Politiciens : pour le pays et pour nos frères, faisons-le

Publié le 2020-12-23 | Le Nouvelliste

C’est déjà la fin d’une année 2020 catastrophique à tous les niveaux. Comme à l’accoutumée, le sujet marquant de la fin d’une année n’est autre que l’heure du bilan pourtant cette période pandémique ne laisse aucune aventure de calcul sinon que des aspects négatifs à l’échelle mondiale. En ce qui nous concerne, la République d’Haïti reste toujours une exception dans les analyses, surtout en cette année bouleversante. La pandémie du coronavirus qui aggrave la situation sanitaire, la crise sociopolitique qui perdure, l’économie aux abois, le phénomène d’insécurité. Bref, nous sommes aux bords d’un cataclysme social jamais vu auparavant dans l’histoire de ce pays.

En fait, les stratégies se multiplient depuis plusieurs années afin de trouver une issue à notre crise. Soit de côté du pouvoir, soit de côté de l’« opposition». À chacun sa manière de faire. Mais au bout du compte, le but ne semble pas trop différent : changer le système. Le marasme économique d’Haïti, selon le chef de l’Etat, est la résultante d’une mauvaise gouvernance enclenchée depuis 1986 qui est au bénéfice de la classe économique. Pour en finir avec ce système, Jovenel Moïse pense qu’on doit changer la Constitution. Ce qui n’est pas une mauvaise idée mais la manière de faire pose problème, surtout quand on se questionne sur sa légitimité populaire. Certes, le pouvoir et ses opposants ont le même but mais les objectifs semblent flous.  La question, si nous crions tous haut et fort que nous voulons changer le pays, quand est-il d’un processus de paix politique au bénéfice de la population ? À chacun aussi sa part de responsabilité dans cette crise.

Le sujet le plus préoccupant ces derniers temps, c’est la question du kidnapping. Depuis 2004, on n'a pas vu une recrudescence si énorme de l’insécurité dans le pays. Si nous nous référons à certaines données des organisations de droits humains, les gang ont tous une main politique. D’ailleurs, ce sont les quartiers populaires qui sont souvent gangstérisés par les politiciens. En période électorale surtout, certains candidats distribuent des armes à feu pour leur faciliter la victoire. Quelle est la finalité ? Ces gens armés qui n’avaient pas de ressources de survie, ils n’ont qu’à utiliser leur bâton pour s’épargner de la faim. La violence persistante et les conflits armés sapent la sécurité et le bien-être des populations. Durant cette année, de manière officielle le nombre de cas de kidnapping atteint plus de 124 personnes. 

Par ailleurs, nous devons nous questionner sur un point. Pourquoi c’est souvent en période pré-électorale que le mouvement de kidnapping bat son plein en Haïti ? Peut-être que nous ne saurons jamais la réponse. Mais nous pouvons nous demander aussi, et si les politiciens utilisent cette stratégie pour financer leur campagne électorale ? Des hypothèses de toutes sortes sont formulées sur les causes des actes qualifiés de kidnapping. Voulant trouver la racine des enlèvements dont plusieurs personnes de différentes catégories sociales sont victimes, ces hypothèses sont à développer.

Vous savez bien à quel point le cynisme envahit la vie politique mondiale, alors nous pouvons nous attendre à tout.  La pauvreté, le chômage et le désespoir causés par l’absence d’une éducation de qualité peuvent un moyen d’entrer dans les gangs armés. En Haïti, les jeunes dans les quartiers défavorisés sans instruction risquaient d’aller rejoindre des groupes rebelles. Ceci est encore exacerbé par les inégalités éducatives. Davantage d’éducation n’est cependant pas la panacée : lorsque les niveaux d’instruction s’élèvent, mais que les marchés du travail restent stagnants, le mécontentement peut exploser.  Les crises auxquelles nous faisons face aujourd’hui sont toutes liées à la vie politique. En ce sens, il n’y a qu’un seul moyen pour parvenir à une solution, c’est une prise de conscience nationale par tous les acteurs. De ce fait, pour prévenir la violence et instaurer une paix durable en Haïti, il faut des institutions démocratiques et représentatives, et une justice en état de marche. Un autre aspect important c’est de considérer l’éducation comme un élément clé de la participation politique, de l’inclusion, du plaidoyer et de la démocratie. Si elle peut encourager les conflits, elle sait aussi les atténuer et les résoudre.

Une éducation haïtienne basée sur l’amour de la patrie peut aider à la construction de la paix et aider à combattre les conséquences redoutables d’une négligence à cet égard. À l’ère moderne, toute société humaine est appelée à évoluer, à subir des transformations, à connaître au cours de son existence spatio-temporelle des changements. Ces derniers sont assez souvent constatables avec l’émergence de nouveaux phénomènes. En ce sens, des initiatives en matière éducative, notamment celles des organisations de la société civile, peuvent aider les populations marginalisées à accéder à la justice. Nous le savons bien que la recherche du pouvoir à tout prix porte à des abus et à des injustices. La politique est un moyen fondamental pour promouvoir la citoyenneté et les projets de l’homme. Mais quand elle n’est pas vécue comme un service à la collectivité humaine par ceux qui l’exercent, elle peut devenir un instrument d’oppression et de marginalisation.

Si c’est un fait que les politiciens veulent un véritable changement, ils devraient d’abord atténuer les conflits d’intérêts et les kidnappings qui sont des principaux obstacles au progrès de la République. En effet, la fonction et la responsabilité politique constituent un défi permanent pour tous ceux qui obtiennent le mandat de servir leur pays, de protéger les Haïtiens et de travailler pour asseoir les conditions d’un avenir digne et juste. La paix doit être accomplie dans le respect fondamental de la vie, de la liberté et de la dignité des personnes, la politique peut devenir vraiment une forme éminente de garant de la bonne marche de la société. Cette paix que nous souhaitons pour le pays et pour nos frères, elle n’est pas seulement une absence de violence ou de conflit, elle est une notion durable et généralisable. Comme disait Michelle Maiese, cette paix doit être comme un processus de facilitation de l’établissement d’une paix durable et de prévention du retour de la violence en prenant en compte les causes essentielles et les effets du conflit, à travers la réconciliation, la construction d’institution et les transformation politiques comme économiques.


Par ailleurs, le rôle de la jeunesse dans une nouvelle perspective de développement est tout aussi important car elle représente une force vive. Elle est riche des aspirations propres à ce moment de l’existence. Mais aujourd’hui encore, des conditions de vie précaires (chômage, exclusion, pauvreté, particulièrement nuisibles aux jeunes défavorisés) gâchent ce potentiel et gaspille cette énergie. Peu importe cette jeunesse pleine de capacité intellectuelle doit intervenir pour changer notre situation. Pour le changement, d’un côté, il y a les manifestations et les épisodes de peyi lòk depuis plus de deux ans. Les résultats ne sont que des morts, de la répression, de la terreur et la paralysie des activités économiques entre autres. Toujours dans cette même perspective, d’un autre côté, il y a la saisine de certaines compagnies par l’Etat, la rupture de contrat, la brutalité policière. Au final, la population souffre encore plus de la cherté de la vie, du kidnapping et de l’exclusion. Alors, le bilan de tout et chacun de ces deux décennies n’est autre que le désespoir et l’humiliation d’une nation historique. Maintenant, pour le pays et pour nos frères, faisons-le pour le bonheur de tous : « Rebâtissons le pays».

Max R. Shoewer LUBIN Auteur

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