Religions pour la paix/Processus de dialogue

Que ceux qui sont pour le dialogue avec le pouvoir en place, lèvent la main… 

La classe politique, notamment l’opposition, est divisée sur la volonté de Religions pour la paix Haïti (RPPH) d’initier un processus de dialogue entre les acteurs politiques en vue de trouver une solution à la crise actuelle. Certaines organisations politiques rejettent totalement l’idée d’un dialogue avec le pouvoir, d’autres estiment que Religions pour la paix n’est pas crédible pour initier ce dialogue. Une autre catégorie fixe des conditions pour le dialogue…

Publié le 2021-04-12 | lenouvelliste.com

Sans broncher, le président Jovenel Moïse avance dans ses projets personnels consistant à doter le pays d’une nouvelle Constitution et à organiser des élections avant la fin de cette année. Parallèlement, le kidnapping et l’insécurité prennent des proportions plus qu’inquiétantes. C’est dans ce contexte que Religions pour la paix se propose de jouer le rôle de médiateur dans un dialogue devant aboutir à une solution à la crise. La plateforme œcuménique a déjà écrit en ce sens à plusieurs organisations politiques de l’opposition.  

Le Mouvement pour la transformation et la valorisation d'Haïti (MTVAyiti) est pour le dialogue. Cependant, le parti politique dirigé par le Dr Réginald Boulos a précisé à Religions pour la paix qu’il est déterminé à participer à tout processus de négociation entre des acteurs politiques de l'opposition et « les tenants de facto du pouvoir en place pour une sortie de crise bénéfique pour le peuple haïtien et favorisant un départ ordonné du président de facto ».

En revanche, le MTVAyiti a dit constater que sur « les quatre entités constitutives de cette initiative (Église épiscopale /anglicane, Église protestante, culte vodou et l'Église catholique), l'une d'entre elles, en l’occurrence l'Église catholique, ne s'est pas formellement impliquée dans  la démarche de médiation. Cette absence est de nature à réduire la légitimité de l'ensemble du processus, tant aux yeux de la population qu'au sein des partis politiques concernés et des organisations de la société civile. De ce fait, les chances de réussite d’une telle initiative sont sérieusement hypothéquées », a estimé le MTVAyiti.

« Le  MTVAyiti a le regret de vous informer qu'il  ne pourra pas s’associer à cette démarche et pense, en conséquence, que la RPPH n'a pas la qualité aujourd'hui d'exercer le rôle de médiateur dans un tel contexte où l'unité de vue sur la méthode politique au sein même de cette entité ne semble pas être clairement établie », a soutenu le parti.

Le Bloc démocratique pour le redressement national, quant à lui et presque sans conditions, a dit valider Religions pour la paix comme médiatrice à la crise politique. « Fidèle à sa ligne politique consensuelle et réaffirmant sa position patriotique pour une résolution pacifique de la crise, le Bloc donne son accord de principe à sa participation à toute démarche citoyenne visant à épargner au pays toute confrontation politique », soutient ce regroupement de partis politiques dans une correspondance à Religions pour la paix.

Cependant, en signe de bonne foi et d’apaisement, le Bloc démocratique a demandé au « président de la République de faire le retrait des arrêtés inconstitutionnels relatifs à la mise à la retraite des trois juges de la Cour de cassation et à la nomination de leurs remplaçants, le retrait du décret mettant en vigueur le nouveau Code pénal, de ceux relatifs au fonctionnement de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif, à la création du nouvel organisme dénommé ANI et obtienne la démission du gouvernement en fonction ainsi que celle des membres du Conseil électoral provisoire irrégulièrement installés sans prestation de serment ».

Que ceux qui sont contre le dialogue avec le pouvoir, lèvent la main…

Dans une correspondance responsive, la Direction politique de l’opposition démocratique (DIRPOD) a fait savoir à Religions pour la paix  qu’elle « n’a aucune intention de s’engager dans une aventure périlleuse qui risque de compliquer davantage la situation politique au lieu de conduire le pays sur la voie d’une solution durable. D’autant plus que la représentante du secteur vodou au sein de Religions pour la paix Haïti, par ses relations ouvertes avec le pouvoir de facto, a même participé à la mise en place de l’actuel Conseil électoral, illégitime, illégal, inconstitutionnel et partisan ».

Toutefois, la DIRPOD a indiqué qu’elle comptait explorer « d'autres voies de solution accélérée et fiable à cette crise politique aiguë  pour soulager la souffrance de la population haïtienne engagée dans une lutte sans merci contre la dictature que le pouvoir de facto cherche à imposer au pays. C’est pourquoi la Direction politique de l’opposition démocratique décide d'analyser d'autres offres de médiation tant nationales qu’internationales dans la perspective d'une sortie de crise planifiée et durable obéissant au respect de la Constitution et aux revendications du peuple ».

Le regroupement politique Entente nationale pour une transition de rupture a aussi rejeté l’invitation de Religions pour la paix. Cette structure politique réaffirme sa volonté de voir Jovenel Moïse quitter le pouvoir immédiatement. Elle appelle aussi à la mise en place, « à travers une Coordination nationale de transition (CNT) intégrant la société civile organisée et les secteurs politiques progressifs, d’un gouvernement de transition ayant pour mandat, entre autres, de restaurer la sécurité et la confiance populaire pour la réalisation, à court délai, d’élections générales démocratiques et transparentes. »

D’autres organisations politiques comme Fanmi Lavalas, Pitit Dessalines, entre autres, rejettent aussi toute idée de dialogue avec le pouvoir.

La plateforme interreligieuse Religions pour la paix affirme avoir été sollicitée comme médiatrice par les organisations politiques  MTV, AAA, Anfòs et UNIR sur la crise politique qui secoue le pays.



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