Johnson Sabin nous invite à son « Pèlerinage »

PUBLIÉ 2020-10-27


Ce 29 octobre s’ouvre à la Maison Dufort, dans le cadre des Jeudis de l’art contemporain, « Pèlerinage, un cheminement entre deux mondes », la toute nouvelle exposition du photographe Johnson Sabin. Pour le photojournaliste, il est question pour de mettre en lumière les mauvaises critiques que l’église catholique orchestre contre les pèlerins vodou qui sont pourtant ses plus grands donateurs durant les fêtes de saints patrons. Il questionne aussi le fait pour les Vodouisants de persister au lieu de construire leur propre lieu de culte. 

Des propos attribués au cardinal Chibly Langlois il n’y a pas longtemps, à savoir qu’on ne peut être catholique et vodouisant en même temps avaient fait scandale en tombant dans des oreilles comme celles de Johnson Sabin qui a toujours vécu avec un pied dans chacune de ces deux religions.

« Ayant grandi à l’avenue Poupelard, mes parents m’enjoignaient d’aller à l’église chaque dimanche. J'étais enfant de chœur, j’aurais pu devenir prêtre si j’avais la vocation. Cependant, chez moi, je voyais mes parents pratiquer le vodou. En grandissant j’ai compris que cette injonction de fréquenter l’église était une façon pour mes parents de m’éloigner des séductions du banditisme qui commençait à prendre chair dans le quartier », explique-t-il.

Le photojournaliste qui a à son actif le succès d’une exposition itinérante baptisée « Vivants » qui est passée dans plusieurs villes de France dont Saint-Etienne, Saint-Brieuc, Nantes et en banlieue parisienne aura trouvé l’inspiration au Cap-Haïtien où il a travaillé durant 3 ans. Le Jérémien, pendant ses heures libres, s’est donné le plaisir d’aller photographier des scènes du quotidien dans les lieux mystiques dont regorge la deuxième ville du pays. C’est en ces lieux qu’il prend goût au pèlerinage. L’homme qui travaille pour une agence turque, sait que pour ne pas se perdre dans tout travail se rapportant à la documentation ou au journalisme, il se doit d’être anglé. « Ne voulant pas me fermer à l’angélisme au risque d’avoir un sujet plat, j’ai noté d’emblée ce rejet  de l’église catholique contre les pèlerins vodou qui pourtant leur apportent les dons en espèces et en nature les plus importants », poursuit le photographe. La collection questionne aussi le fait que le secteur vodou ne construit pas ses propres temples pour mettre fin aux critiques. 

Durant trois ans alors, il a suivi le circuit des fêtes patronales d’envergure qui part du Trou-du-Nord le 24 juin, le solstice d’été, la solennité de la Saint-Jean pour aboutir au début de septembre au bord de mer de Limonade, en passant par Saut d’Eau le 16 juillet, fête du Mont-Carmel, La Plaine Du Nord, le 24 juillet Saint-Jacques Majeur et Sainte-Anne à Anse-à-Foleur et Limonade. Les pèlerins se reconnaissent selon lui par leurs habits de vœu aux couleurs des divers saints qui se réprouvent dans le parcours. Ils sont pour la plupart des paysans auxquels se joignent de plus en plus de Port-au-Princiens qui sont surtout attirés par le plaisir dans les hauts lieux mystiques ou par désir de farniente. Les homosexuels sont en grand nombre dans ces processions et ne sont pas malmenés a priori dans ce cadre-là. Les demandes sont en général pour avoir une meilleure récolte l’an prochain, pour la santé d’un proche, pour l’obtention d’un visa, pour avoir un tap-tap... Il y en a aussi qui viennent dire merci pour une grâce obtenue. Il y en a de ces nomades qui dorment sous un camion, ou bien devant l’église. Il y a aussi des plus fortunés, comme cette mambo venue de Boston avec des body guards et qui s’est offert une chambre dans un hôtel chic du Cap. Il y en a qui explorent le créneau AirBNB.

Par ailleurs, Johnson, qui dans une autre vie a été homme de théâtre, a abandonné ce secteur puisqu’il l’estimait hermétique. « Il ne donne pas autant de liberté. Cela me coûterait plus de temps et d’argent pour camper ce travail en pièce de théâtre », dit-il. Lui qui estime avoir tant à dire notamment sur cette guerre de l’église contre les pratiquants du vodou. Il nous invite donc à le retrouver ce 29 octobre à la Maison Dufort pour discuter, partager et apprécier un travail auquel il a mis son cœur.



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