Bonne année 2021

Publié le 2021-01-06 | Le Nouvelliste

Bilan et perspectives

Henri Piquion

« Bonne année malgré tout. On doit faire face et ce n’est pas évident »

Patrice Dalencour

Le passage d’une année à une autre doit se faire en deux temps : celui du bilan pour dire d’où nous venons, et celui de la projection, des promesses et des espoirs pour dire où nous souhaitons et où nous pouvons aller, le temps des  perspectives. C’est pourquoi je commence ma chronique de cette année par cette citation de Patrice Dalencour. Le bilan est fait, car il « n’est pas évident » que l’année 2020 nous a préparé à « faire face » à ce qui nous attend. En même temps les perspectives sont définies, non pas objectivement, mais comme un objectif que nous « devons » nous imposer afin que « malgré tout » l’année 2021 soit bonne. Cet objectif ne peut être atteint que si nous nous mettons pleinement en tant qu’individus et citoyens à la tâche pour le réaliser.

Le bilan de l’année 2020 parait facile à faire. Il se résume d’une part à la pandémie provoquée par le virus Covid-19, les scientifiques s’en occupent. Et surtout à notre honte collective d’avoir pour 30 deniers par la voix de Jovenel Moïse condamné le peuple vénézuélien à plus de misères à la demande de Donald Trump qui a déjà dit de lui qu’il est le roi des bayakou, en sa qualité d’architecte du « shithole country » qu’est devenu notre pays. Demain, quand nous ferons le bilan de cette année nous ne parlerons pas des gangs kidnappeurs, synthèses aggravées des macoutes et des chimères, mais de cet aplaventrisme diplomatique, honteuse réédition de Punta del Este. Dans un cas comme dans l’autre nous avons trahi, hier Cuba, aujourd’hui le Venezuela, les deux seuls pays des Amériques qui n’ont jamais failli, à aucun moment de leur histoire et de la nôtre, de nous manifester leur amitié et leur solidarité (il faut le répéter pour nos enfants qui seront demain responsables du pays: les deux seuls pays des Amériques[1] qui n’ont jamais failli, à aucun moment de leur histoire et de la nôtre, de nous manifester leur amitié et leur solidarité.)

Le bilan de l’année 2020, c’est aussi Donald Trump qui s’est illustré par son mépris des femmes, son racisme manifeste, son apologie de la violence aveugle, de la violence anti-citoyenne, son incompétence, son arrogance, sa fragilité psychique et par d’autres caractéristiques auxquelles les corps policiers et les tribunaux ont commencé, semble-t-il, à s’intéresser. Donald Trump s’est révélé être le pire des «losers», celui qui préfère mettre des vies et toute une société en danger plutôt que de reconnaitre que les électeurs qui se sont trompés en 2016 ont décidé de choisir le meilleur de ce qui leur était offert.

Nous avons malgré tout une dette envers Donald Trump. Grâce à lui, à son rejet de la démocratie tant dans son principe que dans ses pratiques (de leur démocratie telle qu’ils la définissent pour eux et veulent l’imposer aux autres), plus jamais nous ne devons accepter que les pays dits civilisés, parce que riches et puissants, viennent nous donner des leçons de démocratie et de gouvernance; qu’ils viennent organiser nos élections à notre place et se permettre de nous sanctionner économiquement et même militairement quand ils ne sont pas satisfaits de la marche de nos affaires, plus précisément quand leurs intérêts n’y trouvent pas leur compte.

Soyons clairs : les errements des États-Unis sous la gouverne de Donald Trump ne nous autorisent pas à continuer à traîner notre pays vers les bas-fonds les plus creux de l’inhumanité. Que Donald Trump soit ce qu’il est ne sera jamais une excuse pour nous des élites d’Haïti qui avons tout reçu du pays (tout pris dans beaucoup de cas) de maintenir notre pays dans la situation que nous connaissons qu’il n’est pas nécessaire de décrire dans ce texte de circonstance. Le bilan de 2020 et une des perspectives pour les années à venir sont ici indissociés. « Nous devons faire face » et programmer dès maintenant la réhabilitation du pays à tous les points de vue. Cet objectif, vous le savez déjà, ne pourra être atteint que par notre volonté citoyenne, donc les dispositions de notre subjectivité. Si Patrice Dalencour n’a pas défini les perspectives objectivement, c’était pour faire appel à nous, pour nous inviter à engager notre subjectivité dans la marche de l’histoire. Il ne pouvait pas nous faire plus confiance.

L’année sera bonne malgré tout. Faites que l’avenir soit à nous.

Bonne année 2021.

Henri Piquion

4 janvier 2021

[1] Les Québécois, même en tant que société, ont presque toujours été proches d’Haïti et des Haïtiens. Ils pourraient être tentés de me trouver injuste de ne pas les inclure dans la courte liste de nos amis. Je dois malheureusement leur rappeler que c’est madame McDonald, ministre des Affaires étrangères du Canada et membre de la délégation de l’OÉA venue en Haïti en octobre 1991 qui a le plus violemment insisté pour que notre pays soit sanctionné à la suite du coup d’État. Quand Aronson, qui représentait les États-Unis au sein de cette délégation, et d’autres diplomates ont essayé d’arrondir les coins en usant des tournures de langage diplomatique, c’est elle qui a insisté rigidement pour que la résolution qui venait d’être prise à Santiago du Chili deux jours auparavant soit appliquée sans nuance. C’est encore elle, ministre des Affaires du Canada, qui a demandé que les membres de la délégation ne passent pas la nuit à Port-au-Prince, mais à Kingston, Jamaïque pour des raisons de sécurité. Bien plus, c’est Brian Mulroney, Premier ministre du Canada, qui a forgé l’expression ‘a bunch of thugs’ pour désigner les Haïtiens. Cette expression a été plus d’une fois reprise par Bill Clinton quand il était à court d’arguments juridiques pour justifier l’embargo et l’envoi de 23 000 soldats et des tonnes de « zam fann fwa » au coût de plus de 3 milliards de dollars. L’amitié du Québec et des Québécois pour Haïti et  les Haïtiens, et notre amitié pour eux ne nous feront pas corriger l’histoire.

 or 

Forward

Auteur

Réagir à cet article