Les défis de l’éducation aux droits humains en Haïti

Publié le 2020-06-22 | Le Nouvelliste

Introduction

    La situation des droits de l’Homme en Haïti présente un tableau très sombre avec une ponctuation particulièrement fixée sur les conditions de vie insupportables des citoyens, notamment les groupes vulnérables. En dépit des engagements conventionnels pris par Haïti tant sur le plan régional (système interaméricain de protection des droits de l’homme) qu’universel (système onusien de protection des droits de l’homme) visant à faciliter l’effectivité des droits de l’homme dans son ensemble, il s’est averé que ces outils se sont confrontés à des difficultés qui ont une grande incidence sur l’application réelle de ces droits. À ce titre, faudra-t-il parvenir à l’éducation aux droits humains comme assise de l’effectivité des droits de la personne en Haïti ? Quelles solutions envisageables aux défis de l’éducation aux droits humains en Haïti? Ainsi, face à une telle ambiguité, il convient de relever des défis qui passeraient évidemment par la mise en oeuvre des politiques publiques, de la prise en compte du rapport culture et droits de l’homme, du renforcement institutionnel pour que l’éducation aux droits de l’homme soit la base fondatrice de la protection effective des droits de la personne en Haïti.

La mise en oeuvre de politiques publiques axées sur les droits de l’homme

     Il y a lieu de constater aujourd’hui l’existence d’un déferlement accéléré des valeurs liées à la dynamique de l’évolution des droits de l’homme. Les interrogations, à ce propos, demeurent donc multiples en raison de son caractère potentiellement en péril, si l’on veut s’en tenir aux différents impacts que cela peut engendrer au niveau interne. Cela dit, il est évident de penser ou même croire, à la lumière des observations appuyées sur des études teintées d’objectivité, que la problématique du développement des droits humains résulte en tout état de cause de l’absence d’une bonne éducation enracinée dans une approche de politiques publiques, proposant ainsi un cadre structurel aux actions prises par les autorités directement concernées en cette matière. Autant dire que cette démarche s’assimilerait à la création d’un système à la fois de formation et d’information articulé autour d’un plan intégral et interinstitutionnel afin de pouvoir adresser efficacement ces défis.

II. L’aménagement du rapport culture et droits de l’homme en Haïti

     Le respect des valeurs culturelles n’est pas un voeu pieux, c’est, de toute évidence, la prise en compte du terrain : des personnes, de leurs institutions, de leurs pratiques et surtout de leurs capacités à être les auteurs du développement compris dans toutes ses dimensions. Aussi, l’éducation, étant un droit culturel fondamental conformément à la description faite dans l’un des deux pactes jumeaux du 16 décembre 1966, en l’occurrence le pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, se devait d’être une préoccupation sympathique interpellant à cet effet toutes les bonnes consciences de la nation, notamment celles des acteurs étatiques, inclus la société civile dans son entièreté sur la nécessité d’un modus operandi. Il peut sembler complexe étant donné l’urgence de l’heure, mais il n’en demeure pas moins que ça soit l’option raisonnable à saisir car, dit-on, c’est une question dont l’objet supposerait un traitement à la fois célère et prioritaire.  

Le renforcement des institutions intervenant dans le domaine des droits de l’homme

       Il serait quasiment improbable de parler de renforcement des institutions oeuvrant dans le domaine des droits de l’homme en Haïti sans se permettre d’analyser la situation actuelle de l’État de droit en s’offrant quelques petits instants d’évaluation. Aujourd’hui, les institutions de sécurité, de protection et de contrôle, tant nationales que locales sont complètement affaiblies voire inexistantes. Il faut un recadrage systématique des textes ainsi que des mécanismes garantissant la conformité des règles de droit aux principes des droits de l’homme. Aussi, il convient d’insister sur la nécessité de la dynamisation de certaines institutions étatiques comme par exemple l’Office de Protection du Citoyen (OPC) dont la mission est exclusivement consacrée à la protection du citoyen au terme de la Constitution de 1987 amendée. Sans négliger d’autres institutions non étatiques qui sont pour la plupart des organisations de la société civile, les médias, la famille, les organisations qui, doivent bénéficier des assistances techniques afin de pouvoir maintenir sinon consolider leur programme de sensibilisation et de protection en matière des droits de l’homme. C’est en ce sens que l’article 10 de la Déclaration des Nations Unies sur l’éducation et la formation aux droits de l’homme (A/RES/66/137) dispose que : 1. Différents acteurs au sein de la société, notamment les établissements d’enseignement, les médias, la familles, les communautés locales, les institutions de la société civile, dont les organisations non gouvernementales, les défenseurs des droits de l’homme et le secteur privé ont un rôle important à jouer dans la promotion et la prestation de l’éducation et de la formation aux droits de l’homme.

2. Les institutions de la société civile, le secteur privé et les autres parties prenantes concernées sont encouragés à dispenser à leur personnel l’éducation et la formation aux droits de l’homme voulues.

Tenant compte de ces différents acteurs qui ont tous un rôle crucial dans la dynamique d’éducation aux droits de l’homme, la stratégie qui doit guider leur action est l’établissement d’un plan national de promotion et de protection des droits de l’homme ainsi qu’un partenariat entre l’État et le secteur privé axé sur l’éducation aux droits humains. Les entreprises ont, au nom de leur Responsabilité Sociale et Civique, leur partition à jouer dans l’éducation aux droits de la personne.

Vers une protection effective des droits de l’homme par l’éducation aux droits humains

 L’éducation aux droits de l’homme élève les êtres humains à la reconnaissance de leurs droits. Plus les êtres humains connaissent leurs droits, plus ils sont conscients de leur dignité humaine. Plus ils sont aptes à faire valoir leurs droits. La protection effective des droits de l’homme par l’éducation aux droits humains implique au premier chef la responsabilité de l’État, ensuite celle de la société civile. La protection effective des droits de l’homme dans le contexte d’Haïti doit nécessairement passer l’éducation aux droits de la personne. On pourra la cerner sous plusieurs angles:

Primo, l’éducation des cadres qui travaillent au sein des institutions étatiques, parce que l’effectivité institutionnelle des droits de l’homme rime avec l’efficacité des cadres des institutions.

Secundo, l’éducation des cadres des organisations de la société civile, qui eux, à leur tour, participeront comme promoteurs essentiels des droits de la personne en venant en aide à leurs propres organisations et à l’État dans les campagnes d’éducation civique et aux droits de l’homme.

Tertio, l’État, comme condition sine qua non de réalisation des droits de l’homme, se doit d’élaborer un plan national des droits de l’homme qui implique la participation de toutes les structures de la société et s’obligera à effectuer annuellement la vérification des engagements pris dans ledit plan en fonction des droits à concrétiser.

Quarto, l’effectivité du cadre institutionnel des droits de l’homme pourra contribuer à celle de l’architecture normative des droits de la personne aux travers des mécanismes régionaux et internationaux de protection des droits de l’homme. L’approche de l’efficacité institutionnelle facilitera une cohérence entre les normes nationales et les normes conventionnelles à ratifier par l’État haïtien afin de traiter avec plus de rigueur les droits de l’homme. Il ne faut pas que les normes relatives aux droits de l’homme en Haïti restent un embellissement juridique, il faut qu’elles soient effectivement applicables pour que les citoyens et les individus soient protégés.

Conclusion

     En guise de conclusion, à l’ère où on assiste à une mondialisation accélérée des droits de l’homme liée aux différents modèles d’approche axés sur le relativisme culturel, l’éducation aux droits humains devient de plus incontournable puisqu’elle concourt à la compréhension de l’universalisme des droits de l’homme et de son applicabilité. Haïti devrait être en passe de tailler sa place dans ce vaste champ universaliste des droits de l’homme où, en fonction des réalités culturelles, tire la sonnette d’alarme pour relever les défis auxquels elle est confrontée en vue d’une meilleure protection des droits de l’homme.

Me Johnny PIERRELIS, Avocat au Barreau de Port-au-Prince, Spécialiste en droit international des droits de l’homme Auteur

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