Haïti, l’anesthésie générale

Publié le 2021-01-25 | Le Nouvelliste

Dans tout pays normal, la crise sans nom que le pays vit depuis des mois aurait provoqué deux réactions : la recherche d’un compromis ou un soulèvement.

Un secteur de la société civile suffisamment concerné ou suffisamment fort aurait invité les deux camps – pouvoir et oppositions – à s’asseoir jusqu’à ce qu’une entente soit trouvée pour permettre au pays de vivre normalement sans l’hypothèque des arrêts récurrents qui pénalisent le plus grand nombre et chaque initiative.

Ce secteur – Église, finance, commerce ou exportation – n’existe pas en Haïti ou n’est pas entendu des protagonistes. Quand, chez le nonce apostolique, l’ONU, l’OEA et les amis de la communauté internationale ont essayé fin 2019 de pousser pour la concrétisation d’une entente interhaïtienne, aucun Haïtien n’était prêt à renoncer à une partie de ses acquis pour rencontrer l’intérêt commun. Les deux camps ne jurent plus que par l’épreuve de force.

Si le pays était normal, devant l’accumulation des problèmes, chaque jour, une fois par semaine ou une fois par mois, des dizaines de milliers de personnes, un million de personnes seraient dans les rues pour réclamer le changement. Visiblement, par peur ou par désintérêt, par lassitude ou mues par on ne sait quoi, les foules se font discrètes.

Dans le monde réel comme sur les réseaux virtuels, le nombre manque à l’appel. L’indignation est sélective et passagère. Les leaders ne savent pas comment convaincre, ramener et conduire les concernés ni les convaincus. Le confortable entre-soi est la règle première de trop d’organisations qui se disent politiques.

Dans un pays normal, le président de la République, les autorités de tous rangs et grades, l’opposition comme la société civile seraient debout aux côtés de tous ceux, enfants comme parents, qui dénoncent les cas continus d’enlèvement contre rançon.

Alors que de plus en plus d'écoliers sont obligés de se transformer en manifestants, le silence des uns et l’apathie des autres inquiètent. Comme si plus rien n’émeut personne.

Les peuples ont les gouvernements qu’ils méritent, les oppositions qu’ils méritent, les sociétés civiles qu’ils se donnent. Jusqu’au jour où ils comprennent que l’on ne peut pas édifier un pays normal avec des situations anormales, des institutions inexistantes.

Chaque Haïtien, tous les Haïtiens sont sous anesthésie. Ils ne peuvent ni s’entendre, ni se soulever, ni protester contre les pires fléaux qui les submergent.

Jusqu’à quand ?

Frantz Duval
Auteur
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