Du sang neuf pour la PNH

Publié le 2020-11-17 | Le Nouvelliste

Le nouveau directeur général de la Police nationale d’Haïti a passé une partie de sa première nuit sur ses deux pieds. Dans les rues de la région métropolitaine. Il inspectait son nouveau territoire. Évaluait ses responsabilités. Et le dispositif dont il hérite.

Le chef de la police a ainsi lancé son nouveau mandat à l’ancienne. Avec une action qui lui donne de la visibilité aux yeux de la population et de la proximité avec ses agents.

Le ministre de l’Intérieur et des Collectivités territoriales est lui aussi souvent dans les rues, le soir. Pour des patrouilles. Avec grand renfort de policiers et de journalistes. Là encore, la communication et l’action vont de pair.

Reste à savoir qui et où s’écrit la doctrine de la PNH sur chaque aspect de sa mission et pour chaque problème auquel est confrontée la population. Dans chaque segment de territoire.

Ça, on l’ignore.

Personne ne communique ni l’ensemble des doctrines ni des indices pour laisser croire qu’il en existe.

La police agit pour protéger et servir. On doit se contenter de cette promesse.

Prenons les véhicules blindés. La dernière fois qu’on en a acheté remonte à cette année. Visiblement, ce n’était pas le bon modèle. Pas celui qui répond aux terrains ni aux situations auxquelles sont confrontés les policiers. Qu’est-ce qui va changer en la matière dans les prochains mois pour augmenter l’efficacité des forces déployées sur les théâtres d’opérations ?

Prenons le traçage des téléphones. Existe-t-il des moyens techniques ou un service en place chez les opérateurs Digicel et Natcom qui, sous contrôle judiciaire, agit pour exploiter systématiquement les outils télécoms ?

Prenons l’emplacement des commissariats, sous-commissariats et conternariats. Combien pour combien d’habitants dans les grandes villes ou dans les sections communales ? L’existence ou la construction d’un poste de police est-elle simplement le fruit des dons ou se fait-elle au gré des désirs des bailleurs ou suivant un plan d’expansion réfléchi?

Prenons la personnalisation des responsables au sein de la police. Depuis quelques années, tout est mis sur le dos du directeur général en poste en attendant qu’il s’effondre. Qui peut citer les noms des responsables des principaux corps spécialisés ou commissariats ? Qui connaît le responsable de police de sa zone ? Pourquoi il n’existe pas de vedette dans les rangs de la PNH, sauf pour de mauvais motifs ? Où la police honore-t-elle les nombreux policiers tombés en service ou dans le cadre de leur travail ? Quelle est la dernière fois et combien étaient les policiers décorés pour leur bravoure ou leur résultat ?

Qui se rappelle la dernière fois une autorité a annoncé un vrai plan pour mettre à la disposition de la PNH cent, deux cent, cinq cent millions de dollars pour qu’elle paie mieux ses troupes, forme mieux ses recrues, équipe correctement ses unités, dote un fonds important pour aider les policiers et leur famille et financer leur retraite ?

Le nouveau directeur de la PNH va-t-il passer son temps à refaire ce qu’il avait fait en 2004-2005 ou va-t-il apporter du sang neuf à la PNH au bénéfice de la population et du pays ?

Léon Charles ne pourra rien réussir seul. L’échec des derniers DG de la PNH venait souvent du fait que chaque policier et le directeur général en poste craignaient de voir un remplaçant potentiel en chaque frère d’armes.

Il faut à la PNH de la cohésion et un esprit de corps. Il lui faut des objectifs sur des temps longs et aussi des moyens et le respect d’une ligne qui respecte l’essentiel : une police au service de la justice et du respect des droits humains.

Frantz Duval
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