Paul Latortue : « Un pays qui ne finance pas l’université n’a pas de sérieuses aspirations de développement socioéconomique » 

« Former du capital humain pour le développement : quel rôle pour les universités haïtiennes ? » est le thème sur lequel intervenait le professeur émérite, le Dr Paul Latortue, au deuxième jour de l’organisation du Sommet international de la finance 2021, à Port-au-Prince, le 14 avril 2021. Le professeur a présenté une photographie du secteur universitaire qui, par manque de structures et de moyens de fonctionnement, ne parvient pas à jouer convenablement son rôle dans la société. Pour lui, l’Etat haïtien, tout comme le secteur privé, doit placer parmi ses priorités la formation universitaire en vue d’un certain développement socio-économique d'Haiti.

Publié le 2021-04-14 | lenouvelliste.com

Le Dr Paul Latortue est l’un des fondateurs du programme en maîtrise en administration des affaires (MBA) qu’il dirige depuis déjà cinq ans au sein de l’Université Notre-Dame d’Haïti (UNDH). Le professeur, lors de son intervention au Sommet international de la finance 2021, a souligné l’importance, du moins, la nécessité pour les acteurs d’investir dans le capital humain, notamment au niveau universitaire. Le Dr Latortue, qui a dépeint un système universitaire accusant un certain déficit tant en qualité qu’en quantité de ressources humaines dans un ensemble de domaines d’activités, croit que l’Etat et le secteur privé doivent braquer, un peu plus, leur projecteur sur l’université en Haïti pour mettre le pays sur les rails.

« Un pays qui n’investit pas suffisamment dans l’éducation universitaire n’a pas de sérieuses aspirations au développement socio-économique », a avancé le professeur Latortue, qui n’a pas manqué de souligner les trois fondements relatifs à la mission de l’université : a) l’enseignement à la jeunesse universitaire, la recherche et la publication de nos penseurs avancés et en herbe et la divulgation de connaissances utiles à la communauté universitaire et au public en général, à travers des séminaires, ateliers, conférences et un amalgame de cours de courte durée.

Le natif de la cité de l’indépendance (Gonaïves), Paul Latortue, qui a décroché un doctorat en économie aux Etat-Unis, a identifié pas moins de quatre champs du savoir auxquels l’université haïtienne pourrait s’atteler : les sciences physiques et naturelles ;  les sciences sociales ; les sciences de la gestion et les domaines de l’art, la sensibilité humaine, dont la littérature, la peinture, la philosophie, la religion,  le droit... « Aucune des universités haïtiennes n’offre, à elle seule, l’ensemble de ces disciplines. Ce serait trop demander », estime le professeur, qui évoque également le nombre trop réduit de professeurs à plein temps travaillant dans les universités publiques et dans les universités privées.                

Quelles sources de financement pour l’université en Haïti ?

Le professeur Latortue critique le faible niveau de « financement de l’Etat accordant 1% e son budget à l’Université d’Etat d’Haïti ». « Professeurs, directeurs, doyens et recteurs, n’ont presque rien pour travailler avec un nombre grandissant de jeunes voulant faire des études universitaires, et qui se voient obligés d’aller dans des universités privées avec des frais scolaires plus élevés ». C'est ce qui explique, de l’avis du professeur, le pourcentage des licenciés par promotion qui reste faible, étant donné la carence de professeurs pour superviser les travaux de recherche. Pour lui, « le manque d’un financement adéquat est souvent la cause majeure de ces difficultés ».

Le Dr Paul Latortue n’y va pas par quatre chemins pour expliquer aux acteurs que, pour remplir leur véritable rôle, les universités haïtiennes ont besoin d’infrastructures, de laboratoires, de bibliothèques, de professeurs à plein temps, d’administrateurs visionnaires, capables d’innover et où se procurer du financement. Dans sa présentation, le professeur, lui, identifie cinq sources légitimes de financement probable :  « L’Etat, qui a une grande part de responsabilité ; les dons volontaires en provenance des fondations privées haïtiennes et étrangères à but non lucratif ; les dons et autres types de contrat en provenance des entreprises nationales et internationales évoluant au pays ; la diaspora elle-même et les institutions de développement international représentées en Haïti. »

« L’Etat, en n’accordant qu’1% de son budget à l’Université d’Etat d’Haïti, démontre clairement que la formation universitaire ne constitue pas une de ses priorités. Ce qui implique que le développement réel ne se retrouve pas dans son agenda », analyse le professeur, avant d’inviter, une fois de plus, les fondations privées à reconsidérer leurs priorités et leurs budgets, pour accorder plus d’espace aux besoins insatisfaits du secteur universitaire. « Des décisions, en ce sens, fournissent au secteur privé une grande opportunité, celle de contribuer à la construction des fondements solides et durables de la patrie commune. Ce serait un acte formidable de leadership de la part du secteur privé et du secteur financier du pays, précisément à un moment où d’autres secteurs se retrouvent en plein effondrement », a-t-il martelé, tout en prévoyant que ces formes d’actions seront appréciées par la population, et que beaucoup parmi ces acteurs auront acquis une base supplémentaire de légitimité », a soutenu l’universitaire.



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