La faillite de nos institutions

Publié le 2020-11-26 | Le Nouvelliste

La mission de l’Union évangélique baptiste d’Haïti (UEBH) annonce cette semaine qu’elle déménage de la zone de Bolosse (sud de Port-au-Prince) où elle s’était établie depuis 78 ans. La nouvelle ne surprend personne. Le quartier de Bolosse et ses environs sont contrôlés par des groupes armés. À défaut d’être surpris, le déménagement forcé de l’UEBH de son quartier général devrait nous interpeller. Après plusieurs décennies dans la zone, la mission évangélique, qui regroupe plusieurs institutions de grande renommée, dont le STEP, le Collège évangélique Maranatha et l’Église baptiste de Bolosse, devrait être comme la carte postale de Bolosse et de ses environs. Elle devrait constituer un élément majeur de l’identité de la zone. Elle devrait appartenir à la communauté. Au contraire, l’institution en est chassée.

Si l’UEBH est forcée d’abandonner son quartier général après 78 ans, à qui la faute ? À l’institution qui n’a pas su intégrer la communauté dans ses projets ? À l’État qui a failli à sa mission de protéger les vies et les biens ? Chacun peut avoir ses réponses à ces questions, mais une chose est sûre, il y a matière à réflexion. Il est évident que notre société est en pleine déchéance. Cela ne date pas d'hier. La maladie s’aggrave. Les crimes horribles qui endeuillent les familles haïtiennes au quotidien en sont la preuve. L’État, à travers ses institutions, peine à protéger la société des dérives. L’État est visiblement en faillite.

La faillite de l’État se répercute sur tous les autres secteurs de la société. L’école, qui devrait former les citoyens de demain, peine à jouer son rôle. Même si on n’a pas de statistiques, on sait que beaucoup d’écoles sont dans la même situation que la mission de l’Union évangélique baptiste d’Haïti. Elles sont obligées d’emménager dans d’autres quartiers à cause de l’insécurité. Des églises, des entreprises privées et publiques sont dans la même situation. Même la police refuse de s’établir dans certains quartiers.

Face à un tel scénario, une réflexion profonde sur nos institutions s’impose. Nous devons divorcer d'avec la pratique de créer des institutions parce que les bailleurs de fonds les financent. Nous devons cesser de recopier ce qui se fait à l’extérieur juste pour nous montrer à la mode. Nous devons créer des institutions prenant en compte notre réalité et nos problèmes.

Au cours des trois dernières décennies, le pays a construit beaucoup d’écoles à tous les niveaux. Les universités ont poussé comme des champignons, mais nos problèmes s’aggravent. Cela devrait nous interpeller. Ce qui se passe dans le secteur éducatif se répète dans tous les autres secteurs d’activités. Nous avons augmenté significativement le nombre de policiers ces dernières années, mais les gangs se multiplient. Nous avons construit des hôpitaux et augmenté l’offre de formation dans le domaine médical, mais cela n’a pas de répercussion ni sur la qualité des soins ni sur la couverture sanitaire. Nous devons prendre le temps de chercher l’erreur. Il ne suffit pas de créer des institutions, elles doivent aussi avoir des impacts. Elles doivent pouvoir participer à la transformation de la société. Ce qui arrive à la mission de l’Union évangélique baptiste d’Haïti (UEBH) doit nous interpeller.

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