qui incluait une équipe pour planifier les opérations.

Selon les détails contenus dans un document obtenu par le journal américain, la société détenue par Veintemilla, Worldwide Investment Development Group, et CTU Security d'Intriago seraient en charge de recruter et de constituer une force de sécurité privée pour protéger Christian Emmanuel Sanon jusqu'à ce qu'il devienne président d'Haïti.

En retour, a précisé Washington, Christian Emmanuel Sanon leur rembourserait le service rendu une fois installé au Palais national en utilisant les ressources du pays, selon le projet de contrat qui a circulé le 22 juin.

Le document, explique Washington Post, précisait que les entreprises déploieraient un nombre inconnu d'officiers militaires privés dans la capitale haïtienne, dans les 72 heures suivant la nomination de Christian Emmanuel Sanon à la présidence, à des soldes hebdomadaires compris entre 1 500 et 3 000 dollars américains par agent.

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