Vivre entre deux rives : Là-bas, aussi

Publié le 2021-05-17 | lenouvelliste.com

Aujourd’hui, je voudrais vous parler de Là-bas. Et non pas d’ici. Là-bas, le lieu qui fait rêver certains moun icitte. Le lieu où la mer et le ciel semblent s’accoupler. Parfois, on quitte tout ici pour aller à l’autre bord de l’eau. Un ailleurs plus propice, imagine-t-on. Mais « là-bas, faut du cœur et faut du courage », pour reprendre Jean-Jacques Goldman. Il n’y a pas que les amoureux et les politiciens qui promettent. Là-bas, aussi. Ce trompe-œil tente comme tout ce qui est défendu. Là-bas est pareil aussi à de l’opium !  

Vivre à l’autre bord de l’eau, c’est apprendre à nager dans des eaux inconnues. C’est apprendre à mourir. À renaitre. À souffrir. À grandir. Et à mûrir. Combien d’adultes qui deviennent enfants là-bas ? Des professeurs étudiants ? Des patrons ouvriers ? La langue, l’environnement, la température, la circulation, les modes de fonctionnement, tout peut être étranger ou étrange là-bas. Certes, l’homme est doué d’adaptabilité. Mais combien de gens n’arrivent pas à se défaire d’ici ! Car nous avions déjà une vie. Des us et coutumes. Un moule. 

Part-on pour l’étranger pour devenir étranger ? Étranger à soi ? Étranger aux autres ? Étranger aux étrangers ? Étranger pour son propre pays ? Nos frères et sœurs d’ici nous baptisent d’un nouveau nom : diaspora. Rares sont les pays qui n’ont pas leur diaspora. Une pratique de vieille date. Fardeau ou confort ? Une question qu’il faut poser à la vie. 

Là-bas, c’est bien. Il y a des animaux qui ont plus de droit que la grande majorité des gens d’ici. Ils ont des médecins pour les soigner. Des loisirs. Ils vont au parc. La justice les protège. On organise des manifs en leur faveur. Etc. Dès lors, je ne décourage pas de rêver là-bas, mais je dis qu’il mérite moins qu’on le lui attribue. Vous savez pourquoi ? Certaines catégories de personnes ont comme moins de droits que ces animaux. Je vous laisse deviner le reste. Ce n’est pas dans tous les journaux. 

Quoi qu’il en soit, là-bas est l’œuvre des hommes et des femmes. Ici également. Ici et là-bas ne sont qu’à la hauteur de nos âmes, de nos efforts, de notre vouloir. Dans Pluie et vent sur Télumée Miracle, Simone Schwarz-Bart écrit : « Le pays dépend bien souvent du cœur de l'homme : il est minuscule si le cœur est petit, et immense si le cœur est grand ». Je le crois.  Alors quelle est la grandeur de votre cœur mes chers citoyens ? 

Je vous ai promis de vous parler de là-bas, mais j’ai aussi touché d’ici. On ne peut pas traiter de là-bas sans ici. Voyez-vous, là-bas est d’abord un mythe qui surtout cache les promesses non tenues d’ici. Ici, c’est un appelé à naître qui souffre au passage. 

Isaac Volcy Volcyisaac2@gmail.com
Auteur


Réagir à cet article