Léogâne à la fois accueillante et inquiète face aux déplacés de Martissant

Publié le 2021-06-09 | lenouvelliste.com

Les violences qui sévissent à Martissant et dans ses environs depuis la semaine dernière ont poussé des riverains à fuir l'agglomération. Ces déplacés se sont majoritairement dirigés vers le Sud : Carrefour, Gressier, Léogâne et encore plus loin. Si certains, arrivés à Léogâne le vendredi 4 juin, ont une destination en tête, d'autres se sont regroupés dans plusieurs points de la commune. Des jeunes s'arrangent pour leur apporter plats chauds, kits alimentaires et hygiéniques. Certains émettent des inquiétudes face aux déplacés qui pourraient, selon eux, compter parmi eux des éléments dangereux.

Dans les quatre centres de refuge visités par Le Nouvelliste, des résidences privées, dont trois dans la localité de Flon et un autre à Dufort, une centaine de déplacés s'y trouvent. La majorité sont des jeunes femmes, dont une est enceinte, un bébé et plusieurs enfants en bas âge. Pour le moment, ils vivent essentiellement de plats chauds, de kits alimentaires et hygiéniques apportés par de jeunes Léogânais. Questionnés par le journal, ils expliquent que leur aide est le fruit de leur propre contribution. Jusqu'à présent, les représentants des pouvoirs central et local sont aux abonnés absents. Parmi les réfugiés, il y en a qui veulent poursuivre leur petit bonhomme de chemin vers le Sud pour retrouver un proche. Il y en a aussi qui n'espèrent qu'une chose : que la situation revienne à la normale pour regagner leur maison et tout ce qu'ils y ont laissé.

Parallèlement à l'hospitalité de ces jeunes, l'inquiétude s'installe au sein de la population léogânaise. « Je suis surpris de voir que vous parlez d'accueil au lieu de rester sur vos gardes et de demander à la police de faire son travail. L'hospitalité ne devrait pas être au premier plan. Ma position est celle d'un Léogânais sensible au bien-être de sa commune », a lancé Gameson Jean Louis dans une publication sur Facebook. « Je comprends l'inquiétude de certains citoyens que je partage. Mais en tant qu'humain, notre priorité devrait être de les assister. Après, il revient à la police d'identifier d'éventuels déviants parmi ces déplacés », a rétorqué Wilky Petit-Homme, l'un des jeunes bienfaiteurs. « Le contrôle devrait se faire simultanément à l'assistance. Aucun ne devrait précéder. Cependant, si rien n'est fait du côté de l'État, on ne peut pas demander aux citoyens de ne pas supporter des compatriotes qui fuient la violence sous leur propre drapeau », reconnait le magistrat Kleberson Jean Baptiste.

Au moment où des Léogânais s'inquiètent du danger que pourraient représenter les gens en provenance de Martissant, ces derniers courent eux aussi des risques. C'est le cas de cette fille rencontrée, l'air perdu au milieu de la rue le samedi 5 juin. Elle a manifesté le désir de dormir sur la place publique. Des hommes lui ont offert de l'emmener dormir chez eux, à condition qu'elle couche avec eux. L'un d'entre eux a même tenté de la prendre de force, raconte-t-elle. Elle a pu échapper belle grâce à une dame qui lui a indiqué un endroit où dormir en sécurité dans les périmètres du parc Gérard Christophe et une autre qui lui a donné l'argent du transport pour se rendre chez un membre de sa famille à Miragoâne, confie-t-elle sur le point de partir. 

Par ailleurs, lors de fouilles effectuées vendredi dernier dans des véhicules se dirigeant vers Léogâne, un homme armé a ouvert le feu sur la police et le président de la commission municipale, Ernson Henry, qui était présent. Le tireur a été tué, rapporte Ernson Henry sur sa page Facebook.



Réagir à cet article