Note sur la politique monétaire / BRH

Les activités économiques au deuxième trimestre 2021 perturbées par la situation sociopolitique et l’insécurité

Importation en hausse sur les cinq premiers mois de l’exercice, détérioration importante de la balance commerciale, baisse des exportations, recul des transferts privés sans contrepartie… Telles sont en substance les grandes lignes édictées dans la note sur la politique monétaire au deuxième trimestre de l’exercice fiscal 2020- 2021 dévoilée par la Banque de la République d’Haïti (BRH). De ce qui ressort de cette publication trimestrielle, la situation sociopolitique et les conditions sécuritaires continuent d’être une source de préoccupation et de perturbation pour la bonne marche des activités économiques à travers le pays.

Publié le 2021-04-30 | lenouvelliste.com

« La situation sociopolitique et les conditions sécuritaires continuent de peser lourdement sur l’activité économique et la capacité des autorités fiscales à mobiliser des ressources. De même, les conditions d’approvisionnement des marchés urbains et l’accès aux produits alimentaires s’en retrouvent affectés, générant davantage de pressions sur les prix », constate la banque centrale pour qui la situation sociopolitique et sécuritaire dans le pays constitue la principale contrainte à la relance des activités.

Dans le même temps, la disponibilité des denrées locales, affectée par l’irrégularité des pluies et les problèmes au niveau des canaux d’irrigation traduits en de faibles récoltes pour les deux dernières campagnes agricoles, a été relativement compensée par les importations qui ont enregistré une hausse sur les cinq premiers mois de l’exercice.

Une situation que reflète notamment le niveau de l’inflation mensuelle ayant accusé une hausse de 10 points de base par rapport au premier trimestre pour se porter à 1,1 % en février 2021. « Sur une base annuelle, la variation de l’IPC s’est portée à 17,9 % contre 19,2 % en décembre 2020 », observeconstate la BRH, attribuant cette hausse des prix dans l’économie à la conjonction des effets néfastes de la perturbation des conditions d’approvisionnement par le climat sécuritaire, du renchérissement des produits de base (alimentaires et pétroliers) sur le marché international et de la dépréciation de la gourde.

Afin de lisser les fluctuations indésirables du taux de change et leurs incidences négatives sur les prix dans l’économie, la BRH a maintenu, notamment à travers des ventes de devises sur le marché des changes, sa politique de reprise systématique de la liquidité en gourdes. Dans l’ensemble, les taux de réserves obligatoires sur les passifs en gourdes et en dollars sont restés inchangés, et la banque centrale a procédé à des injections de l’ordre de 104,1 millions de dollars sur le trimestre, stérilisant ainsi des liquidités pour un montant de près de 7,8 milliards de gourdes. Les interventions de la BRH sur le marché des changes se sont soldées par un achat net de l’ordre de 73,74 millions de dollars de janvier à mars 2021 contre une vente nette de 10,63 millions au trimestre précédent.

« La baisse du taux de change enregistrée au début du trimestre précédent s’est reflétée dans l’augmentation de la demande des biens importés notamment les produits pétroliers dont le volume a crû de plus de 50 % en glissement annuel », souligne le document, citant des données préliminaires faisant état d’une détérioration importante de la balance commerciale et de l’augmentation des transferts privés sans contrepartie.

En effet, le solde commercial a atteint -1 495,6 millions de dollars entre octobre 2020 et février 2021 contre -948,4 millions sur la même période de l’exercice précédent. En rythme annualisé, les importations sur les cinq premiers mois de l’exercice en cours ont crû de 37,7 % à 1 884,3 millions de dollars. Les exportations, par contre, ont baissé de 7,5 % à 388,73 millions de dollars, en raison de la baisse de la demande mondiale de vêtements, engendrée par la crise sanitaire. Quant aux transferts privés sans contrepartie, ils ont reculé de 6,3 % par rapport au trimestre passé pour se chiffrer à 830,3 millions de dollars pour le trimestre sous étude.

« L’évolution des deux principales composantes de l’offre de devises a amplifié l’écart par rapport à la demande, laquelle a subi l’effet du financement monétaire du déficit. De ce déséquilibre grandissant, ont émergé des anticipations négatives de la part des agents économiques, générant ainsi des pressions additionnelles sur le taux de change. Conséquemment, le taux de change est passé de 72,16 gourdes pour un dollar en décembre 2020 à 80,32 gourdes en mars 2021, soit une dépréciation de 11,3 % de la gourde par rapport au dollar américain sur le trimestre », explique la banque centrale, pointant du doigt les incidences négatives de la dégradation du climat des affaires, résultant de la conjoncture sociale et politique, sur la situation des finances publiques et la capacité de l’État à mobiliser des ressources au cours du deuxième trimestre 2021.

Les recettes ont chuté de 10,44 % en rythme trimestriel, passant de 25 293,66 MG à 22 652,66 MG, ce qui représente un taux de perception en pourcentage des prévisions de 68,3 % contre 76,3 % un trimestre plus tôt. De même, les dépenses budgétaires ont totalisé 41 304,2 MG, suite à un repli de 15,6 % par rapport au trimestre précédent. D'une manière globale, les ressources collectées par l’État sur les six premiers mois de l’exercice ont été chiffrées à 130 464,06 MG dont 47 946,3 MG de recettes fiscales. Ces dernières ont été insuffisantes pour couvrir les décaissements totalisant 154 032,10 MG dont 90 235,87 MG de dépenses budgétaires effectuées par l’État sur la période.

Conséquemment, a poursuit la note, les opérations financières de l’État se sont soldées par un déficit du Trésor financé, en partie, par la BRH à hauteur de 33 108,50 MG. Ce montant reste en-dessous du plafond de 39 307,90 MG fixé dans le cadre du pacte de gouvernance économique et financière signé entre le MEF et la BRH.

Au deuxième trimestre 2021, l’économie haïtienne n’a pas su profiter de la reprise au niveau mondial à cause de la situation sociopolitique et sécuritaire. Pour les deux derniers trimestres de l’exercice 2021, les perspectives pour l’économie haïtienne demeurent mitigées. Néanmoins, prévoit la BRH, une atténuation de la crise sociopolitique et l’amélioration des conditions sécuritaires jointes à une mise en œuvre ordonnée du plan de relance économique du gouvernement devraient permettre à l’économie haïtienne de profiter des retombées positives de la reprise économique au niveau mondial notamment aux États-Unis.



Réagir à cet article