De 7 février 1986 à nos jours, la République d’Haïti fait un énorme progrès sur le plan socio-éducatif et professionnel. En dépit de tout, la situation socio-économique et sanitaire du pays va de mal en pis. Avec l’apparition du coronavirus en Haïti, comment peut-on éviter une crise humanitaire ?
Le taux de propagation de la Covid-19 est inversement proportionnel au niveau d’éducation sociale et sanitaire d’un peuple. Là, où le niveau d’éducation sociale et sanitaire est très faible, son sous-système d’hospitalier dans le système de santé est agenouillé avec un flot de patients et de décès. Vu que l’approche du soin curatif à lui seul n’est pas la meilleure stratégie pour affronter le coronavirus (par exemple : le Brésil, l’Italie, la France, l’Angleterre, les États-Unis….). Au lieu d’utiliser notre matière grise pour limiter les dégâts, nous avons fait le choix périlleux d’utiliser notre cerveau à singer les solutions adoptées par les pays industrialisés susmentionnés en oubliant que chaque pays à sa propre réalité socio-culturelle et économique.
Connaissant notre réalité, une stratégie multidimensionnelle tout en mettant emphase sur une approche médecine populationnelle peut nous aider à nous en sortir de cette immense multi-catastrophe ou un désastre pluridimensionnel. Ainsi, nous devons agir sur les déterminants sociaux de la santé modifiables (comportement, environnement social et physique) en modifiant et renforçant le style de vie (l’habitude de vie) de chacun de nous et en réorganisant le mode de vie de la communauté haïtienne. Ceci doit se réaliser à travers une nouvelle stratégie communicationnelle-éducative tout en tenant compte de la réalité psycho-socio-anthropologique, communicationnelle et économique de chaque famille dans la localité qu’elle évolue. Nous ne pouvons enlever l’individu dans le processus Individu-Famille-Société. Car, dans la cogestion du coronavirus, l’individu, en tant qu’acteur, doit jouer un rôle très important par le biais de deux types de comportements responsables : l’autogestion de sa santé et l’autodiscipline.
La phase épidémique du coronavirus est moins dangereuse que sa phase endémique. Cette dernière sera un assassin silencieux. Pour éviter le pire, la population haïtienne doit se responsabiliser en donnant priorité aux priorités. Le pays ne peut pas rester fermés jusqu’à la phase finale du coronavirus. Nous devons nous adapter à la Covid-19. Avoir un comportement responsable en matière de santé et économique, réorganiser les services publics et privés : marché, transport, système bancaire, loisirs, église, école, institutions sanitaires…, élaborer une loi-cadre en vue de promouvoir l’instruction à domicile et faire la promotion pour les services cybernétiques tout en les subventionnant. Il faut nous habituer à cette nouvelle normalité.
Le coronavirus n’est pas un danger socio-sanitaire et économique. Néanmoins, c’est la façon dont nous faisons la gestion du coronavirus qui peut lui convertir en un multi-danger. Le modèle des pays scandinaves, l’Allemagne, Ouganda…. pourrait nous aider en l’adaptant à notre réalité par le moyen d’une commission multisectorielle et interdisciplinaire. Car un problème de santé publique ne résout jamais avec une approche classique de santé (une approche 100% sanitaire).
Loubert Montout, MD
Spécialiste en médecine familiale et communautaire (approche médecine populationnelle)