Miroir, miroir…

Publié le 2021-04-05 | lenouvelliste.com

Un vieil ami vivant aujourd’hui en Afrique a eu la mauvaise idée d’appeler un ancien ami à nous pour lui parler des agissements de son fils devenu l’un des porteurs armés de la dérive dictatoriale de Jovenel Moïse. Mal lui en prit, l’ancien « révolutionnaire » s’est fâché. Ainsi va la vie, quand les fils des victimes deviennent des bourreaux…

Un ami avec qui je partageais au sein d’un groupe de réflexion des idées et des inquiétudes sur ce pays à nous et les choses de ce monde m’a appelé pour m’expliquer que s’il avait pris un poste important au sein d’un pouvoir corrompu et assassin, à un moment où les gens qui ont quelque chose de sain à préserver s’en éloignent, il n’avait pas changé et était bien resté l’intellectuel progressiste que nous croyions voir en lui. Je l’ai laissé parler sans être convaincu. Lui-même ne paraissait pas trop l’être. Quand on sait qu'on se ment, on ment très mal à l’autre. Qu’aurais-je pu lui répondre ? Peut-être que « lajan fè ti pope danse ». Peut-être que la dictature ne tolère pas les atermoiements et qu’il lui faudra mentir, cautionner, s’activer au service du pire, mériter son poste dans la honte. Tout cela il le sait…

Des amis avec lesquels j’avais perdu contact, nos choix de vie et nos domaines d’activités ne favorisant par forcément le lien, voilà que je les retrouve au hasard d’une marche ou à l’occasion d’une rencontre avec un groupe de la « société civile » ou avec un groupe politique. On n’a pas trop le temps de parler du passé. On prend des rendez-vous qu’on ne tient pas toujours. Mais on ressent le besoin de reserrer les liens. Quelque chose qui nous est venu du cercle de famille ou d’un vieux maître, ou quelque chose que nous avons fait l’effort de trouver tout seul et qui pourrait s’appeler un principe humaniste nous rassemble. Nous savons, et tous dans ce pays le savent, qu’on a fait le tour des prétextes. Que, connus ou anonymes, il est venu le temps pour nous, citoyens, d’exercer notre devoir pétitionnaire. Qu’il faut dire non à la dérive autoritaire ; à l’incurie ; au ravalement de la parole publique au terre-à-terre, à la vulgarité ; au crime comme mode de gestion de la chose publique. S’il m'arrive d’être pessimiste, ce rassemblement autour de ce « nom du bien » me protège de l’abattement. 

« L’odieux est la porte de sortie du ridicule », écrivait Victor Hugo. C’est cela aujourd’hui Jovenel Moïse/PHTK. Il est venu le temps de choisir son miroir. Aucune image de soi ne peut échapper en ce jour à la conjoncture politique. Parce que l’opposition… parce qu’on n’est pas sûr de l’après… Sottises. Chaque minute de ce présent rendra l’après plus difficile.



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