« Yogann ap Pedale » : Une 4e édition réussie

PUBLIÉ 2021-04-05
Des milliers (12 selon les organisateurs, 10 selon les observateurs) de personnes de tout âge ont participé à la 4e édition de « Yogann ap pedale » en plein dimanche de Pâques dans la ville de Léogâne. Une activité de plus en plus prisée et considérée par certains comme un préambule au défilé des Raras dans la cité d’Anacaona.


Maillot blanc floqué « Yogann ap pedale » en bleu sur la majorité, mais plusieurs centaines d’autres sans cette fameuse distinction, ils sont des milliers de personnes à défiler sous un soleil de plomb dans les rues de Léogâne. Enfants, adolescents, jeunes adultes, vieillards en sueur chevauchant une mosaïque de marques de vélos allant de la bicyclette pour enfant, en passant par des vélos cross des 24, des 26 allant aux immenses 28 dotés soient de guidon bélier, soit de guidon surnommé en Haïti tête bœuf, ils ont pédalé à cœur joie en dépit du soleil.

Partant de la place Sainte-Rose où la 4e édition a commencé pour rallier Darbonne, et revenir au centre ville de Léogâne, en passant devant le petit commissariat situé à une centaine de mètres de la barrière sud qui mène au parc Gérard Christophe et tourner sur la route qui passe à l’Est du parc, ils continuaient de pédaler visiblement heureux, même en tirant la langue, mais avec application comme s’ils abordaient le sprint final d’un Giro, d’une vuelta ou d’une tour de France.

Certains ne savent même pas où ça va se terminer puisque le parcours n’est pas défini. « Où est-ce qu’ils nous emmenent maintenant ? » crie l’un d’entre eux à un comparse qui pédale avec frénésie son cross avec son guidons en U. « Ils nous ont demandé de les suivre, allons, qu’avons-nous à perdre ? L’essentiel est de pédaler », obtient-il comme réponse dudit comparse pédalant son vélo à guidon plat. Sur leur tout petit vélo, les enfants ont de la peine à suivre les grosses bécanes, mais à les voir mettre tant d’ardeur à pédaler on a l’impression qu’ils se disent qu’ils vont finir par dépasser ces 28 à 10 vitesses que leurs propriétaires pédalent avec lenteur afin de ne pas perdre une miette de ce qui se passe dans le gros de la troupe des coureurs.

Certains sont heureux du fait que pour une fois ce sont les motards et les voitures qui leur cèdent le pas alors qu’ils sont à bicyclette. Qui sera le vainqueur se demande-t-on parmi les assistants . « C’est une course qui n’en est pas une. On pédale, on court, on va aussi vite que le groupe mais on ne cherche pas à accomplir un parcours en un temps donné. L’essentiel est de pédaler », explique ce participant qui s’arrête un peu, laissant filer les autres comme pour reprendre son souffle. « Ou va finir le parcours et pourquoi participez-vous à cette activité ? lui demandé-je.  « Je ne sais pas où est-ce que cela va finir ni le but de cette activité. C’est la première fois que je participe à cette activité et c’est ma femme qui m’a poussé à y venir. Je crois que je suis venu pour lui faire plaisir mais à l’arrivée je ne déteste pas l’ambiance », me répond-il comme pour laisser comprendre qu’il y a de ces femmes qui ont le don de faire faire bien des choses à un homme. Autrement dit : Adam n’est pas le dernier à avoir consommé le fruit défendu pour faire plaisir à sa femme.

La perception de Yogann ap pedale

Pour certains, c’est une activité qui vise à redonner goût aux habitants de la ville pour le vélo. « Léogâne dans le temps était une ville où tout le monde montait à bicyclette, mais les choses ont évolué. Cette activité est une bonne chose et comme vous le voyez, même les vieillards prennent goût à participer à cette activité », croit bon d’expliquer un assistant.

Pour d’autres, « Yogann ap pedale » est une activité à connotation diabolique et interdite à ceux qui marchent avec le Christ. « Je me demande comment quelqu’un peut choisir de suivre Jésus et rater cette ambiance », s’égosille un des participants pédalant avec vigueur son 26 démodé.  Une déclaration qui a eu le don d’énerver un assistant qui avance que d’une part, c’est une réflexion limitée de considérer que pédaler une bicyclette doit être obligatoirement associé à une activité diabolique et que d’autre part, pédaler une bicyclette ne peut offrir aucun plaisir qui soit égal à celui de servir Dieu.

D’autres confèrent à cette activité un aspect mystique au même titre que le rara dans les esprits. Si on participe à une édition, on est contraint de participer à un certain nombre d’autres de manière consécutive avant de se permettre de raccrocher.

Des directions diverses

Une espèce de vuvurzela à la bouche, certains suivent le gros du groupe et prennent la direction du nord, mais un autre groupe semble avoir perdu sa route et file en direction du pont de Brache se trouvant à l’entrée est de la ville de Léogâne. « Je suis venu donner un peu de relief à cette activité qui vise surtout à ressusciter les bicyclettes à Léogâne qui fut dans le temps une ville où tous montaient à bicyclette et où plusieurs champions émanaient de la ville. Aujourd’hui les jeunes ne font presque plus de vélo, ils aspirent tous à avoir une motocyclette, les filles une « Love », les garçons un Boxer ou autres marques de motocyclette », explique un monsieur frisant la soixantaine et dont les propos sont appuyés par ceux qui l’écoutaient parler.

Il est un peu plus d’une heure et des participants reviennent en direction du lycée Anacaona avec moins de verve que lors de leur passage groupé. Certains n’ont même pas pu terminer le parcours puisque leur bicyclette déposée depuis trop longtemps n’a pas pu supporter le trajet. Pour rentrer à la maison, ils doivent passer chez quelqu’un soit pour se faire réparer une roue, soit pour une autre petite panne. Certains autres semblent fatigués d’avoir tant pédalé ; une main sur une hanche, la bicyclette guidée de l’autre main, ils regagnent leur demeure, le corps fourbu, l’esprit heureux ; ils étaient là et ont pédalé à l’édition 2021. Et à leur mine jpviale, pas de doute, ils seront encore là en 2022.



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