Haïti-Population et santé

Les chiffres et les choses : Entre exceptionnalité et catastrophisme, un débat ouvert dans le contexte de la pandémie du Covid 19 en Haïti?

Publié le 2020-05-22 | Le Nouvelliste

Le présent article s’inscrit dans une démarche de sensibilisation en vue de susciter de débats désintéressés sur la nécessité de prévenir et contrôler le Covid 19.A l’heure actuelle, il est un fait que les pays capitalistes dominants les mieux pourvus de système de santé, selon les classements périodiques des Nations Unies, sont à nu devant l’extension du Covid 19. Entretemps des Etats à tradition de planification centralisée se montrent  plus aptes à contenir cette pandémie D’autres Etats minoritaires non reconnus comme avant-garde dans le domaine scientifique voudraient aussi faire la part des choses sur l’échiquier politico-sanitaire. Sans se vanter de l’exceptionnalité dans les cas de plusieurs Etats de la Caraïbe et de l’Afrique principalementoù l’on constate des avancées dans les pratiques populaires de prévention basées sur les savoirs locaux, il y a lieu de prôner un dialogue entre savoirs endogènes et savoir savant. D’où notre modeste contribution susceptible d’attirer les attentions des uns ou des autres. Dans ce contexte, il est impérieux d’inviter entre autres,  le Centre en Population et Développement associé à un programme de Maitrise en Population et Développement dans les stratégies de compréhension et d’intervention sur les problèmes de population et santé. Cette structure qui est un département d’Etudes supérieures de la Faculté des Sciences Humaines de l’Université d’Etat d’Haïti peut assurer une bonne interface dans un cadre de recherche-action et d'analyse pour faire face au défi de compréhension et d’intervention au problème du Covid19.

En effet, la force de ce programme réside dans le fait qu'il constitue l'un des axes les plus liés à toutes les autres branches du savoir.

Car, avec le Corona virus, toutes les analyses récupèrent les outils de la sociodémographie. En plus des instruments de mesure relatifs au désir de quantifier les victimes de cette pandémie, au moyen de l'estimation des taux de létalité, de morbidité et de mortalité, l'apport de cette discipline est surtout appréciable à partir de l'analyse des inégalités sociales devant la morbidité et la mort liées au COV-19 où les études ont démontré par exemple aux États-Unis, que les afrodescendants qui sont des américains, présentent le taux le plus élevé de létalité et de mortalité.

Ce fait mis en exergue par la sociodemographie devrait attirer l'attention des autorités et responsables des politiques publiques de ce pays sur la prévalence des inégalités sociales dont ont été victimes les afro-américains et la nécessité d'éradiquer les sources de ce phénomène dans un pays considéré comme l'un des modèles de la démocratie occidentale.

En outre, l'importance de l'âge et du sexe a pu se mettre en évidence, sans oublier celle du contexte socioculturel et spatial dans lequel se situe l'analyse du phénomène. Là, se détachent les éléments liés aux savoirs locaux, les pratiques et habitudes en relation à la santé, la prévention et le traitement d'une maladie. L'apport de Madagascar par rapport à l'armoise dans le combat contre la pandémie saute aux yeux en défiant la chronique.

Le Coronavirus Desease 19 dont l’acronyme est Covid-19, en tant qu'objet de la sociodemographie, est la nouvelle maladie infectieuse qui défie la chronique, pour les chiffres inquiétants enregistrés en termes de décès et d’infectés et une extension qui devient bien préoccupante (au 11 mai 2020), les chiffres concernant la population infectée, dépassent les 4 millions d'habitants (4,168,437) et le nombre de décès totalise près de 300 milles 285,145 chiffre qui peut augmenter, car, près de 50 mille individus se trouvent en état critique. Dans ces chiffres, il est curieux de constater que les pays les plus riches et développés présentent 75/100 des infectés et 85/100 des décès (Europe, États-Unis, et Canada). Tandis que les pays d'Amérique Latine et de l'Afrique présentent moins de 10/100 des cas infectés et seulement 7/100 des décès. Dans l'analyse des chiffres, il faut souligner que 75/100 des décès l'ont été aux États-Unis, l'Union Européenne, l’OTAN.  Les pays constituant les top 5 ayant plus d'infectés sont par ordre d'importance : les États-Unis, le Royaume Uni, la Russie, la France et l'Italie.Etles top 5 des pays présentant plus de décès sont: Les États-Unis, le  Royaume Uni, l'Italie, la France et l'Espagne. Tandis que pour la Caraïbe, 1’on enregistre des chiffres non alarmants jusqu'à date, et même en République Dominicaine qui présente plus de 10 mille cas infectés avec moins de 400 décès. Dans les pays comme le Cuba, on a à peine 1,756 seulement 77 décès, pour la Jamaïque, près de 500, et  9 décès, chiffre non important pour le reste de cette région avec 187 pour la Martinique, et 14 décès,  182 pour Haïti avec 15 décès, 154 pour Guadeloupe avec 13 décès, 144 pour Guyane, avec seulement 1 décès 92 pour Bahamas avec 11 morts, 39 pour Saint Martin avec 3 morts et 116 pour Trinidad et Tobago avec 8 décès Ces données indiquent que ces pays semblent mieux s'en tirer que les pays développés et riches.

La Chine où est issu ce virus à partir desa transmission de l’animal (pangolin) à l’homme (Millard, 2020), d’une phase de menace extrême a pu remonter le cap.La logique marchande aurait tenu lieu à faire fi de l’extension macabre de la pandémie du Covid 19 pour sauver l’ordre économique.D’où des perspectives immédiates de déconfinement progressivement programmé dans les pays capitalistes dominants. Les chiffres ne sont assimilés qu’à des marchandises au regard du sens que prend l’objet dans une perspective positiviste selon Mendoza Rangel(1990).En effet, les Etats Unis et quelques pays de l’Europe se trouvent dans une course effrénée,  espérant atteindre le pic dans la fatalité paradoxalement à l’arsenal technico-scientifique à leur disposition. Prenons les chiffres enregistrés au 11 mai 2020,à titre d’exemples pour les taux records d’infectés et de décès, à savoir les Etats Unis avec 1,370,000 cas d’infectés ajoutés de 17,144 nouveaux cas, 80,000 décès et 729 nouveaux cas mortels. Haïti a fermé ses ports avec les Etats Unis qu’en dernier lieu malgré la tendance à une augmentation exponentielle de cas d’infectés au Covid-19 dans ce dernier pays.Au 11 mai  2020, Haïti compte sur les 182 cas testés positifs, 15 décédés, alors que depronostics catastrophiques feront l’affaire d’un pays classé dans la position la plus marginale au regard de l’indice de développement humain, notamment pour sa couverture critique  en services sanitaires en général.Certains tenants de la planification technocratique devraient bien explorer de systèmes intermédiaires ou alternatifs de modélisation. Ce qui n’empêche pas de noter les premières projections alarmantes qui auraient choqué plus d’uns et réconforté d’autres inscrits dans une logique de marchandisation en lieu et place d’une approche humaine.Aussi certains Etats minoritaires d’Afrique dont l’exemple de Madagascar aurait-il osé d’introduire de formules alternatives pour faire face au Covid 19 en dépit de la validation scientifique de mise, en s’assurant de la promotion de pratiques populaires en médecine traditionnelle.Cette démarche n’est pas différente en Haïti sinon de la perspective de la population face au tâtonnement des pouvoirs publics en quête d’une issue plausible.

Pour compléter notre illustration par d’autres exemples, nous voudrions retenir des pays comme l’Espagne et l’Italie entre autres, candidats  au dé confinementimmédiat. L’Espagne a accusé 224,000 cas d’infectés avec 1,533 nouveaux cas, 26,600décès et 164 nouveaux cas mortels. Le dé confinementétait  prévu au 9 mai 2020 dans ce pays. Quant à l’Italie, 219,000 cas d’infectés sont enregistrés, complétés par 1,389 nouveaux cas, 30,565 décès et 174 nouveaux cas mortels. Son déconfinementest déjà effectif au 3 mai.Quant à la Chine, la première source du virus, ellea dénombré 83,959 cas positifs recensés et 4,637 morts soient de chiffres questionnés au regard des accusations de dissimulation.

Dans la caraïbe, il est bien réconfortant de constater une situation où la région comptait au 11 mai un nombre assez faible d'infectés 11,619 cas d'infectés avec seulement 710 décès, nombre très faible aux pays comme St Barthélémy avec 6 cas infectés,  Anguila, avec 3, Saba, Bonaire, Saint Eustache, avec chacun 2 cas, et nul ou zéro décès. Venezuela  ayant présenté 422 cas confirmé, n’a présenté que 10 décès avec 205guéris pour ne citer que ces pays, pour le moment.

Par contre, la République Dominicaine a un bilan relativement lourd en décès dus au Covid 19, ayant présenté près de 400 morts, en dépit de sa proximité immédiate à Haïti qui a une situatin loin de concurrencer son voisin avec seulement 15 décès, soit moins de 4% du total de ce dernier, en dépit des circulations intenses de personnes qui se réalisent quotidiennement et hors contrôle aucun avec des retours volontaires massifs de plus de 8,000 cas recensés par le GARR qui augmente considérablement au début de mai et se situe dans les 23,000 et plus. 22 communes frontalières parmi les plus pauvres avec une faible couverture sanitaire sont exposées au Covid 19 mais avec un tableau rassurant. Faudrait-il se poser des questions sur le développement de la pandémie sans se confiner dans des considérations d’ordre racial, géographique ou caractériel en liens historique avec des rhétoriques de la sécurité nationale. Car, il était bien courant de prôner la guerre contre des épidémies souvent associées à de groupes sociaux spécifiques, à l’aspect de genre, à des identités et descroyances déterminées, aux catégories générationnelles, à des ethnies voire à un peuple dans son ensemble. Le cas le plus récent concerne Haïti dans les années 1980 quand les haïtiens étaient tous étiquetés de porteurs du virus du sida, à qui l’on attribue un H des 4 H (Haïtiens, Homosexuels hémophiles, héroïnomanes). Il est urgent, de nos jours, d’explorer des explications inhérentes à l’exceptionnalité quand  Haïti aurait été au-dessus de la mêlée de modélisation encore injustifiée dans la logique quantitativiste dominante. En effet, parmi les cas inédits quant à l’exceptionnalité à la contamination de la population haïtienne  dans le cadre d’une pandémieon peut remonter au choléra qui durant tout un siècle n’avait nullement infecté les haïtiens sur le territoire d’Haïti. Ce qu’a révélé une étude de la chercheure Deborah Jenson du Duke University dont un extrait a été rapporté par le journal Le Nouvelliste de 2010-11-06 dans un article intitulé « le choléra dans l’histoire d’Haïti ».Dans ce contexte, soit en 1850-1851, Jamaïque avaitpar contre recensé 25,000 à 30,000 décès du choléra, 8% de sa population totale. Des ravages sont aussi constatés à Saint Thomas, Trinidad, Guadeloupe, Cuba et autres points, poursuit Jenson. Ce qui préoccupait beaucoup d’historiens de l’époque à défaut d’explications plausibles quant à l’exceptionnalité du cas haïtien.

 La question de l’exceptionnalité dans les chiffres en lien au Covid19 est sur la sellette et coïncide avec des pronostics catastrophistes dans le style dominant d’analyse classique ou du moins par analogie, servant de « modélisation »Nous avons tiré le passage suivant du journal Le Nouvelliste No 41046 du 24 avril et tenu à le reprendre fidèlement, pour asseoir notre préoccupation à savoir : « ..avait souligné le Dr Jean William Pape, table sur le taux d’infection de 86% de la population, impliquant 426,00 personnes ӑ hospitaliser. Il faudrait 9,000 lits. Le pic serait atteint entre fin mai et début juin. Si l’on dispose de moyens hospitaliers pour tous ces patients, il faudrait s’attendre au moins à 20,000 morts.

Sans les 9,000 lits pour faire la prise en charge, il faudrait compter 5 à 10 fois plus de morts ».L’autre scénario table sur 35% d’infection au sein de la population, l’hospitalisation entre fin avril et aout de 313,000 personnes, la disponibilité de 7,500 lits et 5,700 morts », poursuit le responsable.

Pour ce qui concerne la guerre des chiffres qui existe souvent dans de tels contextes, elle aurait prêté à des intérêts sous-jacents malgré les prétentions scientifiques qu’on y accole. Tout se joue dans la prémisse à la base. On a beau constaté la valeur peu significative de chiffres alors inquiétants de décès dans quelques pays capitalistes dominants appelés au dé confinement immédiat sans avoir encore atteint le pic de la pandémie et à la contenir comme l’avait fait la Chine par exemple. Dans la même lignée, nous avons été témoin dans les années 1990 des débats sur la population des enfants de rue que beaucoup estimaient à plusieurs milliers, ce chiffre était alorscontesté par le Foyer Lakay de Don Bosco dirigé par le père StraAttilo qui l’avait ramené  à quelques centaines. En effet,après enquête,  il a été rapporté que le nombre des enfants de rue ne doit pas dépasser 1,000 à Port-au-Prince intra-muros et se situerait aux alentours de 500(Lofficial, 1998 :30). Le CDRH prévoyait déjà une croissance exponentielle aboutissant à 50,000 à l’horizon de l’an 2,000. « Il y aurait aussi à faire la part d’une certaine vision apocalyptique où, surtout durant la dernière décennie, les chiffres du malheur ont été souvent gonflés... (Ibid., p 30). Par la suite, des formules fourre-tout sont utilisées pour faire la part des choses, à savoir « des enfants en situation particulièrement difficile ».Tout ceci pour justifier la majoration du nombre en la circonstance. Partir de l’idée de dangerosité associée à un problème social suppose de prioriser de paramètres quantitatifs et procéder à l’exécution des politiques publiques implicites pour se préparer surtout à des visées catastrophistes et en même temps marginaliser inconsciemment toutes solutions durables basées sur des méthodes anthropologiques. Si la situation d’exceptionnalité dans l’évolution du Covid 19 était retenue comme un acquis à consolider et  il sera cohérent de privilégier des démarches consistantes qui alliaient les savoirs locaux et le savoir savant. Nous nous rappelons le cas d’un étudiant en conflit avec son directeur de thèse pour avoir utilisé un taux de fécondité inapproprié dans le cas d’Haïti, parce que faux. En effet, ce taux a été rapporté dans un document de projet où certaines pratiques courantes consistent à utiliser des données d’autres pays similaires du point de vue du niveau de développement, ce par analogie. La finalité implicite c’était de montrer que les femmes font beaucoup d’enfants. Ce qui est vraiment loin de la réalité. Un ancien président d’Haïti n’a-t-il pas pris à ce piège dans une interview accordée à TV5 Monde, une télévision française en avançant des chiffres injustifiés pour insinuer dans une généralisation hâtive que les femmes haïtiennes ont plus de 10 enfants. Car le taux de fécondité en 2012 était de 3.5 enfants par femme au niveau national. En milieu urbain, ce taux était de 2.6/femme et 4.4 en milieu rural. Les chiffres fournis par ce président étaient-ils officiels pour autant. C’est avant tout une question de source mais aussi d’apriori.Onse fait par ci et par là des opinions en occupant le terrain du vraisemblable.Il en est de même de la comparaison des prix à la pompe des produits pétroliers entre Haïti et la République Dominicaine dans une grande page publicitaire par l’Etat haïtien. Veut-on laisser croire que les produits pétroliers sont plus chers en République Dominicaine pour ne pas baisser le prix en Haïti proportionnellement aux tendances du marché international. Ne faudrait-il pas aussi évoquer le cout du propane. Le propane est subventionné en République Dominicaine au profit des plus pauvres ce qui n’est pas le cas en Haïti ni pour le kérosène alors largement utilisé par l’ensemble de la population. C’est un apriori basé sur l’exclusion de la masse.Des chiffres ont été aussi évoqués en termes d’appui à l’économie face au Covid19 quand plus de 90 millions de dollars de l’USAID seront destinés pour la stabilité économique et la réponse au Covid 19 dont 75, 500,00 $us en assistance pour la stabilité et 16,1 million $us pour aider à répondre à l’épidémie Covid19(Le Nouvelliste, 20 et 21 avril 2020).L’Union Européenne annonce,pour sa part,165 millions d’euros pour soutenir la réponse d’Haïti au Covid-19 (Le Nouvelliste, 1er au 3 mai 2020).Ainsi donc « le pire est devant nous », affirme le Premier ministre Jouthe( Le Nouvelliste, 20 et 21 avril 2020) pendant que l’équipe gouvernementale s’enorgueillit aussi des aides financières qu’il compte recevoir.

Qu’est- ce qu’on déduit de l’appel du gouvernement à la reprise des activités dans les usines avec une stratégie de tâtonnement en matière de prévention et de sécurité humaine. En ce sens, deux cas positifs ont justifié au 19 mars 2020 un train de mesures dont la fermeture des usines quand un mois plus tard la situation s’alourdit pour la décision de reprise des activités industrielles à l’ère du confinement. Pour boucler ce cycle, il y a lieu de noter la guerre de chiffres pour ce qui concerne des aides et appuis attendus aussi bien que des commandes placées pour s’acquérir des équipements médicaux. Déjà, le premier ministre haïtien informe d’une commande de l’ordre de 18, 669,500$ us pour ces équipements (Le Nouvelliste, 30 mars 2020).

Rufin parle de désastre planifié et médiatisé, il  a surtout, dans un dossier sur l’humanitaire, évoqué des exemples associés à des dirigeants cyniques qui encouragent des catastrophes utiles (Rufin, 1994 :104).Ce pour continuer à pointer du doigt les soubassements des contextes de catastrophes humanitaires.

Les chiffres devraient servir à contrôler et gouverner (Leeder-Fouladi, 2009).Par exemple en Iran, dans la tradition monarchique, la statistique était plutôt conservatrice qu’à la phase révolutionnaire. Dans le cas d’Haïti, récemment les conflits localisés au sein de l’Institut Haïtien de Statistiques et d’Informatiques sont un signe de l’enjeu que présentent les chiffres. Nous nous demandons si les taux d’inflation défavorables communiqués par cet Institut en toute indépendance avaient-ils aidé le gouvernement actuel acculé par les revendications virulente de la population pour son bien être ? Des exemples pourraient fuser sinon prenons l’Etat dominicain dans sa lutte contre la pauvreté extrêmesoutenue par les Nations Unies avait délaissé les poches de pauvreté que constituent principalement les « bateys« majoritairement occupés par des haïtiens ou de dominicains d’ascendance haïtienne en raison de l’anti-haïtianisme.

Plus de 40 ans plus tôt, on avançait le chiffre d’un million d’haïtiens présents en République Dominicaine assimilé à une invasion pacifique dans la rhétorique des nationalistes dominicains. Ce chiffre a été loin de celui attesté dans les Statistiques récentes,soient 458,233 personnes (OficinaNacional de Estadisticas,2013).Aussi ,en 2010, s’agitait –il une polémique sur le nombre total de morts du séisme du 12 janvier établi à 300,000 par les officiels mais estimés entre 46,190 et 84,961 décès dans une enquête commandée par l’USAID(Le Nouvelliste du 27 avril 2011).En France, il n’est pas encore admis d’ethniciser la société en faisant référence aux informations d’ordre historique et religieux sur les individus lors des enquêtes statistiques. Ceci tient lieu à considérer le caractère universaliste du citoyen suivant le principe d’égalité juridique et en même temps à masquer les différences liées aux problèmes de race ou d’ethnicité alors très présents (Dominique, 2008).

Enfin, plus loin de nous, le vieux débat opposant la légende noire et la légende blanche (Lavallé, 1993 :82)eut à justifier le grand silence sur la pandémie de la variole introduite le 8 décembre 1493 lors du 2è voyage de l’Amiral Don Cristobal Colòn(Pierre,2020).Et, en guise de creuset aux modélisations sur l’impact et l’expansion du Covid 19 en Haïti nous dirions que les résultats de recherches sur cette pandémie ne sont pas infaillibles. Le débat reste ouvert car de nouvelles descriptions et de nouveaux symptômes sont à l’ordre du jour. A se rappeler la description classique concernant les symptômes suivants : maux de tête, essoufflement, douleur thoracique, douleur musculaire, grippe, mal de gorge. Pour les cas sévères, on observe plutôt une forte fièvre, la difficulté de respiration aigue, la pneumonie, l’insuffisance rénale entre autres.Des formes variées ou  inédites ont été aussi observées, en l’occurrence des personnes asymptomatiques dont le nombre grossit au fur et à mesure suivant le pays.Aussi a-t-on rapporté le cas d’un jeune de 32 ans décédé du Covid 19 malgré l’absence de comorbidité.Tout renvoie à l’éthique de communication pour limiter les possibilités aux informations d’être filtrées dans le sens des intérêts des uns ou des autres sans pour autant s’installer dans l’éloge du principede la neutralité du scientifique.

In fine, le Dr Noel ,dans une position rapportée par le quotidien haïtien Le Nouvelliste,a fait une mise en garde  sur le taux de létalité de 11% dans le cas d’Haïti par rapport à la République Dominicaine pour 8,480 cas confirmés, 345 décès qui a plutôt un taux de létalité de 4%.La Jamaïque en a 1.9%, l’Equateur,4.92%, la Bolivie 4.8%. Il pense que la population haïtienne est sous-testée, en même temps. Et, nous ne savons pas si c’est un « échantillon » représentatif des personnes déjà testées par rapport à la population globale. Il est aussi sceptique quant à la décisiongouvernementale de rouvrir des usines en pleine période de confinement. Ce qui est de l’ordre d’une banalisation,ajoutons-nous, face à une politique de tâtonnement de laisser faire dans la prévention et la recherche scientifique.

Repères bibliographiques

-Marie Ladeer-Fouladi, le pouvoir politique et les statistiques de population en Iran moderne » URL : www.cairm.info/revue-critique-internationale-2009-4-pages-77htm.

-Schnapper Dominique «  les enjeux démocratiques de la statistique ethnique », revue française de sociologie-2008-1-page-133htm-Philippe Breton, l’argumentation dans la communication, Repères, Editions La Découverte, Paris 1996. -Jean-Christophe Rufin, l’aventure humanitaire, Gallimard, Paris 1994.-Frantz Lofficial, un foyer pour les Enfants des rues. UNICEF, Haïti mars 1998.– OficinaNacionalde estadistica, Première enquête des immigrants en République Dominicaine-ENI-2012-résumé du rapport général, Santo Domingo, Avril 2013. -Le Nouvelliste, « le choléra dans l’histoire d’Haïti », in le Nouvelliste 2010-11-06.Le Nouvelliste, « Covid-19 : quasiment autant de guéris que de morts, le Dr Ernst Noel analyse la situation » in Le Nouvelliste du 7 mai 2020.Roosevelt Millard »le travail social face au Covid19 » in Le Nouvelliste, Port-au-Prince 3 avril 2020.-Hancy Pierre, « le silence autour d’une des plus grandes pandémies dans l’Ile d’Haïti (1493-2020) » in Le Nouvelliste, Port-au-Prince 16 avril 2020.-Bernard Lavallé, l’Amérique espagnole de Colomb à Bolivar, Editions Berlin, Paris 1993.-http://www.banquemondiale.org face à la crise du coronavirus à Madagascar :le covid-organics, un »remède »à l’artemisia efficace ?/A vrai dire/Haïti :covid19-Rapport épidémiologique du 1er mai 2020(MSPP)-https://www.humanitarianresponse.info consulté le 4 mai 2020.-Maria del Carmen MendoraRangel, unaopciònmetodologicapor los trabajadores sociales, Humanitas, Buenos Aires 1990.

Hancy PIERRE en collaboration avec Fritz-Pierre Joseph, professeurs et respectivement chargé de projet et coordonnateur, CEPODE,Faculté des Sciences Humaines, UEH Auteur

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