La reprise économique en Haïti, un défi de taille

Dans la série des grands rendez-vous économiques, émissions diffusées sur Radio-Télé Métropole généralement en début d’année, l’économiste et journaliste Kesner Pharel a reçu pour une énième fois, dimanche 3 janvier 2021, l’économiste et homme d’affaires Pierre-Marie Boisson. L’invité a analysé, entre autres, les possibilités de relancer l’économie haïtienne après deux années consécutives de contraction.

Publié le 2021-01-11 | Le Nouvelliste

« Pour une reprise de l’économie haïtienne, il est indispensable d’avoir une dépense additionnelle, c’est-à-dire une dépense autonome », a affirmé Pierre-Marie Boisson. D’après l’économiste et homme d’affaires, les dépenses additionnelles peuvent provenir du secteur public ou privé.  Compte tenu de la situation actuelle, l’économiste se montre pessimiste quant à la possibilité d’avoir des dépenses autonomes provenant du secteur public. Il pose deux conditions pour que les dépenses autonomes puissent venir du secteur public. « Il faut que le secteur public ait sa propre épargne ou du moins qu’il dispose d’une épargne extérieure », a-t -il argué.

La situation actuelle marquée par l’insécurité, des déséquilibres macroéconomiques et des incertitudes sur le plan politique avec les élections à organiser cette année ne permettra au secteur public d’avoir accès à des financements, de l’avis de M. Boisson. « Ce n’est pas facile de relancer l’économie par des travaux et des investissements », a déclaré Pierre- Marie Boisson.   

Le tourisme, les industries de substitution aux importations, les industries d’exportation et l’agriculture sont les secteurs qui peuvent soutenir la reprise économique en Haïti. Pour le tourisme et l’agriculture, Pierre-Marie Boisson pose la question de l’insécurité comme un phénomène de blocage que ce soit pour le tourisme local ou pour la production agricole. « Les secteurs économiques ne sont pas au rendez-vous. Ils ne sont pas compétitifs à cause de la dépréciation du taux de change de 50%. Cette dépréciation a des répercussions sur les industries d’exportation et l’agriculture.  Ce sera difficile de les redynamiser si le taux de change continue de chuter », a expliqué l’économiste Pierre- Marie Boisson, soulignant qu’il ne voit pas dans quel secteur il peut y avoir des dépenses additionnelles.

Sur la mauvaise performance économique du pays en 2020, l’économiste Pierre-Marie Boisson a souligné une baisse au niveau des entrées de devises de près d’un milliard de dollars, soit environ 17%.  Cette baisse a impacté les importations. « En termes d’offre globale des biens et des services, la plus grande composante qui varie ces derniers, c’est celle financée par les transferts. Il faut dire que les transferts injectés représentent le revenu principal de 60% de la population haïtienne », a fait savoir M. Boisson. Le commerce, les hôtels et les restaurants sont les secteurs les plus importants de l’économie haïtiennes d’après Pierre-Marie Boisson. Ils représentent 30% du produit intérieur brut (PIB), selon l’économiste.

Sur le plan fiscal, Pierre-Marie Boisson a souligné que les dépenses ont augmenté de 53% alors que l’augmentation des recettes ne dépasse pas 12%. Pour combler l’écart, le gouvernement avait recours à des appuis budgétaires et des financements divers. « La diminution du taux de change, diminue la capacité de l’État de collecter des recettes. ¾ des recettes de l’État sont en dollars parce qu’elles sont basées sur l’importation », a soutenu M. Boisson. Au cours de cette interview, l'économiste a suscité des interrogations sur les prévisions budgétaires du gouvernement qui a prévu de collecter 254 milliards de gourdes alors qu’il n’arrivait même pas à collecter les 198 milliards de gourdes prévues pour l’exercice 2019-2020. « Comment avoir une augmentation des recettes douanières quand il y a dépréciation du taux de change ? ». a-t-il déclaré

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