Quand les Haïtiens cèdent la place aux étrangers

Publié le 2021-04-26 | lenouvelliste.com

68 membres du Congrès des États-Unis d’Amérique, la Chambre des représentants, ont signé une lettre conjointe adressée au secrétaire d’État Anthony Bliken pour lui demander de modifier la position du gouvernement américain sur Haïti.

Cela concerne aussi bien le renvoi en Haïti des immigrants illégaux, le TPS pour ceux qui seront bientôt en fin de droit que la position américaine sur le référendum et les prochaines élections.

Cette lettre que beaucoup de présidents de commissions au Congrès ont paraphée veut changer du tout au tout la position des USA sur Haïti, particulièrement vis-à-vis du président Jovenel Moïse.

Ce n’est pas la première fois que des congressmen écrivent sur la situation en Haïti. C’est la première fois qu’ils sont aussi nombreux, qu'ils occupent des postes aussi importants et sont du parti au pouvoir. Ces dernières années, des démocrates écrivaient pendant que Donald Trump, le républicain, était président. Cette fois, c’est de la majorité du président Joe Biden que vient la fronde.

Les élus du camp de Biden veulent que le président américain modifie ses opinions, cesse d’écouter les lobbyistes de Jovenel Moïse et que son administration change de politique.

Cette lettre survient alors que les tentatives en Haïti pour trouver une issue à la crise échouent les unes après les autres. L’impasse persiste et il n’y a pas de lumière au bout du tunnel.

Passer du premier ministre Joseph Jouthe au premier ministre a.i. Claude Joseph n’a pas été suivi de changement réel. Les négociations secrètes ne donnent rien. Les problèmes persistent. Toutes les situations et toutes les conditions s’aggravent.

L’Organisation des Nations unies (ONU), l’Organisation des États américains (OEA), l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), l’Union européenne (UE) et l’Organisation des États de la Caraïbe (Caricom), aucune ne semble en mesure de peser sur les acteurs, d’avoir l’attention et la confiance des parties pour les amener à la table des négociations. Le Core Group, le Vatican et la République dominicaine, non plus. Tout le monde fait cependant état de ses préoccupations face à la détérioration des indicateurs.

Comme souvent depuis plus d’un siècle, quand les solutions haïtiennes ne donnent rien, quand le dialogue interhaïtien est impossible, quand aucun acteur au monde ne peut imposer sa solution ni même faire entendre sa voix, ce sont les Américains qui montent au filet pour peser sur le jeu des acteurs.

Sauf que cela fait trois présidents américains qui se sont entremêlés les pinceaux dans le dossier Haïti : l’administration Obama n’a pas eu la main heureuse ; celle de Trump a laissé faire et Biden hésite.

Plus qu’en 1994, plus qu’en 2004 ou en 2014, la crise haïtienne a des ramifications nombreuses et de profondes complications. Il faudrait un puissant lavage de cerveaux pour reformater les meneurs ou une chirurgie lourde pour les guérir de tous leurs défauts.

Allons-nous encore une fois nous en remettre aux étrangers pour résoudre nos crises ? Avons-nous d’autres choix ? Souhaitons-nous une autre issue ?

Chacun doit se poser ces questions car l’horloge est lancée.



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