La conscience de la gravité d’une crise ?

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Publié le 2020-07-23 | Le Nouvelliste

Comme on peut s’en douter, s’agissant de l’œuvre de deux chercheurs, de deux historiens et même de deux grands reporters, je ne puis tout dévoiler, rien que « déflorer ». D’autant que mon intention est de faire ressortir que les comportements immodérés des agents économiques conduisent tout droit à la crise. Et la crise s’accompagne de vents violents qui balaient tout l’édifice économique. Alors, on se fait lanceur d’alerte. On prévient qu’il faut revenir à la mesure. Sans quoi, on risque de terminer la course dans le fossé.

La spéculation effrénée que nous observons à Port-au-Prince est de mauvais augure. Pour inciter les uns et les autres à abandonner « le goût du jeu » (Clément Juglar), nous avons cru indiqué de revenir sur ce qui s’est passé ailleurs et en remontant le temps. De l’histoire financière et économique (et en comparaison), les enseignements sont utiles.

Olivier Marbot et Jacques Trauman semblent scruter l’horizon, les nuages s’accumulent et bientôt la tempête se déchaîne. Mais auparavant, ils étalent les précédents. Le récit « Chicago, 1857 » ponctué du naufrage du Steamship Central America a été entrepris par les deux auteurs de l’ouvrage « Tout vu, rien retenu » pour lancer un cri : Halte-là ! Seulement voilà, il n’est pas certain que les acteurs d’aujourd’hui avaient connaissance de ces faits-là. Il me semble que la plupart en sont informés maintenant à la lumière des recherches effectuées par les historiens tels que Marbot et Trauman. De ce point de vue-là, ceux qui sont mûs par la curiosité (du latin, cura : soin) auraient intérêt à consulter – dans la même veine – deux ouvrages importants :

Jacques Gravereau et Jacques Trauman

L’incroyable histoire de Wall Street

Albin Michel, 2011, 253 pages

Jacques Gravereau et Jacques Trauman (sous la direction de)

Crises financières

Ed. Economica, 2001, 459 pages

Si le second est par endroits technique, le premier est à la portée de tout le monde. Or, dans ce second ouvrage collectif, le titre d’une des contributions « La crise de 1929 et ses enseignements : Avons-nous tout oublié ? Pierre-Cyrille HAUTCOEUR » permet d’illustrer notre propos. L’oubli serait ainsi impardonnable. Tous ces auteurs veulent asseoir l’idée que ceux qui font marcher l’économie (réelle ou spéculative), doivent vivre avec la mémoire. Une mémoire fidèle. Pour ne pas répéter les fatales erreurs du passé. Malheureusement, seuls les scribes, les historiens, les économistes, les professeurs … prennent ce soin-là. Les financiers, les banquiers, les agioteurs, les spéculateurs, les commerçants en denrées alimentaires … ne s’embarrassent pas d’un tel souci. Gagnés par l’euphorie, ils perdent la tête, multiplient les placements risqués, les opérations hasardeuses, et quand la faillite les menace ils appellent de leurs vœux l’intervention de l’Etat. Comme pendant la crise des « savings and loans » (1988) ou celle des subprimes, vingt ans plus tard. Le souvenir de ces « accidents » tragiques remonte à la surface à l’occasion de mers démontées, de bourrasques violentes, de vents en furie. Mais il est déjà trop tard.

Dans le même ordre d’idées, on ne retient que ce qu’on a appris. La contribution de Virginie COUDERT « La crise des savings and loans aux États-Unis: Comment persister dans l’erreur » ou celle de Jean-Claude BOURDAIS « La crise immobilière à Paris: Tout vu, rien appris ? » (in Crises financières, ouvrage déjà cité) participe de la même présomption. Justement, les lanceurs d’alerte présument de la fidélité de la mémoire des opérateurs qui misent sur la finance spéculative. Cela ne se passe pas ainsi. Quand la crise éclate, on fait son mea culpa avec le secret espoir que la Banque centrale et l’État (fédéral ou local) voleront au secours des « naufragés ».

En définitive, la connaissance du passé n’est point le gage de conduites modérées. La tentation d’un enrichissement rapide habite l’agent économique, la crédulité fait le reste, je veux dire: l’enfonce inexorablement dans l’abîme. En 2020, au pays d’Haïti-Thomas, personne n’ignore les effets dommageables de la dollarisation puisque l’alerte a longtemps déjà été lancée. Cependant, tête baissée les spéculateurs continuent à soupirer après les dollars que nous n’imprimons pas. Fragilisant à chaque jour qui passe la gourde, devenue monnaie de singe. La menace de la débâcle est suspendue sur nos têtes, pour l’instant on joue à l’autruche.

Jean-Claude Boyer

9 juillet 2020

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