Reprise en grande pompe de la production de sorgho

Les producteurs de sorgho reprennent progressivement la main. Les travaux du Centre haïtien d’innovation sur les biotechnologies et l’agriculture soutenable (CHIBAS) commencent à porter ses fruits. Chutée à environ 14 000 tonnes annuellement à cause de la présence d’un puceron qui a ravagé les plantations se trouvant surtout en basse altitude, la production de sorgho pour cette année devrait se situer autour de 75 000 tonnes métriques. Les variétés développées par le laboratoire s’adaptent plutôt bien. Ceux qui les utilisent ont eu un rendement acceptable. Faute d’un paquet technique amplement vulgarisé, d’autres abandonnent complètement cette production.

Publié le 2021-02-18 | Le Nouvelliste

Selon les prévisions du Département de l’Agriculture des États-Unis (USDA) à travers son service agricole extérieur, la production du sorgho doit continuer à croitre au cours de cette année. Dans le manuel des céréales et les aliments pour animaux, paru en vril 2020, il est écrit que la production du sorgo pour la période juin 2020 à juin 2021 devrait atteindre les 75 000 tonnes. Des prévisions jugées optimistes pour les chercheurs haïtiens. Si ces dernières sont atteintes, l’on connaitra une augmentation de 15 000 tonnes par rapport à 2019 et plus de 60 000 tonnes par rapport à 2017, mais toujours en deçà des 120 000 produites avant l’arrivée du puceron dévastateur en 2015.

Ce regain de forme de la production de sorgho est le résultat des travaux réalisés par le CHIBAS. Attachée à l’Université Quisqueya, cette firme a développé plusieurs variétés résistant au puceron. La grande majorité de sorgho produite en Haïti est le fruit de ces chercheurs qui se décernent un certain satisfecit pour les travaux réalisés jusque-là, quoique tous les producteurs ne s’approprient pas encore ces nouvelles variétés dont le cycle de production est de quatre mois.

Les producteurs s’habituent davantage aux semences de cycle de six mois. De l’avis des producteurs réticents, l’environnement et le système de production en association ne sont pas favorables au "Pa pè pichon", semence mise en place par le laboratoire CHIBAS. Certains continuent, malgré la présence du puceron, à produire des variétés sensibles. Vu le faible rendement obtenu, d’autres préfèrent abandonner  cette production et s’adonnent davantage à d’autres cultures comme le pois congo. C’est le cas de beaucoup de producteurs dans le département du Centre, zone qui représentait une part très représentative dans cette production.

Pour le moment, le département du Sud, si l’on en croit, Gaël Pressoir, le responsable du laboratoire CHIBAS et doyen de la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’environnement de l’Université Quisqueya, est la seule région du pays où la production du sorgho, avec les nouvelles variétés, est assez développée. Une reprise timide, poursuit-il, est observée dans le Nord-Ouest et dans le département du Centre.

Les producteurs sollicitent des semences de six mois. Une demande légitime, de l’avis du chercheur. C’est ce qui explique-t-il, plus flexible en termes de calendrier et de croissance. La variété de quatre mois est photopériodique et se développe continuellement jusqu’à sa période de maturation. Ce qui explique la difficulté à être produite en association. Tandis que, celle de six mois est non photopériodique. Elle reste peu développée pendant une longue période avant de s'accroitre. Est-ce pourquoi, elle est mieux adaptée en association relais.

Dans le système de production en association en Haïti, les producteurs chevauchent entre la production de maïs, de pois congo et de sorgho, une forme de culture, soutient M. Pressoir, très intéressante dans le sens qu’il permet aux agriculteurs de pratiquer un système de production plus résiliente. Les agriculteurs gèrent mieux les risques, ils ont un calendrier de semi plus flexible et la variété de six mois est plus résistant à la sécheresse. Comme la variété de six mois est non photopériodique, ils peuvent emblaver en juin, en juillet ou en août suivant la période de pluie et dans tous les cas, la production arrivera à maturité en décembre. Ce qui est différent pour les nouvelles variétés.

Dans ce cas, les responsables du laboratoire travaillent à mettre au point plusieurs autres variétés non sensibles au puceron. Gaël Pressoir  parle de la sélection de plusieurs autres variétés de quatre mois résistantes. Parmi ces dernières, figurent des variétés semi-naines et des variétés hautes.

Afin de mieux répondre aux aspirations de tous les producteurs du sorgho, CHIBAS projette de travailler sur une variété de semence de six mois. Selon ce qu’il a précisé au journal, cet échantillon devrait conserver toutes les caractéristiques des anciennes variétés produites en Haïti. « Elle doit être grande,  flexible quant au calendrier de demi  mais avec un plus grand rendement que toutes celles présentes en Haïti », précise le chercheur.

L’un des objectifs de cette firme est d’augmenter considérablement le rendement à l’hectare de cette culture. Pour le moment, le rendement est au tour d’une tonne. Le travail qui est en train d’être effectué, est de permettre au pays de disposer des semences ayant un rendement autour de quatre à cinq tonne à l’hectare. Contrairement aux méthodes traditionnelles, M. Pressoir compte développer et vulgariser un nouveau paquet technique prenant en compte l’utilisation de fertilisants et une distance de semi plus dense.

Ce paquet technique prendra également en compte l’utilisation des machines agricoles adaptées aux besoins des petits producteurs. Le vœu de CHIBAS est d’avoir une production annuelle qui avoisine les 100 000 tonnes au cours des deux prochaines années. Avec le progrès réalisé depuis 2017, le responsable de CHIBAS se montre plutôt optimiste. « Produire cinq tonnes de sorgho à l’hectare n’est pas impossible, il suffit de trouver une variété non sensible au puceron, résistante à la chaleur et développer un paquet technique permettant d’optimiser le rendement », conclut le responsable.

Le pays ne dispose pas de statistiques sur la production céréalière. Pour les chercheurs de CHIBAS, la production est autour de cinquante mille tonne métriques. Plus optimistes, les chercheurs de l’USDA prévoient une production avoisinant les 75 000 d’ici à juin 2021. Les responsables  sont en train de tout mettre en œuvre pour augmenter cette production devenue plus rentable. Seuls, les chercheurs ne pourront pas garantir une augmentation substantielle du rendement à l’hectare. L’État, à travers le Programme d’innovation technologique en agriculture et agroforesterie (PITAG), et le  (PMDN) ont mis le paquet. Mais c’est sans compter sur l’implication des producteurs dans une telle démarche.

Jose Flecher
Auteur
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