Une issue à la crise haïtienne : ne pas nourrir une haine mondiale

Publié le 2021-03-16 | Le Nouvelliste

Le fléau de crise politique désastreuse multiforme qui engloutit Haïti et la population haïtienne, cette descente aux enfers effrénée, plus de trois décennies pour l’histoire récente, exige absolument du recul et du recul spirituel. Recul ! Voilà un petit mot de deux syllabes qui vaut tout son pesant d’or dans cette conjoncture ensanglantée. Et associé au spirituel, il devient impondérable !

Pourquoi autant de crimes et encore de crimes ? Pourquoi s’imposer des misères aussi noires et brutales ? Pourquoi forger l’infamie d’Haïti et des Haïtiens ici et partout ? Pourquoi autant de désespoirs créés par nous-mêmes ? Où est l’esprit sain qui préside aux actions humaines dont nos dirigeants devraient être aussi partie prenante ?

Un point exceptionnel et intrusif, en attendant d’entrer dans le vif du sujet qui pose le clou sur le devoir inconditionnel des fautifs de négocier : c’est concernant cette pandémie de coronavirus qui ne laisse aucune nation de la planète indifférente. Il est encore d’actualité que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) est arrivée en Chine le 14 janvier 2021 pour une mission investigative à Wuhan, l’endroit exact où l’on avait recensé pour la première fois le fameux COVID-19 ; c’était en mai 2019. Bien évidemment, l’humanité désire savoir l’origine exacte de ce virus meurtrier. Les études révèlent des pistes pour le moins obscures qui restent à éclaircir. S’agirait-il d’un virus de provenance animale ou de création humaine en laboratoire ? Un fait est que le Covid perpètre des dégâts inouïs : 2,4 millions de morts déjà et plus de 100 millions de contaminés selon les statistiques. Et les questions continuent de pleuvoir, pendant que le monde compte chaque jour de nouvelles contaminations et de victimes. Mais n’y a-t-il pas d’autres enquêtes qui seraient nécessaires à mener ? Certes ! Par exemple Haïti qui est exempte de ce virus criminel ? Pourquoi ce Covid-19 n’a pas «varé» sur Haïti tandis qu’il ravage le monde à même nos frontières ?

On sait déjà qu’ils n’auront pas de réponse ! Car la réponse, à notre avis, est spirituelle contre des études scientifiques. Sans vouloir opposer science et spiritualité. Étonnante réalité ! Une nouvelle «anomalie haïtienne» ! Certes, cette réalité miraculeuse d’Haïti suscite une grande curiosité. Elle peut susciter une fois de plus de la jalousie dans le monde. Cette jalousie très plausible, même si elle ne peut ni ne doit être mise à l’ordre du jour, est un aspect crucial national à ne pas négliger. Mais plutôt à imprégner et à se dire qu’il y a effectivement chez nous de la puissance mystérieuse, certaine et efficace à comprendre, à garder comme leitmotiv de vie et de vie épanouie ou de grandeur. Nous qui sommes tributaires d’un tel bienfait providentiel que d’autres aimeraient jouir; pourtant, au lieu de nous en régaler, nous nous entretuons. Eh bien, comme on le dit avec humour,  meyè pou Lafrans ! Vu cette aubaine, apprenons de grâce à ne plus nous guillotiner, mais asseyons-nous pour négocier et profiter des bénédictions que la nature et la vie nous offrent. Un premier grand facteur !

2e facteur qui doit amener à une solution médiane historique est le suivant : tant que cette crise perdure, tant que tous, la population a priori, l’opposition, le pouvoir perdront. Évaluer ces pertes astronomiques, voilà un travail colossal ! La durée d’une telle crise, outre des pertes astronomiques déjà déplorées, que ce soit en termes pécuniaires, de biens matériels, de biens infrastructurels qu’en des pertes en vies humaines en passant par le phénomène le plus noir du kidnapping. Qui pis est, si l’on ne cherche ni ne trouve une solution « win-win », gagnant-gagnant, le pire des pires est encore à craindre dans tous les camps confondus.

3e facteur incontournable qui peut obliger les acteurs de l’opposition et du pouvoir à aller en négociation, autour des secteurs clés de la société des citoyens (quitte à ce qu’ils ont déjà pris position ou pas), mais cette fois-ci malheur du ciel contre toute tentative de duperie et perverse, c’est que l’État s’est indéniablement effondré. Comment peut-on imaginer fonctionner avec un pouvoir exécutif en affreux singleton ? Dans un pareil scénario, parlerait-on de pays, de personnes humaines qui doivent être régis par des normes sensées et voulues et des institutions réglementées. Bien que souvent Haïti soit gouvernée sans le Parlement, mais jamais sans « le pouvoir judiciaire ». D’où l’impérieuse nécessité d’adopter la voie salvatrice de négociation.

4ème facteur qui doit forcer la main aux protagonistes de négocier, si le bon sens et le patriotisme importent encore, pour dénouer cette crise politique destructrice, est le fait que même si la raison constitutionnelle penche du côté de l’opposition, elle ne pourra pas chasser le président sans mettre en péril beaucoup de vies qui accroîtraient les nombres des victimes politiques. Cessez de faire du pays une boucherie et la population des candidats à l’abattoir !

5e facteur que les camps politiques semblent ne pas prendre au sérieux, pourtant lourd de séquences sanglantes et de conséquences incalculables, concerne les forces de l’ordre qui se fatiguent, s’épuisent, s’harassent et s’exténuent jusqu’à devenir trop dangereux tant pour les contestataires, les innocents que pour eux-mêmes, les agents de la force publique. Car autant qu’ils s’épuisent, autant qu’ils seront sensibles à la gâchette et susceptibles de commettre des bavures et d’être eux-mêmes victimes de représailles aux conséquences imprévisibles, et ne parlons pas de crises émotionnelles post-conflit. Et en ce sens le vocable de déchoquage qui se répète de plus en plus n’est pas à prendre à la légère. Même si l’irresponsabilité de cette classe politique n’est plus à démontrer. Le pourrissement de cette crise à plusieurs têtes et cornes en témoigne.

6e facteur qu’il faut prendre en considération pour résoudre une fois pour toutes cette crise fratricide et même suicidaire consiste en ce que chaque acteur pourra tirer satisfaction d’avoir fait des concessions notables ou même des sacrifices dignes des mérites de la population haïtienne.

Il ressort que l’initiative de cette négociation inéluctable peut être entreprise par des groupes organisés ou des citoyens très influents, ici et dans la diaspora, en se limitant à des critères éthiques, de techniques de négociation et de résolution pacifique du conflit. Avec focus imperturbable sur les intérêts primordiaux du pays et une protection significative, nonobstant les grandes décisions politiques, pour chacune des parties. Car le pouvoir et l’opposition sont devenus tellement blessés par toutes les répercussions de leurs longues batailles acharnées que l’orgueil et l’énervement des uns et des autres se trouvent au paroxysme. Il revient obligatoirement à des acteurs détendus et calmes de les mettre face à face en négociation pour un sauvetage ultime.

Que les futurs médiateurs de la République aient à l’esprit d’évoquer et d’invoquer cette force qui a épargné Haïti et le peuple haïtien du Covid-19, si on ne souhaite pas l’appeler Dieu! Qu’il y ait une invitation solennelle à l’humilité des parties, même si elles ont fait preuve qu’elles n’en ont pas ! Au moins aux motifs que leurs actes ne font que semer des deuils de manière effrénée dans les familles ! Qu’on ait le courage d’évoquer, après le temps de prière ou de minutes de recueillement dans l’humilité recherchée, par et en présence d’hommes de Dieu et de dignité respectés de la société, des cas de crimes spectaculaires et exemplaires tant financiers que de sang, afin de commencer sur fond des bêtises trop graves causées ou cautionnées par les uns ou par les autres et dont la population en fait les frais. Puisque personne n’est en odeur de sainteté, que l’humilité triomphe tout au long jusqu’au terme de cette négociation !

Tous les belligérants jurent en fait par Haïti ! Ils jurent tous azimuts par la population haïtienne ! Qu’ils soient mis à l’épreuve sans détour ni échappatoire.! À l’épreuve de l’effondrement des institutions et de l’Etat ! À l’épreuve d’une économie paralysée ! À l’épreuve d’une insécurité publique déraillée, avec toutes les considérations de complicité et d’irresponsabilité ! À l’épreuve des kidnappings officialisés ! À l’épreuve du sang innocent coulé par les fautes des uns et des autres, à toute proportion gardée ! Au nom d’environ 12 millions d’Haïtiens, négocier pour sécher le torrent de sang ! S’il existe des forces morales, offrez-vous comme médiateur engagé en vue de sécher le torrent de sangs ! Citoyens influents, « modérés » et de moralité, offrez-vous pour sécher le torrent de sang ! Forces vives de la nation, si vous existez ici ou ailleurs, c’est plus que jamais le moment de vous offrir pour sécher le torrent de sang en Haïti !

Frères/sœurs du pouvoir et de l’opposition, souvent vous parlez, agissez et vous croyez avoir raison. Pourtant si la raison pouvait vous tourner en dérision, vous sauriez alors que vous avez tort. Maintenant, faites-vous honneur d’un peu de sagesse!

Hubert JADOTTE

hubertjadotte@gmail.com

Auteur

Réagir à cet article