Augmenter le PIB agricole, le pari difficile de CHIBAS

Le Centre haïtien d’innovation sur les biotechnologies et l’agriculture soutenable (CHIBAS) mise gros sur la recherche dans l’optique d’augmenter la productivité agricole et, du même coup, le produit intérieur brut du secteur agricole. Les principales filières favorisant la sécurité et la souveraineté alimentaire constituent l’essence des travaux réalisés par ce centre de recherche attaché à l'Université Quisqueya. L’objectif est de doubler la productivité des principales denrées produites en Haïti, donc le PIB agricole d’ici à 2030.

Publié le 2021-02-11 | Le Nouvelliste

Les céréales, les légumineuses, les vivres alimentaires et la viande sont les filières prioritaires du Centre haïtien d’innovation sur les biotechnologies et l’agriculture soutenable. Ces quatre filières, selon les données fournies par le directeur exécutif et responsable de recherches de cette institution, Gaël Pressoir, représentent jusqu’à 1.2 milliard de dollars annuellement dans l’économie haïtienne soit plus de 80% du PIB agricole qui se situe dans l’intervalle de 1,3 à 1,5 milliard de dollars. Améliorer la productivité de ces filières, a-t-il expliqué, c’est créer les conditions nécessaires pour doubler le PIB du secteur agricole.

Pour le moment, les rendements à l’hectare du maïs, du riz, du sorgho, de la patate douce sont respectivement d’une tonne, de trois tonnes, d’une tonne et de quatre tonnes. Il est inconcevable, a fait savoir le chercheur que la productivité agricole soit aussi faible. Haïti, à côté de Madagascar, est le pays qui a le plus faible rendement agricole à travers le monde. Les pays africains qui étaient au même niveau, il y a quelques années, parviennent à doubler leur rendement grâce à l’innovation et à la recherche.   

Les recettes pour augmenter la productivité sont les mêmes partout. Les chercheurs du CHIBAS, comptent utiliser toutes les technologies nécessaires pour changer la donne.  Des travaux sur la génétique, sur de nouveaux itinéraires techniques, sur la mise en place d’un paquet technique et de machines agricoles adaptées aux moyens des petits agriculteurs sont parmi les activités prévues par les responsables.

Dans la filière vivrière, les quatre principales denrées produites en Haïti sont prises en compte. Le président exécutif de CHIBAS a parlé de l’igname, de la patate douce, du manioc et du mazonbel. Ces tubercules représentent un PIB de l’ordre de 400 millions de dollars américains.

Pour l’igname, Gaël Pressoir  compte travailler sur l’itinéraire technique, agronomique et la multiplication des plants. Pour le manioc, il est prévu de toucher tous les aspects de la production passant par la génétique, les variétés, jusqu’à mettre au point un itinéraire technique. Car, a-t-il soutenu, ce sont des variétés qui peuvent être intensifiées.

Dans la filière vivrière, le manioc et la patate, a fait savoir le généticien, ont les potentiels les plus élevés. Grâce, entre autres au manioc, le Rwanda parvient à doubler sa production agricole en un laps de temps. En Haïti, le rendement à l’hectare est faible pour ces deux tubercules. L’on parle d’un rendement varié entre 4 et six tonnes. Tandis que même dans des pays africains comme la Côte d’Ivoire, le rendement pour la patate est autour de 15 à 16 tonnes à l’hectare. Le doyen de la Faculté des sciences de l'agriculture et de l'environnement (FSAE) de l’Université Quisqueya est en train de travailler sans relâche pour mettre à la disposition des producteurs des plants résistant aux maladies qui ralentissent le développement  de ces produits.

Ces travaux se feront également sur les filières céréales et légumineuses. Pour les légumineuses, le responsable de CHIBAS projette de travailler sur l’aspect génétique et agronomique. Il est ainsi question d’améliorer la culture en association. De l’avis du docteur, il est faux de croire qu’on ne peut pas intensifier les cultures en association. Il a tenu à préciser que la courbe des réponses n’était pas différente que celle appliquée pour la monoculture. Ce qu’il faut prendre en compte, a-t-il fait savoir, c’est l’espace occupé par chaque culture tout en ayant à l’esprit qu’elle est en compétition avec d’autres cultures. Dans ce cas, une maîtrise de la courbe de réponse par unité de surface occupée par une culture s’avère indispensable. «  La courbe de réponse à la densité, à la fertilisation du rendement est la même pour les cultures en association et la monoculture », a-t-il insisté.

Par ailleurs, dans la plaine de Torbeck, les spécialistes de CHIBAS mettent au point une stratégie dite : méthode traditionnelle d’augmentation du rendement dans la production du riz. Cette méthode préconise une augmentation de la densité et un meilleur dosage dans l’application du fertilisant. Les premiers résultats sont plutôt prometteurs. À ce niveau, le rendement est passé de moins de quatre tonnes à plus de cinq tonnes pour n’importe quelle variété considérée.

Tout compte fait, l’innovation et la recherche sont les principales clés pour augmenter la productivité agricole. Les producteurs doivent faire face au changement climatique. Ce phénomène s’accompagne de sécheresse, chaleur et maladies. Seuls de meilleurs plants et un itinéraire techniques adaptés peuvent aider les producteurs à y faire face. La réponse dépend entièrement des chercheurs. Le «mazonbèl» disparait faute d’étude. Les cocotiers également. Il n’a toujours pas de solution pour sauver les citrus. Le Centre haïtien d’innovation sur les biotechnologies et l’agriculture soutenable a empêché la disparition du sorgho. Les responsables promettent de continuer sur cette lancée afin non seulement de mettre sur le marché des variétés résistantes aux maladies mais également plus productives.

Jose Flecher
Auteur
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