Dans l’univers des jouets sexuels en Haïti

PUBLIÉ 2021-02-26
On les appelle couramment des sex-toys. Ce sont des jouets de plaisir sexuel qui s’invitent dans les moments les plus intimes. En couple ou en solo. Dans les bourses, les sacs, un tiroir ou un coin de la maison, ces accessoires de toutes formes, de toutes dimensions et de toutes les couleurs procurent différents « services » et sont bien gardés. Artistes, commerçants ou citoyens lambda témoignent de ces appareils jouissifs encore tabous qui répugnent ou qui enchantent.


« Je pense qu’homme ou femme, l'être humain a droit au plaisir. Pour moi, un sex-toy est une façon de profiter d’un moment intime rien qu’avec soi. Se procurer à la fois du plaisir et de l’amour. Après tout, si tu ne parviens pas à t’aimer d’abord, nul autre n’arrivera à le faire », affirme la chanteuse Vanessa Désiré questionnée sur l’utilisation de ces jouets pas comme les autres.

Shassy, quant à elle, croit que les sex-toys apportent tout carrément un plus à l’acte sexuel. C’est un piment, dit-elle. « Ils peuvent vous procurer davantage de plaisir au cours des relations sexuelles. Ils t’excitent beaucoup plus. C’est comme y ajouter un grain de sel ou de sucre. Il n’y a aucun problème à les utiliser avec son partenaire. Au contraire, c’est un accessoire qui peut se révéler utile et jouissif pendant les ébats », explique-t-elle sans prendre de gants.

T-Jo Zenny, lui, se montre plutôt réservé et moins loquace sur la question. « Le sexe est avant tout quelque chose de personnel. L’utilisation de ces objets dépendra tout simplement du choix du couple. Tu ne peux pas voir d’un mauvais œil le choix de quiconque », estime-t-il.

Quant au rappeur Mechans-T, ne lui parlez surtout pas de ces objets ! Leur utilisation, d’après lui, rime avec tromperie. « Je suis contre l’utilisation des sex-toys. Si ma copine en utilise, qui pis est en mon absence, j’assimilerai son acte à de la tromperie. C’est mon point de vue sur la question. Parce que, le sex-toy n’a rien à voir avec moi partageant un moment d’intimité avec elle », martèle-t-il. Toutefois, l’un des interprètes de « Men l ap fè san » se dit prêt à fermer les yeux au cas où sa copine ne peut vraiment pas se passer de sexe. « Mieux vaut le sex-toy à la place d’un autre garçon... c’est ce qu’on appelle se résigner. Mais je ne suis vraiment pas pour son utilisation », maintient-il.

Les sex-toys : un marché florissant

Un peu partout à travers le monde, la vente de ces outils de plaisir sexuel masculin et féminin continue d’exploser, surtout pendant les périodes de confinement (le coronavirus, par exemple). D’après l’AFP, ils sont des millions à avoir fait acquisition d’au moins un sex-toy depuis le début de la pandémie.

En Haïti, l’article 52 du code douanier interdit l’importation de « figures, films ou autres objets d’un caractère obscène ou pornographique ». Ce qui ne contraint pas, cependant, le fonctionnement de ce marché ni l’utilisation des jouets sexuels chez nous. De bouche à oreille ou encore via les sites internet, tout le monde connaît où s’en procurer, quelle porte frapper, si toutefois le besoin se fait sentir.

« Selon moi, le marché fonctionne encore de manière clandestine. De bouche à oreille. C’est un marché très florissant. En général, ils se vendent comme des petits pâtés chauds. Je me rappelle une fois être revenu d’un voyage de l’étranger avec un carry-one rempli de sextoys. En l’espace d’une journée, j’avais tout vendu à mes camarades étudiantes ! », raconte cet homme voulant garder l’anonymat.

Sa clientèle se compose particulièrement de femmes. A ses dires, chacune détient une raison pour se procurer un de ces appareils de plaisir intime. « A mon avis, certaines veulent parfois combler un manque ; d’autres veulent satisfaire leur curiosité ; tandis que d’autres ne veulent tout carrément pas aller voir ailleurs. Et contrairement aux hommes, qui peuvent se payer une partie de plaisir, les femmes, elles, ne peuvent pas se le permettre », pense-t-il. Tout en spécifiant qu’une fois le cap franchi, certaines femmes ne peuvent plus s’en passer. « Elles souhaitent désormais avoir à leur disposition toute une collection ! De toutes formes. De toutes les couleurs. Et de toutes dimensions. »

Pierre Lochard Joseph, lui, est un vendeur assez connu dans ce marché en Haïti, notamment sur les réseaux sociaux. Monsieur ne se cache pas. D’ailleurs, il a mis sur pied un site de vente où les intéressés peuvent choisir les jouets sexuels qui conviennent suivant leurs fantasmes ou leurs envies.

« Ce marché a toujours existé en Haïti. Pour plus d’un, l’utilisation des sex-toys pallie un manque de satisfaction, pourtant un jouet sexuel en réalité renvoie à beaucoup plus. C’est un outil important et utile dans la vie d’un homme ou d’une femme, car il peut servir à rendre les relations de couple beaucoup plus vivantes et pousser les gens à tenter d’autres expériences et découvrir pleinement leur corps », avance le proprio de Sensuality Store qui dit avoir connaissance de l’article 52 du code douanier. « Je ne pense pas que cette interdiction concerne les sex-toys, parce que ces derniers sont des objets sexuels pouvant passer inaperçus voire méconnaissables », soutient-il.

La clientèle de M. Lochard est aussi majoritairement féminine. « Les femmes réclament davangtage les accessoires sexuels, mais, depuis peu, les hommes s’y intéressent également. Ils ont fini par comprendre qu’il existe des sex-toys pour hommes aussi », indique-t-il. Le businessman précise que les modèles les plus achalandés sont les « vibromasseurs Rabbit et ceux en forme de fard à lèvres pour les dames, tandis que pour la gent masculine, il est question des masturbateurs pour pénis », fait-il remarquer. Il spécifie que les prix peuvent varier entre 20 à 80 dollars américains dépendamment du modèle.

53,6 % d'Haïtiens utilisent les sex-toys

Dans un sondage mené par Ticket sur un échantillon de 100 personnes, 53,6 % des sondés utilisent ces objets de plaisir sexuel. En solo ou en de bonne compagnie, ils ne s’en passent pas. 42 % s’en servent avec leurs partenaires sexuels tandis que 22 % d’entre elles l’utilisent seules. Cependant, 36 % de ces participants l’utilisent dans les deux cas.

Quête de plus de plaisir pendant les relations sexuelles ou découverte en solo des sensations jusqu’ici inconnues, telles sont les principales raisons avancées lors de ce sondage. En effet, ils sont 54,9 % qui l’utilisent pour se procurer beaucoup plus de plaisir , 33,3 % le font dans le but de valser sur de nouvelles sensations en tête-à-tête avec leur corps. Mais, entre leurs partenaires et leurs sex-toys, 93,6 % des personnes préfèrent de loin leurs compagnons ou leurs compagnes. Et vous, qu’en dites-vous ?



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