Haïti, ressaisis-toi… Haïti, saisis ta destinée!

Publié le 2021-04-28 | lenouvelliste.com

Depuis le 1er Janvier 1804, date de la proclamation de l'Indépendance et de la  naissance de la nouvelle nation , cette jeune République subit l’assaut des étrangers que ce soit de ses anciens bourreaux esclavagistes, ou que ce soit des autres pays ou grands taureaux internationaux qui veulent prendre le pays d’assaut . Peuple haïtien, il te “faut un dernier acte d'autorité nationale pour assurer à jamais l’empire de la liberté dans le pays qui t’a vu naître; il faut ravir au(x) gouvernement(s) inhumain (s), qui tient (nent) depuis longtemps ton esprit dans la torpeur la plus humiliante...il faut enfin vivre indépendant" et surtout souverain.

Nouvellement née, et durant toute son existence, Haïti a fait et continue de faire face à des problèmes externes . En effet, les premiers mots prononcés par cette nation étaient surtout" Combien vous dois-je, Madame la France”? Et, jusqu'à cet âge avancé, cette dette pèse  et est continuellement renouvelée en prenant de “nouvelles” formes - les missions étrangères, les consultants étrangers, les techniciens étrangers, les ONG … qui n’ont rien de commun avec le pays sauf que ceux-là se créent des moments opportuns pour nous torpiller- et ainsi ils ne sont jamais étrangers au chaos socio-économique du pays. 

Tous les partenaires de Mme la France ont jugé bon de se joindre  à cette dernière car une dette envers cette étrangère ne leur est pas étrangère:  C’ est aussi une dette envers  tous ses alliés qui ont les mêmes tendances, soit maintenir la nouvelle nation ( et jusqu'à présent les petits pays) sous leurs bottes. Ne sont-ils pas tous des esclavagistes? Notre Indépendance n’a pas de prix! Et comment! Si l'indépendance avait un prix, il y a très longtemps que nous aurions cessé de payer . Notre Indépendance fait peur et ces “ demeurés “ étrangers sont si apeurés qu’ils ont manœuvré , paraît-il , pour ”voler ou acheter “ l’acte de l'Indépendance à un certain moment . On n’a jamais donné à cette nation une chance de démarrer. Dès le départ, et juste pour commencer , le colonisateur lui a imposé une dette - sans nul doute pour décourager toute autre colonie qui , ayant pris l’odeur du café de la vaillante Haïti libérée ,voudrait se réveiller et boire de cette boisson revigorante qui leur donnerait la force de casser toutes les chaînes que l’arrogance malsaine du colon a générées. Le colon n’a qu’un seul souci “sa prospérité à n'importe quel prix et même au prix de vies humaines”. Si Haïti n’avait pas cette dette et d’autres dettes à n'en plus finir, le pays ne serait pas là. Et si le pays arrivait à obtenir le remboursement de cette dette ?  Il pourrait décoller!  Mais parler de remboursement de la somme à Haïti- ce qui lui revient de droit- n’est jamais apprécié et remue les souvenirs précis mais douloureux que les rapaces essaient de charroyer et d'enfouir sous des décombres qu’ils génèrent et régénèrent  en foulant sous leurs pieds la dignité d' un grand nombre d'Haïtiens qui croupissent dans la misère et en empêchant  la nation haïtienne de jouir des fruits de la liberté.

Si ce ne sont pas ceux qui , nous outrageant, veulent nous priver du droit  d'être l’exemple de courage ou la lanterne pour les autres , ce sont  ceux que nous estimons être des frères , des compatriotes qui prennent pour modèles les corrupteurs qui nous viennent du dehors et qui prétendent pouvoir tout nous apprendre - sous prétexte qu’ils nous prêtent  de l’argent ou qu’ils nous font des dons. Mais ces prêts et ces dons sont-ils ce qu’ils veulent nous faire croire? Sont -ils vraiment destinés à nous aider. Ouvrons l'œil! Les fonds ne rentrent pas vraiment dans les caisses de l’Etat. 

En effet, l’argent retourne rapidement dans leur propre trésor car ce sont leurs ressortissants qui empochent la plus grande partie . Ces puissances paient à leurs ressortissants un per diem exorbitant juste pour des fins de semaine à la plage. L’une des organisations , internationalement connue, a une ligne dans son budget appelée “hazard pay”( ou quelque chose de ce genre) et ce n’est pas par hasard. Ces fonds sont là pour les journées de plaisir à la plage “aux frais de la princesse'' humiliée ,Haïti... Et pour justifier les dettes , ils corrompent nos autochtones et leur apprennent à bien détourner le reste et ainsi à nous appauvrir encore plus.  Ces mêmes étrangers sont passés maîtres à  diviser pour régner . Depuis son jeune âge, la nation a fait la découverte de bons élèves ou même de vrais fils de colons qui ont contrarié son évolution. En effet, selon ce qui est rapporté, Pétion ne disait-il pas de ceux de son administration:”Tous les hommes sont voleurs!”. Ils complotent( Dessalines n'était-il pas victime d’un complot?) , ils mettent le feu ( boule kay), ils détruisent, ils assassinent (Koupe tèt) etc…Nous avons toujours affaire à des luttes intestines entre dirigeants et opposants qui malheureusement ont des visions simplistes sur le comment et le pourquoi gouverner.

Haïti est obligé d’admettre l'échec voulu de la communauté internationale , de cette machination contre les gens à l'intérieur du pays. Il est temps pour Haïti de prendre son dossier en main et d’agir en responsable. Haïti sera complètement ouvert à tout ce qui est susceptible de déclencher un changement et de contribuer à son progrès. 

La droite et la gauche , tirées à gauche et à droite par la communauté internationale, ont toutes failli et n’ont rien engendré sinon le désastre dont nous sommes témoins aujourd'hui et qui justifient les manigances internationales. Les Haïtiens doivent s’arrêter et trouver la solution typiquement haïtienne sans le secours des organisations opportunistes qui le plus souvent désorganisent les faibles institutions du pays et font tourner en rond les pauvres haïtiens comme des touristes égarés, juste pour les dévier de leurs objectifs.

Haïti, une fois de plus , considérera sa position géopolitique et se demandera pourquoi les autres pays de la zone , et même son voisin limitrophe, sont  chanceux . Est-ce parce qu’ils utilisent la même langue tandis que Haïti est la seule “ entité française” perdue dans un océan hispanophone? Etant donné que les premiers à fouler le sol étaient des espagnols, Haïti aurait pu être espagnol, s’il n’y avait pas le traité de 1697 ou de Ryswick. De plus, si le précurseur de notre Indépendance, Toussaint Louverture , n’avait pas encouragé l’influence de la France à laquelle il faisait confiance et qui l’a trahi, peut-être que la langue utilisée serait différente. 

Le français a été reconnu comme langue officielle en 1918 au moment de l’occupation américaine  et jusqu’ici , très peu de gens maîtrisent cette langue. Si , après plus de cent ans , la majorité du peuple n’est toujours pas alphabétisée, il y a de quoi avancer que la langue française ne convient pas  à Haïti et qu’il serait bon d’adopter en plus du créole, la langue de l'Amérique , de nos proches par exemple. La langue française selon une étude vient en 5ème position après le mandarin, l’anglais, l’espagnol et l’arabe. L’anglais et l’espagnol , n’est-ce pas ce que la majorité des gens emploient dans les pays environnants?

Lorsque nous pensons à notre position géographique, une révolution sans casse et bien réfléchie , comme le Québec l ‘a fait, une révolution tranquille s’impose ! ”Marcher sur d’autres traces”  nous invite à la réflexion. Nous sommes entourés de pays hispanophones et anglophones et nos compatriotes ont surtout émigré aux USA, Canada et, ces dernières années , l'Amérique du Sud, avec le Brésil, le Chili et l’Argentine en tête de liste, en a attiré bon nombre. On estime que plus de 20% de la population du pays vivent dans ces pays sus-cités et aucun de ces derniers n'utilise le français comme langue administrative ou d’enseignement.

 Les haïtiens s’adaptent et arrivent à parler et à écrire la langue du pays d’adoption. Les Etats -Unis et plus des deux-tiers de la population canadienne parlent l’anglais . Certains états des Etats-Unis en plus de l’anglais et les pays de l'Amérique latine, hormis le Brésil qui emploie le portuguais, s’expriment en espagnol. Nos sœurs et frères de l’autre partie de l'île parlent aussi l’espagnol. Changer la langue administrative et celle de l'enseignement semble représenter une avenue ouverte sur le développement. Déjà en Haïti, on se croirait en terre étrangère car l'anglais gagne du terrain.

En Afrique, la majorité des pays qui ne fonctionnent pas bien sont surtout des anciennes colonies françaises. En Asie, le français a disparu et le Vietnam peut être cité en exemple. Le changement de langue a été favorable au Vietnam dont les tentacules se prolongent jusqu’en Haïti actuellement. Le Rwanda l’a expérimenté ,adopté et se porte bien jusqu’ici. Le Rwanda est si bien que la France lui jette des fleurs pour l’inciter à réintégrer la francophonie. En effet en 2018, Madame la France a même écarté la Secrétaire générale de l’OIF en faisant sortir par la petite porte ,cette dame originaire d'Haïti devenue Canadienne , pour ouvrir la porte à Madame la Rwandaise , ministre des Affaires Étrangères dont la langue actuelle est l’anglais.

Il est possible de profiter de l'expérience des pays de la zone. Nous commencerons par analyser ce que la ALBA ( Alliance Bolivarienne pour les Peuples de l'Amérique Latine) peut nous offrir et au besoin intégrer véritablement la famille latine qui est plus près de nous. Haïti est déjà membre de la ALBA . En effet, en 2012, pour faire suite à la demande du président haïtien d’alors, ALBA lui a concédé le titre de membre permanent lors de sa XI réunion.

La voie hispanophone n’est peut être pas celle conduisant à la terre promise mais elle est une de celles pouvant nous sortir de l’enfer qu’est devenue notre terre . Pétion , un de nos aïeux et un pionnier du "Panaméricanisme", avait prêté main forte à la révolution bolivarienne et pourquoi ne pouvons-nous pas chercher chez les hispanophones l’assistance qu’il faut pour éduquer le peuple haïtien, car sans l’éducation nous n’aurons jamais un vrai leader à la tête du pays; ne sachant ni lire ni écrire , le peuple  est voué à se faire voler des élections et à ne jamais choisir ce qui qui est bon pour lui…Les pays hispanophones possèdent tous les outils et moyens nécessaires à faire face à l'alphabétisation et à l'éducation. TELESUR , un projet de la ALBA, comporte des programmes à caractère  éducatif qui profiteraient à la nation . Nous passons notre temps à parfaire une langue  qui ne fait que creuser davantage  le fossé entre l'élite et la majorité.  Peut-être que l'idée d'être” immortel “, séduit tellement le pays qu’il oublie que le “Français “ a fait bien des morts dans nos rangs. Haïti restera vigilant car celui qui instruit pose un acte politique. Paulo Freire nous dit que “toute alphabétisation est politique. Il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais une éducation neutre. Même pas au sein des familles. Personne n’a jamais éduqué quelqu’un de manière neutre.”Alors… Haiti mettra sur pied les mécanismes pour un accueil au sein du groupe et établira avec ce dernier  une stratégie favorable à l'alphabétisation du peuple et à l'éducation de vrais citoyens haïtiens. 

Haïti, membre fondateur de l’ONU et de l’OEA, réclamera de ces organismes le droit de rester au sein de ces organisations à titre de membre observateur plutôt que membre actif. Ce temps d’observation lui est nécessaire pour réaliser une conférence haïtienne souveraine et mettre de l’ordre dans ses affaires internes et même externes au besoin.Quant à l'intégration à la “ligue” hispanophone, ce sera comme un retour de l'ascenseur. Se délivrer du poids de ces communautés internationales est crucial. Nos aïeux  avaient prédit qu’en les laissant dans nos murs, "ils seront encore les machinateurs de nos troubles et de nos divisions”. 

Ainsi HAITI a pour devoir de reconsidérer sa présence à la ALBA , cette fois non pas pour les fonds Petrocaribe mais pour les autres projets de la ALBA comme TELESUR ou même PETROSUR. Certes ALBA est critiquée par l’OEA mais  quelle est la base, quel est le mobile de ces critiques? Haïti tirera des leçons de ses erreurs avec l’ONU, l’OEA pour mieux  profiter de la ALBA , de CEPAL (Comisión Económica para América Latina y el Caribe) , de CARICOM ( La Communauté et le Marché commun des Caraïbes) ou de toute autre organisation regroupant de nombreux pays, car l'expérience de l’ONU ou de l’OEA est désastreuse pour Haïti.

Haïti  gagnera à tourner le cap vers les pays de la zone parce qu'au point de vue socio-économique, ils ont fait face et continuent d’affronter les mêmes obstacles et pourtant ils avancent. Beaucoup d’entre eux ont réussi à alphabétiser leurs masses en un temps record. Nicaragua par exemple, en utilisant une méthode brésilienne, a alphabétisé un grand nombre de gens en 5 mois, de mars à août 1980. A cette époque, leur taux d'analphabètes a spectaculairement chuté en passant de 50 %  à 13%. Sur le plan sanitaire, Cuba  offre déjà son concours à Haïti.  L'Équateur, bien que ne faisant plus partie de la ALBA, peut toujours contribuer comme il l’a déjà fait avec les militaires. Même la  République avec laquelle nous partageons l'île et notre histoire, nous avait fait don d'une Université qui , semble -t-il pour les dirigeants du pays , n'était d'aucune nécessité. Pourtant les enfants des Haïtiens étudient chez les voisins -en espagnol.

Tout ceci pour justifier une autre approche car Haiti n’avancera jamais avec les organisations telles l’ONU ou l’OEA ou  avec des pays comme la France dans les pattes. Il reste à Haïti  de prendre un recul par rapport à ces pays ou organisations qui paient à leurs consultants de fortes sommes pour ne rien faire sinon de faire vivre l’enfer aux Haïtiens qui sont emprisonnés dans des maisons avec de lourdes portes en fer et entourées de murs surmontés de fils de fer munis de pointes tranchantes. 

 Haïti vient de faire appel à la Colombie pour renforcer sa police. Bien que nous ne sachions pas les dessous de cette entente, nous pouvons espérer que la Colombie se respectera et agira dans les limites d’une collaboration et non d’une domination. Haïti examinera les avantages et évaluera les désavantages d’une intensification de ses rapports avec les pays de la zone . Haïti accordera le privilège à Haïti ,en tirant profit le plus possible de l’avance des pays l’entourant. La France ne lui a apporté que des déboires car elle s’est juré de lui faire boire l’amertume pour  cette victoire qui lui a octroyé son Indépendance- pour lui avoir fait subir une défaite à une époque où elle s'enorgueillissait de sa gloire. Même la langue française est un handicap qui fait mordre la langue à la majorité des haïtiens. Alors, pourquoi continuer à soupirer après la France ou autres comme une biche après un courant d’eau? Que le peuple haïtien dise “ Paix  à nos voisins mais anathème'' aux barbares, à toutes celles et à tous ceux qui veulent maintenir un statut de colonisateur. Mettons un terme à leurs privilèges.

Haïti, n'oublie jamais que tu n'es “riche que de ta liberté" et “ton nom est devenu en horreur à tous" ces pays qui veulent continuer de l'exploiter et les “despotes et les tyrans ne le prononcent qu’en maudissant le jour qui t’a vu naître".

Peuple haitien, recherche ta destinée!  Sois “jaloux de la maintenir; effraie tous ceux qui oseraient tenter de la ravir”. Haïti, ressaisis-toi… Haïti, saisis ta destinée , sinon les hypocrites se saisiront de toi pour de bon.

Quel beau et bon programme pour un leader “à venir” ou en “devenir”?


Dr. Winie E. Robin

Dr. Winie E. Robin
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