Mésentente au sommet entre les présidents Moïse et Lambert

Publié le 2021-02-04 | Le Nouvelliste

Il y a des jours où l’actualité s’écrit sur les réseaux sociaux. On n’a qu’à prendre le temps de lire pour comprendre que rien ne va comme sur des roulettes au plus haut sommet de l’État.

Tout commence après l’échec du dialogue de Tara’s que souhaitait initier le président du tiers restant du Sénat haïtien, Joseph Lambert, les 2 et 3 février 2021.

Devant le refus de plusieurs organisations d’y participer, le sénateur a reporté à une date ultérieure la tenue de la rencontre. Fin de l’acte I.

Voyant le président du Sénat bien seul, le président Jovenel Moïse lui lance à son tour une invitation. La rencontre est prévue au palais national. Pour des raisons d’agenda, elle ne peut se tenir à la date convenue et est reportée. Fin de l’acte II.

Ce jeudi, par un tweet, le président du Sénat, Joseph Lambert annonce : « Accompagné des membres du bureau du Sénat, je réponds à l'invitation du Président @moisejovenel. Je voudrais espérer que cette audience commence le dialogue inévitable qui évite le chaos imminent. »

À quelques secondes près, le compte officiel du président Moïse annonce : « Toujours animé par la même volonté de dialogue, je reçois le Président et les membres du bureau du tiers du Sénat pour discuter de la nouvelle constitution et de l’organisation des élections, dans la perspective de trouver une solution négociée à la crise actuelle. »

Les observateurs se disent que l’acte III est plié. Le président rallie le Sénat à ses projets.

Ce sentiment est un peu troublé quelques heures plus tard, quand le compte présidentiel proclame : « J’ai eu, ce jeudi, une fructueuse rencontre avec le président et les membres du bureau du Sénat. Nous avons eu des échanges très francs sur la conjoncture actuelle. Je demeure convaincu que le dialogue est le seul atout qui nous permettra de résoudre nos différends politiques. »

Il n’est plus question ni de « la nouvelle Constitution » ni de « l’organisation des élections ». L’acte III se prolonge.

Pas pour longtemps.

Le compte du président du tiers restant du Sénat, en deux messages, clarifie la situation : « Le bureau du Sénat a rencontré le Président de la République. Si le Président a surtout mis l'emphase sur le référendum et les élections, le bureau a attiré son attention sur la nécessité du respect scrupuleux de la Constitution et des lois. »

Avant de poursuivre : « Le bureau a aussi introduit l'article 134.2 au menu des discussions. Devant l'évidence des tensions nées des interprétations contradictoires relatives à cet article, seul un dialogue national peut encore prémunir Haïti du spectre du chaos. »

Cet échange public sur la Constitution en vigueur souligne la tension qui existe entre les onze derniers élus en poste dans la république.

Le président Jovenel Moïse a une lecture de la Constitution et des projets qui passent outre tout ce que prévoit la Constitution de 1987 amendée. Il a en face de lui dix élus qui, de par la Constitution, ont un mandat tout aussi légitime mais plus long que le sien.

Depuis son retour à la tête du tiers restant du Sénat, Joseph Lambert met des bâtons dans les roues de la présidence. Pour le moment, il est à la tête d’un groupe d’élus qui sont les seuls officiels en fonction à défendre la Constitution en vigueur.

L’acte IV est pour bientôt.

Frantz Duval
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