La presse et la justice dans le collimateur

Publié le 2021-02-10 | Le Nouvelliste

L’exercice libre de la presse et l’indépendance de la justice sont des éléments essentiels pour tout pays qui aspire à l’État de droit et à la démocratie.

On laisse travailler la presse et on respecte l’indépendance de la justice. C’est la règle.

En Haïti, ces derniers jours, les autorités semblent allergiques à la presse et à la justice.

Ce mercredi, dernier incident en date, des journalistes regroupés en pool qui suivaient une manifestation pacifique ont été pris pour cible par une patrouille de la police. Les journalistes ont été gazés dans un bain de lacrymogène, sans aucune raison apparente sinon pour les empêcher de continuer à couvrir la manifestation. La police répondant à on ne sait quel ordre ne voulait pas que la presse rapporte la manifestation.

Ce n’est pas le premier incident qui intervient sur la voie publique dans des situations similaires. La violence policière se déchaîne contre les journalistes. Il y a eu des journalistes bousculés et blessés du fait de la police.

La justice connaît un sort similaire. Les prévenus, les juges et les avocats ne sont pas violentés physiquement mais on les empêche de plus en plus de bénéficier des dispositions des lois en vigueur et les autorités écrivent de nouvelles dispositions au jour le jour pour atteindre leur objectif.

Les derniers événements en date concernent la séparation du dossier en habeas corpus pour les personnes arrêtées, accusées d’avoir participé à un complot qui devait aboutir à l’assassinat du président Jovenel Moïse et à un coup d’État. En dépit d’une décision actée pr un juge, les autorités pénitentiaires ont refusé de respecter l’ordonnance mettant en liberté un prévenu. Pour couronner les abus, la révocation du greffier qui avait siégé à été annoncée ce jeudi.

Cette révocation ajoute un nom à une liste d’officiers judiciaires transférés, démis de leurs fonctions ou révoqués pour avoir déplu aux autorités.

La justice perd son indépendance, la presse est empêchée de faire son travail. Deux éléments essentiels à l’État de droit et à la démocratie sont dans le collimateur des autorités. Ce n’est jamais bon signe. En Haïti, c’est le signal d’un grand retour en arrière.

P.S. La Police nationale d’Haïti a émis un communiqué mercredi soir non pas pour s’excuser pour la bavure du jour ni pour déplorer les excès d’une patrouille ou pour annoncer une enquête mais pour faire le point sur une distribution de riz.

Frantz Duval
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