Le riz, premier aliment importé et premier critère pour juger l’échec de nos politiques

Publié le 2021-05-07 | lenouvelliste.com

Le département de l’Agriculture américain a publié fin avril son traditionnel rapport sur les produits importés et exportés par les USA. Un article à la une de cette édition rapporte les grandes lignes sur le riz. Haïti y est en vedette pour ses importations de cette denrée qui proviennent à 90% du pays de Joe Biden.

Cette année encore nos importations vont augmenter et notre production locale va stagner pendant que la population augmente.

Cela fait des décennies que nos importations du riz, cet or blanc devenu quotidiennement indispensable sur toutes les tables haïtiennes, augmentent année après année.

Cela fait encore plus longtemps que les gouvernements annoncent des projets pour améliorer la production à l’hectare de la fameuse céréale et toutes sortes de dépenses pour les semences, les engrais, la machinerie, le curage des canaux, le pompage de l’eau, les moulins, l’amélioration des routes de pénétration, des projets avec Taïwan et compagnie.

Rien n’y fait, la production ne suit pas la demande, les importations continuent d’augmenter de plus belle.

Avec le riz comme seul critère, on peut juger de la performance des gouvernements haïtiens depuis les années 50. La mauvaise note des différents ministères impliqués dans sa production et la faible moyenne que cela induit pour les gouvernements expliquent notre retard sur le chemin du développement. Le riz est un indicateur majeur. 

Car si sur le produit le plus consommé par sa population un pays n’arrive pas à faire la différence, si sur le deuxième poste d’importation du pays on laisse partir nos devises vers l’étranger chaque année un peu plus, dans quel domaine on pourra faire mieux ?

De l’université à l’élite économique, le cas du riz illustre à quelle philosophie de faillite continue nous sommes abonnés.

Le marché du riz est captif. Les consommateurs sont disponibles et disposés à payer et de fait ce n’est pas l’État qui finance les achats mais c’est l’État qui dépense mal et qui perd des recettes fiscales pour satisfaire une fausse paix sociale.

En 1995, au retour de Jean Bertrand Aristide de son premier exil, Georges Anglade, géographe et grand connaisseur de l’âme haïtienne, avait proposé un plan « Riz pour tous » visant l’auto-suffisance en riz. Cela passait par une amélioration de tout ce que l’on rate depuis les années 50 dans la Vallée de l’Artibonite. Le plan ne fut pas retenu. René Préval tenta de faire mieux avec la réforme agraire. Les réussites sont inconnues à cette date. Jovenel Moïse tenta à son tour la caravane du changement. Visiblement, la bonne santé des importations nous éclaire sur le peu de succès de son initiative.

Les importations de riz ont commencé pour faire la soudure entre deux récoltes. Les Magasins de l'État, à un prix fixé par le gouvernement, écoulaient les stocks sous Duvalier. À partir de 1986 et de la libéralisation du commerce extérieur, le riz est vendu par ceux qui l’importent.

En 34 ans, le pays a vu son régime alimentaire se modifier au profit d’agriculteurs et de commerçants qui ne se soucient pas de son avenir.

Le riz est la preuve par trois que les gouvernements haïtiens ratent les uns après les autres le cap de la bonne gestion et celui des investissements rentables.

Le plat de riz importé n’est pas seulement un repas. C’est le miroir de notre plus grand échec dans l’agriculture, le développement et la bonne gouvernance.

Et que dire quand on sait que sur les produits pétroliers (premier poste d’importation) comme sur le riz (deuxième poste d’importation), l’Etat ne gagne pas grand chose, subventionne même la consommation de tout le monde, sans distinction. 



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