Le temps passe pour rien en Haïti

Publié le 2021-04-27 | lenouvelliste.com

La Police nationale d’Haïti (PNH) a annoncé, mardi, de nouveaux changements dans ses rangs. Des responsables de premier plan ont été remerciés et placés à d’autres affectations. On ne compte plus les rotations au sein de la PNH qui est à son troisième directeur général en quatre ans, encore plus de compositions du Conseil supérieur de la police nationale (CSPN) à sa tête et on ne compte plus les mouvements au sein des hauts cadres. La PNH vacille. Elle n’apprend pas de ses erreurs.

La justice, dont la police est l’auxiliaire, ne va pas mieux non plus. La Cour de cassation n’a pas tous ses membres. Les tribunaux passent plus de jours fermés à cause de grèves que d’heures en session pour dire le droit. Le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ) va un peu mieux sur le papier mais dans les faits la dernière élection pour renouveler ses membres a débouché sur un conflit entre les organisations de défense des droits humains et l’Office de protection du citoyen (OPC) sur le choix du représentant du secteur. Est-ce le début de la fin ? Une nouvelle tempête en formation ? La justice ne sort pas grandie des crises qu’elle affronte.

Des partis politiques ont étonné les observateurs cette semaine avec l’annonce d’un nouveau regroupement qui se donne pour but de chercher à orchestrer le départ négocié du président Jovenel Moïse. Les observateurs se demandent déjà ce qu’il en sera de cette initiative : qui va dénoncer le pouvoir ou les anciens alliés de ceux qui se démarquent ? Nos partis politiques peinent à se hisser à la hauteur des exigences de l’alternance démocratique depuis tellement longtemps...

Dans le camp du pouvoir, cela ne va pas mieux. Le parti dont est issu le président Jovenel Moïse ne le soutient pas dans son projet de nouvelle constitution au forceps. On dirait même que le PHTK craint qu’un échec du référendum annoncé n'emporte les élections programmées qu’il espère gagner. Ceux qui croient qu’un tien vaut mieux que deux tu l’auras… défient ceux qui veulent tout, dit-on.

Pendant ce temps, le temps passe. Le temps passe pour rien. Pour aucun résultat.

L’état d’urgence sécuritaire n’a pas eu les effets concrets sur la vie dans la cité et n’a pas été reconduit après un mois par les autorités. Les résultats sont si maigres que personne ne s’en plaint.

Le pays a échappé à la Covid-19 pour subir le confinement sécuritaire. Tout le monde se terre pendant que le kidnapping et la violence tiennent le haut de l’actualité.

Le mandat d’un mois du premier ministre intérimaire Claude Joseph cherche déjà sa fin. L’insécurité ne baisse pas. La vie chère augmente. Les négociations n’avancent pas. Le référendum pour faire passer la nouvelle constitution au texte toujours secret ne convainc pas. L’annonce de la tenue des prochaines élections ne rassure pas.

Chaque institution en Haïti cultive des faiblesses qui rongent le moral de la population. La conviction la plus répandue est que le temps passe pour rien en Haïti. Nous gaspillons nos jours.



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