Ces pays développés qui intègrent la médecine traditionnelle dans leur système de santé

Publié le 2020-05-13 | Le Nouvelliste

La médecine traditionnelle fait partie intégrante des systèmes de santé de certains pays  industrialisés. Par exemple, en Suisse, le taux moyen d’utilisation des médecines traditionnelle et complémentaire était de 49 % après 1990, lit-on dans la stratégie 2014-2023 de l’Organisation mondiale de la santé (OMS, 2013). En 1998, poursuit le texte, le Département fédéral de l’intérieur (DFI) a décidé que, de 1999 à 2005, cinq thérapies complémentaires, à savoir la médecine anthroposophique, l’homéopathie, la thérapie neurale, la phytothérapie et la médecine traditionnelle chinoise (plus précisément, la thérapie traditionnelle chinoise à base de plantes) pouvaient être remboursées par l’assurance obligatoire des soins de santé si ces services sont délivrés par un médecin ayant obtenu une certification en médecine traditionnelle chinoise.

Les autorités suisses ont également mis en place un vaste programme visant à évaluer l’efficacité de la médecine traditionnelle chinoise, à savoir le Programme d’évaluation des médecines complémentaires. Celles-ci gagnent, de plus en plus, en importance dans le système médical suisse, ce qui portait les autorités suisses à déterminer son rôle dans le système ainsi que son efficacité. L’évaluation montre que les praticiens de la médecine traditionnelle chinoise peuvent être différenciés des  médecins  dispensant  des  soins  de  santé  conventionnels  en  ce  qui  concerne  la  nature,  le  lieu  et  les  ressources  techniques  utilisés. 

En  2009,  plus  de  67  %  des  électeurs suisses avaient  approuvé  un  nouvel  article  constitutionnel sur la médecine traditionnelle chinoise. Certaines  thérapies  complémentaires  ont  été  réincorporées  dans  l’assurance  santé  de  base  à  laquelle  ont  droit  tous les Suisses. Cet article constitutionnel visait en outre à accélérer l’enseignement obligatoire pour les  étudiants  en  médecine,  la  normalisation  de  la  formation  et  de  la  certification  dans  le  domaine  des thérapies complémentaires à la fois pour les médecins et pour les praticiens non médecins, ainsi que la disponibilité des produits de la médecine traditionnelle chinoise en Suisse.

Selon la stratégie de l’OMS, en Chine, environ 440 700 établissements proposent des services de médecine traditionnelle, avec 520 600 lits, y compris tous les niveaux des hôpitaux de médecine traditionnelle et hôpitaux généraux, les cliniques et les postes de santé dans les zones urbaines et rurales. Quelque 90 % des hôpitaux généraux chinois comportent un département de médecine traditionnelle et dispensent des services de ce type, tant pour les patients traités en ambulatoire que pour ceux hospitalisés. Les établissements médicaux de médecine traditionnelle sont régis par la même législation nationale sur les établissements médicaux que les hôpitaux médicaux conventionnels.

Les tradipraticiens chinois sont autorisés à exercer à la fois dans les cliniques et hôpitaux publics que privés. L’État chinois et l’assurance privée couvrent intégralement la médecine traditionnelle, notamment la médecine traditionnelle tibétaine, mongolienne, ouïghour et dai, rapporte l’OMS. Les habitants ou les patients chinois sont libres de choisir la médecine traditionnelle ou la médecine conventionnelle pour bénéficier des soins de santé. Leur médecin peut aussi les conseiller sur les thérapies susceptibles de mieux répondre à leurs problèmes de santé. La médecine traditionnelle chinoise et la médecine conventionnelle co-existent à tous les niveaux, et l’assurance maladie publique et privée couvre les deux.

Au Japon, il existe une législation relative à la médecine traditionnelle et au remboursement par la caisse nationale d’assurance maladie. Au Japon, selon les données de l’OMS, 84 % des  médecins recourent à la médecine kampo dans leur pratique quotidienne. La médecine kampo, appelée couramment Kampo, est une science japonaise dérivée de la médecine traditionnelle chinoise. Les principes fondamentaux de la médecine chinoise ont fait leurs apparitions au Japon entre le VIIe et le IXe siècle. Les Japonais vont s’approprier cette science pour créer leur propre médecine à base de plantes médicinales. Le Kampo présente de nombreux points communs avec la médecine traditionnelle chinoise, dont l’acupuncture, la moxibustion et l’usage des plantes sur laquelle elle repose principalement.

Le rapport 2011-2012 du ministre japonais de la Santé, du Travail et de la Protection sociale, cité par l’OMS, dénombrait 295 049  médecins enregistrés qui ne prescrivent que des médicaments kampo, 276 517 pharmaciens enregistrés qui ne délivrent que des médicaments kampo, ainsi que 92 421 acupuncteurs, 90 664 praticiens de la médecine moxa, 104 663 masseurs et 50 428 praticiens de la judo-thérapie qui est consacrée à la manipulation des os, des articulations, des muscles et des tissus mous.

En avril 2000, la liste de remboursement de la caisse nationale japonaise d’assurance maladie comportait 147 formules kampo prescrites et 192 matières à base de plantes utilisées dans ces formules. L’acupuncture, la moxibustion, les massages traditionnels japonais et la judo-thérapie sont partiellement pris en charge par l’assurance maladie privée.

En France, précise l’OMS, une forte proportion de médecins, spécialisée dans l’acupuncture ou l’homéopathie, est remboursée par la Sécurité sociale pour leurs prestations. En Belgique, depuis 1997, la Mutualité socialiste rembourse en partie des traitements complémentaires spécifiques tels que les remèdes homéopathiques. En Finlande, quand l’acupuncture et d’autres thérapies complémentaires sont pratiquées par un médecin, elles peuvent être prises en charge par l’assurance sociale. En Allemagne, les assurances publique et privée proposent le même type de couverture pour certains traitements complémentaires ou traditionnels.

Pour l’OMS, « les différentes phases d’intégration de la médecine traditionnelle offrant la possibilité d’améliorer la santé individuelle et son intégration appropriée dans les systèmes de santé nationaux permettra aux consommateurs qui souhaitent recourir à ces services de disposer d’un plus large choix. Même si c’est pour les populations atteintes d’une maladie chronique ou pour la promotion de la santé que l’intégration pourrait revêtir la plus grande importance, elle est susceptible, dans certaines circonstances, de contribuer aussi au traitement d’une maladie aiguë.»

L’intégration appropriée constituait une préoccupation du Dr Margaret Chan, directrice générale de l’OMS de 2007 à 2014. Elle invitait à ne pas opposer les médecines traditionnelle et complémentaire: « Il ne faut pas opposer la médecine traditionnelle et la médecine occidentale. Dans le contexte des soins de santé primaires, les deux peuvent se compléter harmonieusement et il convient d’utiliser les meilleures caractéristiques et de compenser les points faibles de chacune. Mais cela ne va pas se faire automatiquement. Des décisions politiques délibérées doivent être prises et il est possible de les prendre avec succès ». La médecine traditionnelle pourrait contribuer à la couverture sanitaire universelle, ajoutait-elle.

En Haïti, la médecine traditionnelle joue un rôle encore plus important compte tenu de la faiblesse du système sanitaire. Selon les estimations contenues dans les actes du forum sur la médecine traditionnelle (mars 2012), plus de 80 % de la population haïtienne utilise la médecine traditionnelle. Jusqu’à présent, la majorité de la population haïtienne n’a pas accès à la médecine conventionnelle. Tout le contraire de la médecine traditionnelle qui demeure plus accessible, plus inclusive et moins coûteuse. Autant d’avantages qui devraient pousser les autorités haïtiennes à tout mettre en œuvre afin d’encadrer la pratique de la médecine traditionnelle sur tout le territoire nationale.

Thomas Lalime

thomaslalime@yahoo.fr 

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