L’inscription du rythme compas comme patrimoine immatériel mondial, une occasion de briller à l’international

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Publié le 2021-03-31 | Le Nouvelliste

Dix personnalités se sont réunies et ont pris l’initiative d’écrire aux autorités haïtiennes, pour réclamer: « la reconnaissance du rythme de Nemours Jean Baptiste comme patrimoine culturel immatériel national, au niveau de la musique et de la danse », le 10 juillet de l'année 2019. Le ministère de la Culture et de la Communication (MCC) donna suite à cette requête, dès octobre de la même année. Ceci ouvrit la voie de l’éligibilité auprès de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (l’UNESCO) afin d’inscrire le compas, lors de la 17e session du comité de l’UNESCO, dont la date butoir est le 31 mars 2021. 

Certaines opportunités ne doivent pas être ratées. La reconnaissance du compas permettrait à Haïti d’inscrire un premier rythme national, sur cette longue liste sur laquelle figurent nos voisins immédiats, Cuba et la rumba, la Jamaïque et le reggae, la République dominicaine avec le merengue et la bachata. L’échec ne saurait être une option pour nous. La réussite de ce pari serait bénéfique à la culture et à l’identité haïtiennes dans leur ensemble. 

C’est en 2003 que l’UNESCO introduit le concept d’intangibilité du patrimoine, puisque les éléments de préservation ne concernaient que les bâtiments, les sites et les objets. À cette convention, le caractère immatériel trouvera alors ses lettres de noblesse et mettra en valeur les traditions orales, les arts, de même que les connaissances liées aux pratiques nécessaires à l’artisanat ou à la culture traditionnelle. 

Aujourd’hui, près de 190 pays, dont Haïti, ont signé la convention. 

Comprenez Haïtiennes et Haïtiens qu’une telle réussite ne peut pas se bâtir en exclusivité ni en cercle fermé. La sauvegarde du patrimoine implique la participation de nombreuses entités nationales et de la diaspora.  Le dossier de la Jamaïque, présentant le reggae, fut appuyé par des dizaines d’organisations, d’organismes culturels et d’institutions de l’État jamaïcain.  

Le patrimoine étant un legs pour la communauté élargie, personne ou aucun groupe ne peut se l’accaparer. Nous sommes tous héritiers du compas, indépendamment de notre opinion vis-à-vis du rythme. Ainsi, il est important de répondre à la sollicitation de signature des 10 personnalités qui ont pris le leadership du dossier, soutenu par l’État haïtien, via le ministère de la Culture et de la Communication. Participons, en signant la pétition qui circule, en guise d’appui à la candidature du compas musique et danse, comme patrimoine culturel immatériel mondial. 

Pourquoi un appui communautaire est-il primordial ? 

Au fait, la mise en candidature sera traitée en fonction des bonnes pratiques de sauvegarde du patrimoine. Parmi ces bonnes pratiques, il faut démontrer que le projet fédère toute une communauté, pas une minorité «zwit», pour prendre les propos de l'autre. D’où l’importance de votre signature, et celle de vos proches. 

Sur le site de l’UNESCO, il est spécifié : «… Le patrimoine culturel immatériel est fondé sur des communautés qui la transfèrent de génération en génération. Il est reconnu par les personnes, les groupes, qui l’enrichissent, l’alimentent et le transmettent…»

À titre d’exemple, à la une de tous les grands quotidiens français, on annonçait, en grande pompe, la présentation par la France, de la méthode de fabrication du pain Baguette. Ils ont inventorié « 35 000 boulangeries » qui détiennent le savoir-faire, rapporte Le Figaro. « La Baguette, poursuit le journal, symbole de la vie parisienne, est apparue au début du XXe siècle et fut immortalisée par le cinéma...’’ 

Pour inscrire un élément culturel et le maintenir à l’UNESCO, il faut donc mobiliser la communauté, en appui. On doit créer un engouement extraordinaire en faveur de l’élément culturel présenté. Il faut activer la prise de conscience communautaire de la valeur de ce patrimoine.

C’est une démarche qui ne peut pas se faire à huis clos, ou à la cloche de bois, il faut élargir le cercle et battre la grosse caisse. Serrons les rangs pour la sauvegarde et le respect du compas, c’est une manière de célébrer la culture. Nous devrions développer des rapports d’entraide, de consultation pour pouvoir inventorier et présenter ce patrimoine. 

Félicitons ces 10 personnes qui ont pris l’initiative : Henri Célestin, Seymour Denis, Raynald Devilmé, Cliford et Gaëlle Jasmin, Jean Robert Jean Pierre, Anthony Lamothe, Robert Martino, Marie-Yolaine et Serge Rosenthal.

Après le dépôt des candidatures, il faudra attendre l’automne 2022 pour connaitre les résultats de la démarche. Mais quelle qu’en soit l’issue, le processus en soi est gagnant. Une fois la démarche lancée, les structures existantes au sein de l’organisme planétaire nous adressera des recommandations pour que le pays soit capable de se présenter à nouveau. 

Il est important de comprendre que la reconnaissance du compas peut n’être qu’un début. Haïti est riche en rythmes. La République dominicaine a placé, dans l’intervalle de 2 ans, le merengue et la bachata.  

Déjà, on peut rêver d’une politique de sauvegarde de nos rythmes s’articulant autour d’une politique culturelle nationale globale. Le compas comme patrimoine immatériel n’est qu’un axe de la roue culturelle qui forme l’écosystème artistique haïtien. 

La culture est censée nous unifier, nous aider à construire la cohésion sociale. Dans cet esprit, nous ne pouvons pas laisser tomber l’appel des 10 initiateurs de la démarche à l’UNESCO. 

Évidemment, cette brèche par le compas musique et danse sur le monde passe par l’ouverture de notre esprit collaboratif entre nous, Haïtiennes et Haïtiens.

Aly Acacia
Auteur
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