Assaf, graffeur engagé

PUBLIÉ 2020-09-14
Que ça soit pour parler d’injustice, rendre hommage à des êtres d’exception ou encore mobiliser contre la pandémie du coronavirus, Assaf n’exprime ses convictions qu’à travers ses graffitis. Pour lui, un artiste qui évolue en Haïti ne peut qu’être engagé et ne doit jamais avoir peur.


Assaf, de son vrai nom Hamson Elysée, est un graffeur « tranquille », comme on l’a décrit ici dans nos colonnes il y a plusieurs mois. Mais quand on regarde de plus près, il est bien plus que ça. Il n’est pas dans l’art pour l’art. Si la tranquillité s’impose comme la finalité de chacune de ses œuvres, il ne faut pas croire que l'artiste vit comme un illuminé au point d’ignorer la rudesse de la vie... particulièrement en Haïti. La tranquillité qu’il désigne par le mot « sakinah » (en arabe) est un idéal dans la religion musulmane qu’il pratique mais pas une réalité quotidienne, d’où la nécessité selon lui de partir à sa quête surtout quand on vit en Haïti. En plus, Assaf, son pseudo, signifie « combattant » dans la langue de Kalil Gibran.

À ce titre, le graffeur ne reste point insensible par rapport à l’actualité, mais aussi aux luttes à mener tant localement qu’internationalement qui l’interpellent. « Mon objectif à chaque fois c’est de parler tant du grave que du léger avec une invitation à la tranquillité », dit-il. Toutes ces dernières années marquées par des crises incessantes se retrouvent donc dépeintes par Assaf dans ses fresques qui se multiplient dans le pays. Que ça soit en solo ou avec des potes graffeurs et d'artistes d’autres disciplines, Assaf répond toujours à l’appel quand il s’agit d’enjoliver nos murs.

Au fort de la crise du coronavirus, il part à Ouanaminthe et à Malpasse pour exprimer en images, avec le soutien de l’OIM, les mesures essentielles pour ne pas attraper la Covid-19. À Port-au-Prince, il a collaboré avec Aton (Thony Loui ) pour dessiner sur des murs la super-héroïne Tanama, qui s’érige comme une entité en guerre contre cette maladie dans le pays.

Les droits humains se retrouvent dans ses priorités également. Avec des collègues, dont Rayza, Silva, et le soutien de la Fokal, il a rendu hommage il n’y a pas longtemps à Vladimir Legagneur et Régina Nicolas, deux victimes à qui on n’a toujours pas rendu justice.

A Port-au-Prince, au Cap-Haïtien et aux Cayes, il a collaboré avec Jerry et Gary sur un autre projet sur la Constitution. Lui, particulièrement, a choisi de travailler sur le thème « Konstitition pa jwèt ». Il l’a traduit en un énorme dessin d’une main manipulant un livre qu’on peut admirer sur la route Bourdon.

D’autres thématiques plus personnelles comme la mort de Kobe Bryant, son idole, l’ont inspiré. « Au moment où on le réalisait à Turgeau, le phénomène du kidnapping battait son plein, mais on s’était dit qu'il fallait aller jusqu’au bout », révèle le graffeur.

Il a choisi, dans le cadre de la dernière édition du Festival Graffiti, de rendre hommage à Toni Morisson qui venait de nous quitter à l’époque. « On était en train de graffer et des gens qui brisaient tout sur leur passage se sont amenés. On a alors plié bagage pour nous réfugier quelque part afin d'attendre qu’ils partent. On a repris notre travail une fois qu’on a compris qu’ils étaient loin », se souvient l’artiste.

Durant ces jours troublés, en guise de clin d’œil au mouvement Black Lives Matter, il est en train de peaufiner un portrait de George Floyd et un autre de Jacob Blake. Il n’oublie pas non plus une fresque à la rue Bécassine où il entend restituer le fait que Boukman et Makandal ont été tous deux imams, d’après ses dires.

À la question « comment vis-tu en tant qu’artiste par un temps si bouleversé ? », Assaf répond ainsi : « Je m’abstiens d’avoir peur car la peur paralyse. La peur, normalement, devait être dans le camp de ceux qui créent la panique. » Il ajoute aussi que ces bouleversements peuvent servir de motivation à tout artiste qui peut relativiser comme lui.

À nous tous, le graffeur souhaite la sérénité pour traverser comme il faut cette vague de difficultés, mais aussi nous demande d’exiger à ceux qu’on élit de prendre leurs responsabilités.



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