Pour proclamer plus efficacement l’Évangile

Publié le 2020-11-13 | Le Nouvelliste

Le 22 octobre 2020 dernier marqua le cent soixante-seizième anniversaire de la grande déception qu’ont connue les premiers adventistes concernant la seconde venue de Jésus fixée au 22 octobre 1844.

En effet, au cours des années 1840, des prédicateurs à travers le monde entier, convaincus par les réflexions et les écrits de William Miller, proclamaient que la date de la seconde venue de Jésus était fixée à la période de 1843-1844. Selon William Miller, tout comme la première venue du Christ était prédite au chapitre 9 de Daniel, son retour était aussi indiqué dans Daniel 8:14 : «Et il me dit : Deux mille trois cents soirs et matins, puis le sanctuaire sera purifié.» Selon son interprétation, comme la terre doit être le sanctuaire à purifier, cela se fera par le feu lors du retour de Jésus. Les deux mille trois cents jours prophétiques ayant commencé en 457 av.J.-C. (Daniel 9 :25-27) doivent s’achever vers 1843-1844, en considérant qu’un jour prophétique est égal à un an littéral (Ezéchiel 4 :6; Psaumes 90 :4 ; 2 Pierre 3 :8). Les croyants convaincus invitèrent donc les chrétiens à se préparer et les incroyants à monter dans l’arche du salut. Ils retinrent finalement le 22 octobre 1844 comme date fixe de l’achèvement de la prophétie et du retour de Jésus. Des dizaines de milliers de chrétiens que l’histoire appellera plus tard les «Millérites» attendirent patiemment, pleins d’espoir, le jour-J, mais ce fut un jour de vaine attente et de désolation, car Jésus ne vint pas. Ils connurent donc une terrible déception.   

Ce fait représente un événement fondateur de l’Église adventiste. Il reste une période incontournable dans l’histoire de l’Eglise et présente un intérêt prophétique particulier. Les études menées par quelques-uns parmi les déçus révélèrent que la clef de l’énigme de la déception de 1844 et de la prophétie des deux mille trois cents soirs et matins se trouvait dans le sujet du sanctuaire.

Dans les rituels du sanctuaire terrestre dans l’ancien Israël, le souverain sacrificateur entrait dans le lieu très saint du sanctuaire une fois par an pour faire l’expiation annuelle des péchés de tout le peuple et purifier du même coup le sanctuaire (Lévitique 23 :27). La prophétie de Daniel 8 :14 stipule que le sanctuaire sera purifié après la période de deux mille trois cents jours. Il s’agit dans ce verset du sanctuaire céleste, le sanctuaire véritable qui a été dressé par le Seigneur et non par une main d’homme (Hébreux 8 :2). Après avoir accompli sa mission sur la terre, le Christ fut enlevé au ciel pour intercéder auprès du père en faveur de ceux qui réclament le pardon de leurs péchés au prix des sa mort comme agneau sacrificiel. Ce travail se terminera lors de sa seconde venue. Donc,  entre sa mort et son retour, il joue le rôle de grand prêtre dans le sanctuaire céleste. La prédiction de la prophétie de Daniel 8 :14 ne prévoyait donc pas le retour de Jésus pour purifier la terre à la fin des deux milles trois cents jours, mais plutôt son entrée dans le sanctuaire céleste pour la phase finale de son ministère de grand prêtre. Après maintes études, ces croyants se réunirent et constituèrent, quelque temps plus tard, le noyau de la première église adventiste du septième jour qui attend le retour du Seigneur.

Le jeudi 22 octobre 2020, le groupe Art’Ethos, constitué de jeunes des églises de Golgotha et de Jérusalem de Bizoton 53, de Jéricho de Belle étoile (Bizoton 51) et de l'Église de l'UNAH (Université adventiste d'Haïti) a donné une représentation théâtrale de cette tranche de l’histoire de l’Église adventiste sous la forme d’une lecture scénique. C’est une pièce écrite par Marc Cleevens Anténor, elle a été lue en version haïtienne et la lecture a duré une vingtaine de minutes. Les acteurs ont incarné les principaux personnages millérites ainsi que certains moqueurs qui représentent tous ceux qui passaient en dérision le message des millérites. Les jeunes en ont profité pour faire passer le message du retour imminent de Jésus. Ils ont aussi insisté sur la nécessité de ne fixer ni jour ni date pour sa venue, mais plutôt de s’y préparer chaque jour et de faire de chaque jour le dernier comme si le Christ devait revenir aujourd’hui même.

Le langage artistique est l’un des moyens pouvant faciliter la réception et la compréhension d’un message à un auditoire étranger à la culture du messager. La prédication devient plus attrayante lorsque quelque chose de visuel est ajouté que lorsqu’elle est présentée comme un simple monologue derrière la chaire. Mais, aujourd’hui,  l’utilisation du medium de communication théâtrale pour la prédication et l’enseignement spirituel est controversée.

Une simple observation de l’aspect artistique de la vie de l’Eglise  nous fera remarquer que la musique et le chant sont presque les seules forme d’expression artistique pratiquée et mise en valeur au sein des Églises adventistes ; avec une minime considération pour la poésie (le slam) et les sketches. À une époque où les cultures se développent et se rencontrent plus facilement, la diversité des talents ne pourrait-elle pas favoriser une proclamation de plus en plus efficace  de l’Evangile ? Ne serait-il pas profitable d’utiliser une plus large palette d’expressions artistiques pour une meilleure diffusion du message et de la philosophie adventiste ?

Plusieurs leaders religieux se dressent pourtant contre l’utilisation de ces formes artistiques dans les assemblées, arguant que les images sont interdites par le deuxième commandement et devraient donc être bannies de l’Eglise. Mais l’écriture montre dans plusieurs passages que Dieu lui-même a utilisé des images pour éclairer ses prophètes. À maintes reprises, ces derniers ont commencé avec la description d’une scène que Dieu leur avait montrée en déclarant : «J’ai vu».

Ellen White a commenté ce fait en déclarant que «le deuxième commandement interdit le culte de l’image. Dieu lui-même a employé des images et des symboles pour représenter à ses prophètes les leçons qu’il voulait qu’ils donnent au peuple, et qui pourraient ainsi être mieux comprises que si elles étaient données d’une autre manière. L’histoire prophétique a été présentée à Daniel et à Jean sous forme d’images et de symboles». Il est aussi important de souligner l’utilisation fréquente des paraboles par Jésus lui-même lors de ses différents discours au peuple. Il a raconté des histoires et peint des images mentales pour enseigner des vérités spirituelles. Nous devons également mentionner la construction et l'esthétique du sanctuaire de Moïse présenté comme étant une «œuvre d’art» dans le livre de la Tragédie des siècles (p. 362, 363). À noter que ce sanctuaire est utilisé comme étant une «image» de ce qui se trouve dans les cieux. Cela implique donc que les pratiques et les rituels réalisés quotidiennement dans le sanctuaire par les sacrificateurs et le reste du peuple font de ces derniers les acteurs d’une pièce de théâtre représentant le travail du Christ dans le sanctuaire céleste. Tout cela constituait une mise en scène de l’histoire du salut, dépeignant la venue de l’agneau de Dieu qui devait ôter le péché du monde. Donc, la représentation imagée et la représentation théâtrale constituent bel et bien quelques-unes des méthodes de communication que Dieu lui-même a privilégiées dans sa communication avec l’homme à travers l’histoire. Tout cela laisse comprendre que «le génie artistique est une manifestation de la sagesse divine» (TDS, p.363).

Par ailleurs, nous ne pourrions ne pas reconnaître que tout ce qui peut être utilisé pour le bien peut l’être également pour le mal et peut en conséquence être efficace tant positivement que négativement. Si l’objectif final est de nourrir l’orgueil et tend à faire oublier Dieu et à perdre de vue les intérêts éternels, ce sera pour satan une occasion de lier ses chaînes autour de l’âme ; mais lorsque par contre le talent artistique est utilisé pour élever l’âme vers les choses célestes et éveiller ses intérêts vers les sujets qui mènent au salut, il devient une occasion pour le Saint-Esprit de toucher des cœurs qui autrement ne reconnaîtraient pas être sur le chemin de la perdition. Le souci n’est donc pas dans l’art lui-même, mais plutôt ce que le théâtre comme représentation artistique tente de représenter. Il nous faut condamner l’art qui cherche à exciter la passion et glorifier le vice, celui qui proscrit le respect et l’observation des principes et qui  détourne l’attention du bien et de la vertu.

Comme l’a écrit la sœur White, «Le drame en lui-même n’est pas la principale préoccupation mais les valeurs que ce dernier cherche à représenter».

                        

Louis-Jacques Arbentz Auteur

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