Coupe du Monde 2022

Alex Christian Jr : « Si on se met au travail, on peut se qualifier pour 2022 »

Le latéral gauche de la sélection nationale haïtienne Alex Christian Junior a remporté le championnat d’Arménie de D1 2019-2020 avec son club. Pour Le Nouvelliste il fait un petit retour sur la saison, sur sa carrière, sur les éliminatoires de la Coupe du monde 2022 sans omettre les hauts et les bas de la sélection nationale haïtienne sous la férule de Marc Collat 2e version.

Publié le 2020-08-07 | Le Nouvelliste

Alex Christian junior : Salut M. Enock Néré. Je salue en passant toute la salle des nouvelles du Nouvelliste, la section sportive de la radio Magic 9 où vous travaillez ainsi que le staff de Ticket Magazine avec lequel vous contribuez à réaliser un excellent travail en Haïti.

E.N. : Ça fait plaisir d’apprendre que vous avez remporté le championnat arménien de D1. Pour les lecteurs, veuillez préciser d’abord le nom de votre équipe et comment s’est terminé le classement à l’issue de la saison.

A.C.Jr : Pour ceux qui ne me connaissaient pas, je suis Alex Christian Junior, fils de Alex Christian, né le 5 décembre 1993 à Carrefour, donc 100 % carrefourrois. Comme vous l’aviez appris, je viens de remporter le championnat arménien pour la 2e saison consécutive avec le FC Ararat qui est actuellement la meilleure formation du pays depuis deux saisons.

E.N. : La D1 arménienne a la particularité, cette saison, de compter plusieurs haïtiens, quelles sensations éprouvez-vous avec cette particularité d’avoir remporté une compétition à connotation haïtienne ?

A.C.Jr  : En effet, j’ai demandé à mon manager de travailler à ce que deux Haïtiens puissent venir disputer le championnat de D1 surnommé « The League » cette saison. Il s’agit du Mirebalaisien Jonel Désiré et de l’ex-joueur de l’ASC, Jimmy Band Alexis. Il est parvenu à les faire venir et même s’ils ont fait un début de saison difficile, ils ont pu trouver leur marque en cours de saison et ont fait une bonne compétition. Cela augmente un peu mon plaisir de remporter le championnat avec des joueurs de ce calibre en face.

E.N. : Les confrères plus expérimentés vous ont vu évoluer à l’ASCAR, puis au Violette Athlétic Club, pour le public en général, mes lecteurs et auditeurs en particuliers, retracez un peu le parcours d’Alex Christian Junior.

A.C.Jr  : Mon parcours n’est pas de tout repos et est empreint de beaucoup de travail et de sacrifices. J’intègre Jacot Football Passion dès l’âge de 6 ans ; j’y ai fait toutes mes gammes jusqu’à l’âge d’intégrer l’ASCAR où j’ai évolué pendant 4 saisons avant de rejoindre le Violette Athlétic Club pour une saison. En 2013 alors que j’étais en vacances à New York, j’ai disputé une rencontre de la compétition communément appelée « Madan Gougous » mettant aux prises Saint-Marc et La Gonâve dans le New Jersey. Ma formation, Saint-Marc, l’avait remportée 2-1 et j’avais inscrit le but de la victoire. À l’issue de la rencontre, un monsieur s’est approché de moi et m’a demandé si je voulais travailler avec lui comme agent, j’ai accepté et 10 jours plus tard il m’a dégotté un petit contrat en D3 dans un club surnommé Arround Bound pour deux mois. J’ai joué 9 matches, inscrit 4 buts et offert 6 passes décisives. Cela a suffi pour qu’il m’emmène sur le marché européen en compagnie d’un autre compatriote, Christiano François. Direction Vila Real Sport Club du Portugal. J’ai passé un stage réussi en janvier 2014 et le club a décidé de m’engager pour une saison. J’ai disputé mon premier match le 8 mars 2014 avec ce club portugais et entre le 8 mars et le 15 mai 2014, j’ai disputé 15 matches pour 9 passes décisives. Là c’est le Boavista Porto qui m’engage en été 2014, mais ce qui dérange, j’ai vécu une saison difficile en D1 ; j’ai dû retourner en FC Vila Real en été 2015 pour avoir plus de temps de jeu. J’ai disputé 29 matches lors de la saison 2015-2016, ce qui m’a mis en jambe pour pouvoir retourner au Boavista. Cependant l’arrivée d’un nouveau coach au Boavista seulement deux mois après mon retour alla tout changer puisqu’il était encore plus difficile pour moi de devenir titulaire. Alors je suis allé en prêt au AD Camacha en 2e division B portugaise. J’y ai joué 24 matchs et le club a fini sur la 3e place du podium à l’issue de la saison avec pour moi une fin de contrat avec le Boavista. J’ai trouvé un contrat au FC Gandzasar en D1 arménienne ; j’imaginais que ce serait bien pour moi dans tous les sens sur le plan économique d’abord, ensuite sur le plan sportif puisque le club allait disputer les barrages en Europa League et j’aurais beaucoup plus de temps de jeu en plus. Je suis donc parti pour l’Arménie après 3 saisons au Portugal. Arrivés en Arménie, nous avons disputé les barrages pour l’Europa League et nous avons été sortis au second tour des barrages. J'ai disputé la saison au sein de cette formation et j’ai inscrit 10 buts pour 11 passes décisives. Un club ukrainien, 2 clubs turques, 2 clubs grecs sont venus me relancer mais mon contrat s’étendait sur 18 mois, je n’ai pas pu me libérer donc je suis resté. La seconde saison, nous avons remporté la D1 du pays ce qui constituait le premier titre de l’histoire du club. Vous imaginez ce que cela signifiait pour les fans et le club. L’Ararat, un autre club du pays m’a engagé pour deux saisons (18 mois là-bas) et c’est avec l’Ararat que j’ai remporté la compétition deux saisons d’affilée. En un mot je suis là-bas depuis 4 saisons (36 mois) et j’ai remporté 3 titres de rang avec deux clubs différents. Sans omettre une super cup, ce qui fait 4 trophées en 3 ans.
E.N. : Dans un avion quienmenait la sélection nationale haïtienne disputer un match amical contre le Japon en octobre 2017, j’ai été étonné de voir combien vous mettiez d’ardeur à étudier les langues. Combien de langues parle Alex Christian Junior aujourd’hui ?
A.C.Jr : Pour le moment je parle le créole, le français, le portugais, l’anglais, un peu de russe, un peu d’arménien et un peu d’espagnol,
 E.N. : Quel est votre passe-temps quand vous ne jouez pas au football ? Quand je ne suis pas sur un terrain de football, je consacre mon temps à ma famille. Ensuite je lis beaucoup, je me donne pour obligation de lire un livre par mois et en plus je suis chrétien, donc je lis beaucoup ma bible.
E.N. : Alex Christian Junior est-il marié ? Fiancé ?
A.C.Jr  : J’ai une fille de deux ans qui est née en France mais qui vit avec ma femme et moi en Arménie. Quand ma femme et moi nous sommes rencontrés, elle avait un fils, ce qui fait que nous avons deux enfants. Seulement vous avez parlé de mariage, ce qui diffère un peu en Europe. Ma femme et moi sommes fiancés, ce qui nous autorise légalement à vivre ensemble en attendant de passer devant le maire.
E.N. : Vous faites partie des rares Haïtiens à sortir directement d’Haïti pour intégrer l’Europe. Racontez le cheminement qui vous a amené là où vous êtes ?
A.C.Jr  : Beaucoup de gens peuvent dire ou penser par exemple ce qui est bon ou mauvais. Mais je parle en connaissance de cause et je trouve que le niveau du football arménien est bon et que depuis les 3 ans que je suis ici, je crois avoir beaucoup progressé dans mon jeu.
E.N. : Champion à l’issue d’une saison difficile et sans doute on a des yeux sur vous. Planifiez-vous de partir ou de rester ?
A. C.Jr: Pour le moment, je laisse à mon manager le soin de gérer ce genre d’histoire. Il ne m’a pas encore dit que d’autres clubs sollicitent mes services. Le plus important pour moi, pour le moment, c’est une qualification pour la Champions League 2020-2021 ou même l’Europa League 2020-2021. Nous allons disputer des qualifications et je suis impatient de retrouver ces qualifications.
E.N. : Il y avait beaucoup de jeunes joueurs aussi talentueux, voir plus talentueux que vous dans votre promotion. Comment expliquez-vous votre carrière et leur échec ?
A.C.Jr  : Il y a beaucoup de joueurs talentueux en Haïti, seulement très peu sont forts mentalement. Fort mentalement signifie beaucoup. Cela signifie ne pas avoir peur de souffrir, croire dans le travail et travailler dur, être très discipliné, se souvenir que la carrière d’un footballeur s’étend de 10 à 15 ans et qu’elle requiert le premier plan dans l’agenda de l’athlète. Un jeune joueur doit se souvenir que très peu de joueurs (entre 5 à 10% seulement jouent plus que 15 ans). Beaucoup de jeunes joueurs haïtiens gachent leur avenir juste pour faire plaisir à des gens qui ne se soucient pas de leur carrière et beaucoup d’autres le gachent tout simplement parce qu’ils sont impatients. Ils veulent parvenir au sommet rapidement et tout de suite.
Après le football, je compte devenir préparateur physique, professeur de langues, businessman , bâtir un Union school en Haïti.
E.N.: À l’ASCAR il y avait Alexis Balnet, le tireur de coup franc, Fabio Testi, Louvens Mesidor, Ronald Michel, Monuma Constant Jr pour ne citer qu’eux ; quel est le joueur de l’ASCAR qui vous a le plus influencé et l’entraîneur avec qui vous avez éprouvé le plus de plaisir à travailler ?
A.C.Jr  : J’ai joué avec tous ces joueurs à l’AS Carrefour (ASCAR). Fabio Testi, Alexis Balnet, Mélisca Élivens, Saint-Jean Kerby, Monuma Constant Jr, Angélot Dieujuste…le joueur qui m’a le plus marqué c’est bien Monuma Constant Jr. Il m’a donné confiance en moi. Il m’a dit qu’il était en sélection à l’époque mais qu’après ce sera mon tour avec du travail. Monuma Constant Jr est le seul joueur avec qui j’ai joué et en club en Haïti et en championnat de vacances et en championnat « Madan Gougous » (championnat de vacances aux États-Unis, et en sélection nationale et l’un de mes tout meilleurs amis jusqu’à présent.
E.N. : Celso Saint-Dic, Jean Wisner Derival, Peterson Joseph, Ultergens Saint-Victor, Jonel Désiré sont des joueurs de qui on attendait monts et merveilles alors que des Arcus Carlens et vous, il fallait avoir vraiment l’œil pour nourrir quelques espérances ; comment expliquez-vous la réussite des uns et le flop des autres ?
A.C.Jr  : Je n’ai jamais cru dans le talent des joueurs depuis mon enfance parce que le talent ne suffit pas pour un joueur de football. Pour progresser dans un sport d’endurance comme le football, il faut beaucoup de travail et sans travail, on n’arrivera à rien. J’ai consacré ma vie au football et je sais de quoi je parle. Je suis là où je suis pas surtout grâce au talent mais surtout grâce au travail, à beaucoup de sacrifices et la grâce de Dieu. En ce qui concerne Arcus Carlens, il est l’un des joueurs haïtiens qui croit beaucoup dans le travail et qui est discipliné en plus. Je crois qu’il évoluera en Ligue 1. Sa réussite ne m’étonne pas parce qu’il n’est pas du genre à gamberger en s’appuyant sur son talent mais plutôt quelqu’un qui croit que ce qu’on donne dans un match de football est la résultante du travail qu'on s’est donné le mal de faire à l’entraînement et dans les salles de gym.
E.N. : Comment Alex Christian voit Haïti dans la course pour le Mondial 2022?
A.C.Jr  : Dans la vie tout est possible, tout d'abord il faut y croire et y travailler, je pense que si nous travaillons plus que nous l’avons fait lors de la Gold Cup 2019 nous pouvons nous qualifier pour la phase finale. Seulemen, nous avons besoin de travailler beaucoup et du support de tous les Haïtiens à savoir fanatiques, peuple et gouvernement.
E.N.: Comment avez-vous vécu la Gold Cup 2019 ?
A.C.Jr : La Gold Cup 19 a été un moment exceptionnel de ma carrière de footballeur que je n’oublierai jamais. Nous l’avons jouée avec tout notre cœur, nous n’avions eu peur de personne, nous avons été bien préparés pour la compétition et malheureusement nous avons été éliminés, comme nous l’avions été mais ça, je ne tiens pas à en parler, c’est trop frustrant. Laissez tomber.
E.N. : Comment expliquez-vous le gouffre entre l’Haïti de la Gold Cup 2019 et celle de la Concacaf Nations League?
A.C.Jr  : Notre passage un peu difficile à la Concacaf Nations League avait déjà été expliqué valablement par Marc Collat. Après la Gold Cup 80%, des joueurs de la sélection n’avaient pas encore repris la compétition. Certains étaient sans club. Certains sont retournés trop tard dans leur club et leur entraineur ne leur avait pas laissé une chance de se rattraper. D’autres étaient blessés, donc il y avait trop de choses déréglées par la force des choses qui expliquent nos prestations.
E.N. : Waouh, vous parlez de Marc Collat comme d’un entraîneur que vous regrettez.
A.C.Jr : Je le dis très sincèrement. Marc Collat était un bon coach. Si la Fédération haïtienne de football a décidé de le remercier ou de ne pas reconduire son contrat, je n’ai pas le droit de l’imposer. Seulement, il faudra trouver un qui soit aussi bon que lui et même meilleur.

Propos recueillis par Enock Néré

Enock Néré
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