A trop embrasser, Jovenel Moïse risque de mal étreindre

Publié le 2021-04-20 | lenouvelliste.com

Quinze mois depuis que le président Jovenel Moïse n’a aucun contre-pouvoir pour l’empêcher de diriger le pays à sa guise. Il y a certes l’opposition, la société civile et la communauté internationale qui élèvent des protestations verbales de temps en temps contre une de ses initiatives, mais en gros les désirs du président se transforment en réalité. Sauf quand la réalité s’y oppose, quand les faits sont têtus.

Deux des projets du président Moïse qui butent sur des obstacles majeurs n’étaient pas parmi ses promesses de campagne : le courant 24/24, 7/7, sur tout le territoire et un nouveau régime politique.

Pour le premier projet, c’est le temps et l’argent qui risquent de manquer. Aucun spécialiste ne conçoit que dans les dix mois et quelques jours qui restent nominalement au président Moïse, l’ED’H aura le temps d’opérer des miracles. Restent les entreprises étrangères qu’on peut appeler en renfort, il faudrait des millions par centaines pour tout installer de la production à la distribution puis la commercialisation. Pari difficile, s’il en est.

Le pays devra sans doute se contenter d’un rêve accidenté pour l’électricité dans chaque maison et prier pour que la transition à venir ou le prochain gouvernement décide d’aller dans le sens de la continuation du projet électricité pour tous, partout et en tout temps. Une belle promesse accidentelle stoppée par la réalité du milieu ambiant.

Pour le changement de régime, avec à la clé une nouvelle Constitution et un référendum d’ici le 27 juin, ce n’est pas l’argent qui manque ni le temps. C’est le projet qui n’inspire pas confiance. La forme et la manière transpirent le refus du débat alors qu’il est question de reformater la société haïtienne.

Quand le Parlement tentait d’amender la Constitution, cela ne plaisait pas au président Moïse. Ni le projet du député Jerry Tardieu ni celui qui aurait pu naître au Sénat. Même le projet d’Etats généraux de la nation n’avait pas reçu le soutien total de la présidence. Il a fallu attendre que le Parlement soit caduc pour que le projet présidentiel soit mis sur le feu. Un projet neuf. Même pas la continuation des tentatives précédentes.

Impossible n’étant pas dans le vocabulaire politique, il se pourrait qu’une conjonction de circonstances accouche d’un référendum et d’une nouvelle Constitution. Espérons que le nouveau texte, dans deux mois ou dans deux ans, ne transporte pas en son sein les germes de plus de discordes.

D’autant qu’hier le président Moïse a déclaré : «Je reste ouvert au dialogue sans lequel on ne parviendra jamais à résoudre cette crise qui mine le pays depuis 1806.»

Depuis 1806... vaste programme, mais on le sait bien, qui trop embrasse mal étreint.



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