Épreuves de force, rapports de force autour de la Constitution et du pouvoir

Publié le 2021-02-03 | Le Nouvelliste

« Les convictions sont des ennemis de la vérité plus dangereux que les mensonges », a dit Friedrich Nietzsche.

En Haïti, ces derniers jours, il est difficile de faire la part des choses pour comprendre les motivations des uns et des autres.

Le pouvoir et l’opposition veulent sortir de la Constitution en vigueur pour résoudre leurs problèmes. C’est un fait acté.

L’exécutif, enfilant décrets et arrêtés, change, loi après loi, l’architecture légale du pays sans contre-pouvoir. Aux forceps, il est arrivé à faire accoucher d’un projet de nouvelle Constitution par une commission. Le nouveau déséquilibre des pouvoirs ainsi né devrait lui permettre de bénéficier directement ou pour le futur de ses alliés d’un nouveau régime taillé sur mesure pour un pouvoir autoritaire. Personne avant l’administration Moïse-Jouthe n’avait osé aller si loin dans un retour vers le passé.

L’opposition, de son côté, propose sa solution de sortie de crise qui, elle aussi, fait sortir de la constitution en vigueur. Pour une fois, sans coup d’État militaire, on parle de transition sans se référer à la Constitution en vigueur. En 2021, et le pouvoir et l’opposition innovent.

S’il y a un point d’accord dans un pays où tout est désaccord, c’est bien celui-là. La Constitution de 1987 amendée doit passer à la casserole. Être jetée aux oubliettes, quelle que soit l’issue du 7 février prochain. C’est en tout cas le souhait affiché des protagonistes.

L’alternative à la présidence de Jovenel Moïse est sur le papier. L’alternative au régime politique né de la chute de la dictature des Duvalier est aussi écrite. Le projet en a été proposé, aujourd’hui.

Il n’y a pas d’instrument pour tester les convictions démocratiques des uns et des autres. La politique est parfois un coup de force, parfois une partie de poker. Sans plus.

Une commission présidentielle présente un avant-projet de nouvelle constitution. Difficile de trouver des Haïtiens qui croient vraiment que la loi peut changer la réalité du pays ou que la loi a empêché un jour à ce pays de bien fonctionner. Mais on y va. À reculons.

Il y a ceux qui ne se soucient pas de ce nouveau tour de passe-passe et ceux qui craignent de se faire avoir par inattention.

On peut continuer avec la liste de nos incohérences et avec celle de nos envies à l’infini. Il sera toujours aussi difficile de prouver si nous nous accrochons à nos convictions ou à nos mensonges bien-aimés pour faire avancer dans le bon sens le train de l’avenir.

Dans les jours à venir, et même après, tout sera épreuve de force et rapport de force. Rien ne se met en place pour trouver le plus petit dénominateur commun, voire un consensus minimum.

Bien que et le pouvoir et l’opposition veuillent sortir de la Constitution et du régime politique en place depuis 1987, on ignore encore si les événements à venir accoucheront de la réaction ou de la révolution.

Chacun a la conviction que ses mensonges sont bien meilleurs que la vérité, on peut aller loin avec ce carburant mais jamais dans la bonne direction.

Frantz Duval
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