Konstitisyon se papye, bayonèt se fè

Publié le 2021-02-19 | Le Nouvelliste

« Konstitisyon se papye, bayonèt se fè » était une maxime célèbre quand il existait en Haïti des démocrates. Cette race perdue de militants politiques qui mettaient leur espérance dans la force de la loi, particulièrement de la Constitution de 1987.

« Konstitisyon se papye, bayonèt se fè » était d’une étrange ironie car les militaires la dégainaient à chaque fois qu'ils voulaient garder le pouvoir à leur avantage (1986-1994) piétinaient la Constitution, la mettaient en veilleuse ou l’ignoraient tout simplement.

Loin d’être un slogan de perdants résignés à leur sort, la Constitution ce n’est que du papier, les baïonnettes sont en fer, signifiait que l’on pouvait ignorer ou chiffonner la Constitution, la déchirer même ou s’asseoir dessus, mais qu’on ne pouvait pas asseoir son pouvoir sur la force car on ne peut pas s’asseoir sur une baïonnette.

En un mot, tout pouvoir a plus de latitude en respectant la loi même en s’en servant à mauvais escient. S’imposer par la force n’est pas tenable. On ne peut pas s’asseoir sur des baïonnettes.

L’administration Moïse-Jouthe en fait l’expérience ces derniers jours. Elle dispose de tous les attributs du pouvoir et de la force dans toutes les acceptions de ce concept et pourtant il n’a jamais paru plus fragile. L’administration ne respecte pas la loi et se retrouve en contravention aux yeux de ses plus fidèles amis qui - rappelons-le - n’ont pas d’amis.

Dans les plus grands journaux du monde entier Jovenel Moïse est mis à l’index. Des éditoriaux dans le New York Times, dans le Washington Post, dans Le Devoir tirent à boulets rouges sur son régime.

Des élus, des intellectuels, des membres de la société civile de toute l’Amérique du Nord fustigent l’appui que lui apportent les gouvernements américain et canadien.

La presse française tape tous les jours à la porte des responsables qui font la sourde oreille.

L’Organisation des Nations unies sort rapport et avertissements pour mettre en garde contre les violations des droits humains qui s’accumulent.

L’ambassade américaine à Port-au-Prince et la sous-secrétaire d’État en charge de l’hémisphère occidental au Département d’État à Washington multiplient les messages de préoccupation et d’alarme.

Forts de la puissance des baïonnettes, les chefs dansaient ou dansent encore et n’entendent pas les trompettes, comme Anne, ma sœur Anne, ils ne voient que le soleil qui poudroie.

Comme souvent en Haïti, un matin l’exécutif sera pris d’une folle envie de mettre ses devoirs au propre ou de s’enfoncer encore plus dans le déni.

Comme souvent en Haïti, l’opposition sera saisie de l’envie de pousser jusqu’au bout les chefs à la faute ou de rafler vite la mise.

Les uns et les autres peuvent aussi, ensemble, s’entêter dans leur stratégie éternelle de la course au pire.

Que la force revienne à la loi et aux principes. Même un confetti de constitution est mieux comme assise pour tout pouvoir que la plus infime pointe d’une baïonnette.

Frantz Duval
Auteur
Ses derniers articles

Réagir à cet article