Après le carnaval, le rara

Publié le 2021-02-19 | Le Nouvelliste

Généralement après le carnaval, Léogâne, bastion des festivités de rara, entre en scène. Le mercredi des Cendres a mis fin à la bamboche carnavalesque. Parade de gens masqués, rois, reines, chars allégoriques et groupes de musiques perchés sur des chars sonores cèdent le témoin au rara qui est aussi un carnaval paysan. 

Dans la plaine de Léogâne, selon les autorités municipales, trente-deux bandes de rara sont sur pied de guerre pour mettre de l’animation. Ces groupes nourris par une tradition festive depuis la reine Anacaona,  vont danser dans les lakou, sillonner les champs, investir le béton surtout la nuit. Ils vont danser jusqu’au petit matin. Ils ont du temps devant eux pour s’échauffer. Cette année, plusieurs propriétaires de bandes de rara croient que les comités mis en place aux États-Unis, en France et dans les Antilles, malgré la saison dure du coronavirus, manifesteront  des largesses envers eux pour continuer la promotion du rara.

Durant toute la période de Pâques, les instruments prendront vie dans un mariage de tambour, de vaksin, de cônes, de sifflets, de graj, de rythmes de pas en marche et de "fwèt kach". Ces sonorités kreyòl qui puisent leurs racines dans l’âme africaine et celles des Taïnos emplissent les lakou, tous les recoins où les démembrés sont à l’honneur.

Dans l’Artibonite aussi où la reine Anacaona, la fleur d’or, se déplaçait souvent avec sa garde d’honneur pour visiter son époux, Caonabo, dans le cacique du royaume du Maguana, cette samba faisait la fête. C’est dans cette veine festive que dans l’Artibonite le rara se déploie.

Dans la cité de la reine Anacaona, les groupes très connus vont attirer les foules : Chen Michan, Mande Granmoun, Sainte-Thérèse, Modèle d’Haïti, Les Tirailleurs de Baussan, Étoile de Salomon, Brillante de Signeaud, Ste-Rose Gros Boeuf, Rozoli, Brillante de Long-Pré, La fleur de rose, pour ne citer que ceux-là.

Léogâne est en fête comme Jacmel l’était au cours de la période carnavalesque. C’est le moment où les musiciens espèrent se faire un peu d’argent. Les major-jonc, jongleurs habiles de rara, ne rêve que de cette fête pour épater les foules. Vêtus de leur costume rutilant de paillettes multicolores, ils font de l’effet. Et les tours qu’ils exécutent avec adresse avec leur jonc sont des figures acrobatiques qui font dénouer les cordons de la bourse. Les major-jonc ne jonglent pas pour les beaux yeux des propriétaires de groupes de rara. Ils exercent un métier qui paie l’artiste.

Pendant la Noël, les artistes ont dépensé; le carnaval auquel succède une autre fête chrétienne, l'Épiphanie, qui célèbre la venue du Messie incarné dans le monde et l'hommage des trois Mages, sont autant d’occasions pour faire fondre l’argent dans les poches.

La période de Carême est la belle saison pour les musiciens de rara ; de même pour ceux qui font leur affaire durant le carnaval. Cette saison apporte  un nouveau souffle aux vodouisants. C’est un grand moment pour retourner aux démembrés et célébrer les loas qui rythment la vie.

Thatessiana Thomas  Thassy2010@yahoo.fr Auteur

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