Sophia Bruny Jasmin, la technologie autrement

« Moun ki renmen kraze a », la qualifiait sa mère dans son adolescence, parce qu’elle était capable de démonter intentionnellement un ordinateur, puis le fixer. Pour couronner le tout, Sophia B. Jasmin s’est dirigée vers les sciences informatiques et devient une technicienne réseaux, passionnée jusqu’au délire.

Publié le 2021-03-19 | lenouvelliste.com

Elle a les ordinateurs dans sa poche. Dans son cœur aussi. A un point d’avoir rendu son cher mari, M. Jasmin, jaloux, au tout début de leur vie commune. C’est qu’à la maison dès que Sophia détient un petit moment de libre, on la retrouvera quand même accrochée à son appareil en train de chercher. Mais quoi ? Rien de particulier, parfois. Le besoin d’avoir les yeux rivés à l’écran, la sensation d’appuyer ses doigts sur les touches du clavier, comprendre davantage ou découvrir de nouvelles techniques liées à ces machines… tout simplement. Comme une addiction, cela lui colle définitivement à la peau et, du coup, devient même transmissible. Son petit garçon de 6 ans s’intéresse déjà aux ordinateurs. Le fruit ne tombe jamais loin de l’arbre.

Finalement, les sciences informatiques représentent quoi pour Sophia Bruny Jasmin ? On anticipe déjà sa réponse. Cependant, on ose lui poser quand même la question. « Ma vie », lâche-t-elle rapidement, sans sourciller, avant de poursuivre dans les détails. « Du moment où je me retrouve avec une seconde de temps libre, j’ouvre mon ordinateur. Juste une seconde. Je n’ai pas besoin de plus de temps d’ailleurs. Je ne peux m’en empêcher. Parfois, je dis ok, aujourd’hui, je me couche tôt et mon mari, pour avoir vécu à mes côtés, répondra : il faudra le voir pour le croire… C’est pour vous dire tout simplement que j’aime beaucoup les sciences informatiques », raconte-t-elle avec beaucoup d’entrain, à l’autre bout du fil. L’ancienne étudiante du Centre de management et de productivité nous fait penser à une enfant de 5 ans, nous racontant son dessin animé préféré. On imagine la passion et la joie de Madame pour son métier de cœur lui débordant les yeux, à cet instant précis.

C’est en classe de terminale que tout commence. Cette phase ultime où l’on doit inévitablement se trouver un métier. Celle qui a porté l’uniforme du lycée du Cent-Cinquantenaire et du lycée Guy François Malary se trouve alors dans une impasse. Elle ne voulait pas apprendre une profession que par influence de son entourage. Comment découvrir alors le métier qui vous passionne réellement et non le « fameux métier qui marche » en Haïti ? « J’avais des difficultés à me retrouver. Quand on laisse son entourage vous dicter un métier quelconque, on ne l’exerce pas avec passion ni amour. Et moi, je ne voulais pas que ce soit mon cas », conte-t-elle.

Jusqu’au jour où l’univers conspire en sa faveur. Sa sœur ramène un PC à la maison. « A l’époque c’était le Windows 2000 comme système d’exploitation. Je me suis vue prendre l’ordinateur, tout démonter et tout fixer. A mon grand étonnement, tout s’est mis à fonctionner correctement après. Depuis, je me suis rendue compte que j’aimais bien faire ça. Ma mère m’avait d’ailleurs collé le surnom de ‘’Moun ki renmen kraze a’’. De fait, une fois mes études classiques bouclées, je me suis donc dirigée vers les sciences informatiques », se rappelle-t-elle.

Sophia Bruny Jasmin quitte Haïti pour s’installer aux États-Unis. Au pays de l’Oncle Sam, elle débarque également avec sa passion et ne compte la troquer contre rien au monde. Se perfectionner et décrocher une spécialisation, voilà plutôt l’objectif qu’elle gardait en tête. « En Haïti, on a souvent tendance à faire de quelqu’un qui a étudié les sciences informatiques, un homme ou une femme à tout faire. Tandis qu’en réalité ce domaine regorge de plusieurs branches. Alors, j’ai opté pour des études qui feront de moi une technicienne en réseaux informatique », indique madame Jasmin. Elle se souvient d'avoir été l’unique femme à assister au cours de « Networking foundation ». Ni les clichés ni les stéréotypes de la société n’ont eu raison de sa détermination. « Je ne me suis jamais vue dans la peau d’une femme qui devrait travailler en portant des talons aiguilles. J’aime les métiers qui me poussent à faire travailler excessivement mes méninges », explique l’actuelle employée de l’entreprise IBM, très confortable dans sa paire de Converse rose, qu’elle porte sur le terrain aujourd’hui.

Sophia B. Jasmin et sa technologie en créole

Malgré son emploi du temps surchargé, la jeune dame, qui comptera l’âge du Christ le 5 avril prochain, trouve quand même un moment pour partager ses connaissances avec le public. Du moins, ceux qui sont abonnés à son Channel YouTube Teknoloji an Kreyòl ou à son compte Instagram teknoloji_an_kreyol. C’est le moyen qu’elle a trouvé pour aider les gens avec les problèmes techniques relatifs à l’utilisation des ordinateurs et procurer aussi certains conseils ou suggestions pouvant les servir. Pour elle, Teknoloji an Kreyòl, TK comme elle la porte en effigie sur ses différents t-shirts, répond à un besoin. « Sur Internet, les moindres solutions pouvant résoudre ces problèmes sont généralement expliquées en anglais. De la même façon que j’aide les clients de l’entreprise pour laquelle je travaille, j’ai souhaité le faire aussi pour tous les Haïtiens et en créole », avance Sophia.

Son channel YouTube ayant démarré le 26 octobre 2019, depuis, l’aventure continue pour Sophia-Solution, qui sert désormais à son audience une vidéo tous les samedis matin à compter de 9 heures 30. Le fruit d’un travail minutieux et des heures de préparation. « Pour moi, la préparation est primordiale. J’écris donc tout ce que je vais devoir dire face à la camera », signale Sophia Bruny Jasmin, qui se charge également du shooting, y compris de l’editing. « C’est aussi le fruit d’un travail fatigant qui coûte des heures de sommeil et sur lequel je m’appuie sur des piliers, dont la patience, la persévérance et la consistance », fait remarquer cette dame au visage rond comme une pomme, affichant un léger embonpoint. Mais, pour cette mélomane, grande fan de l’ancienne génération de la musique haïtienne, adorant également voyager (road trip), son désir d’aider dépasse tout.



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